Société

Cameroun: Mebe Ngo’o Enfin à Kondengui !

Depuis le vendredi 8 mars 2019 aux environs de 23 heures et 10 minutes, l’ancien ministre délégué auprès de la présidence de la République en charge de la Défense (Mindef) est placé sous mandat de détention provisoire à la prison centrale de Kondengui à Yaoundé. Pour beaucoup de ses concitoyens, cette incarcération arrive « trop tard ».

En début de semaine, M. Mebe Ngo’o déférait à une convocation du procureur général (PG) du Tribunal criminel spécial (TCS). Avec lui, Ghislain Victor Mboutou (ancien attaché de défense du Cameroun au Maroc et ex secrétaire particulier de Mebe Ngo’o du temps où il était Mindef), Léonard Maxime Mbangue (ex-conseiller technique au Mindef et ancien inspecteur du Trésor en service au ministère des Finances (Minfi)) et Victor Emmanuel Menye (directeur général adjoint (DGA) de la banque SCB). Le PG du TCS, Justine Aimée Ngounou, voulait voir clair dans les charges d’enrichissement illicite qui pèsent sur ce quatuor à propos des nombreux dossiers dans lesquels ils étaient impliqués.

Notamment celui dit de « l’affaire Mag-Force », du nom d’une entreprise française de fourniture de matériels et d’équipements militaires, dans laquelle l’ancien Mindef et ses complices présumés sont soupçonnés d’avoir opéré des surfacturations. Une affaire révélée en 2010 par le journaliste Jules Koum Koum, décédé par la suite dans un accident de la route. Les chiffres et les informations rendus publics au terme des auditions et des perquisitions de ces derniers jours ne sont pas loin de ceux exposés par le représentant au Cameroun de « Reporters sans frontières ». Avec le temps, l’on parle d’une présumée surfacturation de « 194 milliards de FCFA », de « 3 milliards de FCFA en liquide retrouvés dans sa résidence de Nkolfong » et de « 448 costumes personnalisés ».

Au terme de trois jours de garde à vue au TCS, ponctués de perquisitions d’abord à la résidence de Mebe Ngo’o à Odza puis, dans son village à Nkolfong par Zoétélé, le vendredi 8 mars 2019, Justine Aimée Ngounou saisit le régisseur de la prison centrale de Kondengui pour lui signifier le placement en détention provisoire de l’ancien Mindef et de ceux que l’accusation considère comme ses compagnons d’infortune.

RETROUVAILLES

Ainsi se termine une longue semaine de « stratégie d’épuisement psychologique », expression utilisée par feu Richard Touna Ombe, le directeur de la publication de votre journal, pour qualifier les méthodes employées par Edgar Alain Mebe Ngo’o avant et pendant la garde à vue de l’ancien ministre de la Santé publique (Minsanté), Urbain Olanguena Awono, et de l’ancien ministre de l’Economie et des Finances (Minefi), Polycarpe Abah Abah en 2008. « Un rouleau compresseur » fait de filatures, retraits de passeports, interdictions de sortie du territoire national, notes de renseignements au chef de l’Etat mettant en cause les concernés, et bien d’autres, des assignations à résidence surveillée, notamment de Titus Edzoa en 1997 alors que M. Mebe Ngo’o n’était encore que préfet du Mfoundi. Le pic de l’humiliation avait été atteint avec la permission donnée, en avril 2008, par celui qui était délégué général à la Sûreté nationale (DGSN) aux équipes de reportage de la Cameroon Radio and Television (CRTV) de filmer MM. Olanguena Awono, Abah Abah et bien d’autres gardés à vue couchés sur des matelas à même le sol dans la pénombre et le peu d’hygiène des cellules de la direction de la police judiciaire (DPJ) à Yaoundé. Selon certaines sources, c’est également Edgar Alain Mebe Ngo’o qui, après son interpellation, avait ordonné que l’on ramène Yves Michel Fotso cagoulé de Douala à Yaoundé.

L’homme, à qui l’on attribue la responsabilité de plusieurs carrières brisées, dont celle du Contre-Amiral Jean-Pierre Nsola, admis à la deuxième section, trois mois seulement après avoir été élevé au grade d’officier général, retrouve en prison plusieurs de ses « victimes » qui doivent boire du petit lait en apprenant sa présence désormais parmi elles. Parmi ces personnalités en déchéance, Urbain Olanguena Awono. Dans son livre intitulé « Mensonges d’État, Déserts de République au Cameroun », paru en 2016 aux Éditions « Schabel », l’ancien Minsanté, qui croit dur comme fer qu’Edgar Alain Mebe Ngo’o est à l’origine de sa chute, le décrit comme « ce petit Machiavel des tropiques camerounaises […] fraîchement débarqué de sa charge précédente de directeur du Cabinet civil de la présidence de la République qui était le chef de la police, pendant que son grand frère, Ze Meka Remy, occupait la fonction stratégique de ministre délégué à la présidence de la République chargé de la Défense ». M. Olanguena Awono ne lui en veut pas tant pour les actes [qu’il a] posés comme DGSN mais plutôt pour avoir « inventé et popularisé l’histoire du G 11 […] un groupe de personnalités auquel on a attribué, sans raison ni preuve, une dimension complotante avec l’objectif de s’emparer du pouvoir à l’élection présidentielle de 2011 ».

D’autres personnalités de premier rang croupissent aujourd’hui en prison pour avoir été identifiées comme faisant partie du fameux G11. Notamment Jean Marie Atangana Mebara, à l’époque secrétaire général de la présidence de la République (SGPR), et qui purge aujourd’hui une peine de 25 ans pour des accusations de « détournements de deniers publics ». M. Atangana Mebara était identifié par ces « officines » comme la tête du G11, « une entité créée en 2005 par Mebe Ngo’o et les autres pour se débarrasser des adversaires politiques », écrit Olanguena Awono dans son livre. Polycarpe Abah Abah est l’un des « ennemis jurés » de Mebe Ngo’o qu’il va retrouver à la prison centrale de Kondengui. Et c’est l’ancien SGPR qui, dans son livre « Le secrétaire général de la présidence de la République : entre mythes, textes et réalités », révèle le degré d’animosité que vouait l’ancien ministre des Transports à « son frère ».

Atangana Mebara écrit qu’il avait essayé de réconcilier les deux [Edagr Alain Mebe Ngo’o et Polycarpe Abah Abah]. « Alors que l’ancien Minefi était disposé à enterrer la hache de guerre, M. Mebe Ngo’o avait décliné l’offre de la main tendue », écrit en substance Jean Marie Atangana Mebara. Et comme une prémonition, feu Jules Koum Koum, qui, dans sa tombe, doit se gausser de la tournure des affaires aujourd’hui, écrivait en 2010 à Edgar Alain Mebe Ngo’o : « Vous n’ignorez certainement pas que beaucoup, avant vous, ont bénéficié de la confiance absolue de Paul Biya ; mais lorsque celui-ci s’est rendu compte que ces collaborateurs tentaient de le manipuler, on sait ce qui est advenu de ces derniers. Il est curieux qu’un homme qui traîne de si bruyantes casseroles intente régulièrement aux autres des procès d’intention. […] Le chef de l’Etat, qui aime prendre son temps, n’ignore pas que le matériel de sécurité que vous aviez commandé en 2008 (vous étiez alors DGSN) – et pour lequel des milliards avaient été dépensés – n’a jamais été réceptionné ».

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