Politique

Cameroun: Maurice Kamto insulte l’intelligence des Anglophones

Dans une interview à RFI la semaine dernière, le président du MRC accuse le cardinal Christian Tumi, John Fru Ndi, Simon Munzu, Agbor Balla Nkongho, Eric Chinje et bien d’autres personnalités représentatives de la communauté anglophone de faire de la ruse politique avec le gouvernement.

Cris d’indignation dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Beaucoup ont sans doute observé avec intérêt et davantage encore d’étonnement l’hystérisation de la scène politique camerounaise depuis la semaine dernière par le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) et son président national. La stratégie d’occupation de l’actualité politique par Maurice Kamto à travers des interviews accordées à Radio France Internationale (RFI) et le journal Le Jour, en jetant un discrédit sur le Grand dialogue national, est rien moins qu’une tentative de s’imposer dans l’agenda médiatique et dans l’imaginaire des Camerounais. Ce qu’il a sans conteste réussi, mais à quel prix ?

Accuser toutes ces personnalités qui comptent, ces personnalités représentatives de toutes les catégories sociales et toutes nos communautés et qui, pendant plusieurs jours ont pris une part très active aux discussions sur l’ensemble des thématiques importantes qui ont été retenues et qui ont approuvé les recommandations issues de ces travaux est sans doute une lubie de trop.

CHOIX HASARDEUX

D’où cette question : au moment où il faut sacraliser le Cameroun aujourd’hui à travers un devoir de solidarité entre Camerounais, est-ce raisonnable de prendre des positions qui ne vont pas dans l’intérêt du plus grand nombre ? Au Cameroun, l’égocentrisme et le Tout-pour-soi sont devenus de véritables pathologies au sein du MRC. Cette attitude est un déni de la présence des autres, un refus de l’altérité.

Dans cette logique, la décision du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun de ne pas participer au Grand dialogue national a été un choix hasardeux, au pire un manque de flair politique. Tout le monde s’accorde en effet à dire que le Cameroun vit un moment historique, et tous les signaux le prouvent. Briller par l’absence lors de la résolution d’un conflit comme celui des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest s’apparente à un aveu d’indifférence face aux victimes de cette sale guerre. Un cynisme qui non seulement efface le MRC et Maurice Kamto du récit mémoriel de la sortie de crise mais les discrédite à jamais de juger les recommandations qui ont été prises lors du Grand dialogue national.

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C’est sans doute dans ce sens que Cabral Libii, le président du Parti pour la réconciliation nationale du Cameroun (PCRN), a publié une déclaration sur les réseaux sociaux vendredi dernier : « Ceux qui diabolisent et dénigrent le Grand dialogue national sont pitoyables. Le succès de cette rencontre ne réside pas forcément dans ce que Paul Biya fera des recommandations, mais davantage dans la qualité du travail effectué et des conclusions dégagées. Il s’agissait du Cameroun. Les recommandations certes perfectibles peuvent déjà faire l’objet d’une appropriation par tous », lit-on sur sa page Facebook.

LEURRE POLITIQUE

Le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, dénonce, lui aussi la logique de radicalisation et d’entêtement développée par le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) et ses sympathisants. Tout en relevant que les assises de Yaoundé ont été un succès reconnu par une écrasante majorité de voix et que le gouvernement n’entrevoit pas de dialogue plus inclusif que celui qui a eu lieu à Yaoundé entre le 30 septembre et le 4 octobre 2019 : « tous nos concitoyens de bonne foi et nos partenaires étrangers ont apprécié très favorablement la tenue de ce Grand dialogue national et ont même adressé leurs félicitations au Président de la République Son Excellence Paul Biya. De même, ont pris part à ce Grand dialogue les personnalités qui n’ont pas toujours été tendres avec le régime actuel et vous le savez, les personnalités dont on connait par ailleurs les positions radicales sur les grands enjeux de l’heure et particulièrement sur la crise qui secoue les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Eu égard à ce que nous avons pu voir et entendre, ces gens ont exprimé leur satisfaction et personne à notre connaissance ne s’est désolidarisée des conclusions de ces assises rendues publiques. Face à cette écrasante majorité de voix, favorables, l’absence d’une minorité extrémiste qui, pour des motifs inavoués n’a pas voulu prendre part à ce Grand dialogue national bien que conviée, ne saurait relativiser le grand succès de ce rassemblement historique des dignes fils et filles de la nation camerounaise. Autrement dit, nous n’entrevoyons pas quant à nous, de dialogue plus inclusif que celui historique qui vient d’avoir lieu à Yaoundé entre le 30 septembre et le 4 octobre 2019. Par ailleurs, sans vouloir donner de leçons à qui que ce soit, je me dois cependant de relever l’outrecuidance de certains propos du leader du MRC qui dit avoir tendu la main à celui qui préside aux destinées de ce pays pour solder un soi-disant passé électoral ».

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Et René Emmanuel Sadi de poursuivre : « A ce que je sache, il n’y a qu’un seul fauteuil présidentiel, il a été pourvu, bien pourvu et il n’a qu’une
place qu’occupe légalement et légitimement le président Paul Biya. C’est donc le président Paul Biya qui est le seul et vrai élu qui peut tendre la main et qui l’a fait pas seulement aux responsables du MRC mais aussi à nos compatriotes séparatistes qui ont pris les armes contre la République. Il me semble que faire de la politique nécessite beaucoup d’intelligence, beaucoup d’audace mais aussi beaucoup de sagesse. Il faut donc croyons-nous que notre compatriote, le Pr. Kamto dont les qualités intellectuelles ne font l’ombre d’aucun doute, cesse de voguer dans des sphères si lointaines et redescende sur terre pour réaliser enfin que la revendication du hold-up électoral imaginaire est un leurre, une voie sans issue, que l’élection présidentielle relève désormais du passé
».

D’autres personnalités ne manquent pas de fustiger les propos du président du MRC. Ainsi en est-il de Jean Nkuete, secrétaire général du Comité central du RDPC, qui fustige les déclarations de Maurice Kamto qu’il juge irresponsables. Pour Jacques Fame Ndongo, le ministre de l’Enseignement supérieur et secrétaire à la Communication du RDPC, la vision politique du président national du MRC est carrément une dérision.

Virginie POUEMI, L’équation N°338 du Mardi 22 octobre 2019

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