Cameroun – Liberation de Atangana et de Edzoa: Quelle gloire pour Paul Biya ? :: Cameroon

Le Cameroun, ce pays qui regorge d’intellectuels de valeur, scandalise à nouveau par la laideur de sa gouvernance. Thierry Michel Atangana, Français d’origine camerounaise, et le Camerounais Titus Edzoa, ancien secrétaire général de la présidence, devenu candidat contre Paul Biya, ont finalement été libérés le 24 février dernier, après plus de 17 ans de détention.[pagebreak] Pour faire plaisir davantage à l’Elysée qu’au peuple camerounais.
La libération de Atangana et de Edzoa pourrait être suivie de celle d’autres personnalités emprisonnées dans le cadre de l’opération anti-corruption. Les deux hommes avaient été condamnés à deux reprises, la dernière fois en 2012. Pourtant, de longues années durant, Atangana avait clamé son innocence. Pour leurs avocats, aucun doute : il s’agit d’un règlement de comptes politiques. Toutefois, grande est la tentation d’établir un lien entre la détention, les otages français, puis la libération des deux célèbres prisonniers, avec au bout une gloire pour la Françafrique.
Paul Biya, qui trône à la tête du Cameroun depuis plusieurs décennies, a cessé d’être une référence pour les générations montantes

En effet, on ne peut oublier le rôle prépondérant joué par le président Biya dans la libération des otages français des griffes des « djihadistes » nigérians de Boko Haram. Bénéficierait-il d’un traitement spécial pour services rendus à la France ? En tout cas, au grand dam des forces progressistes, la France de Hollande héritier de Jean Jaurès, semble, par sa mollesse, avoir pactisé avec l’une des dictatures les plus féroces du continent. Le régime camerounais, lui, exploite à fond cet avantage.
Le rôle joué par l’Elysée se mesure en termes d’intérêts et non de principes ! Gérée par la droite ou la gauche, au-delà des idéologies, le pouvoir en place à Paris respectera toujours la logique : préserver les intérêts français à tout prix. A propos du dossier d’accusation de Atangana et de Edzoa, il est loin de convaincre. L’ancien secrétaire général de la présidence camerounaise aura eu tort d’avoir osé défier les siens. En se portant candidat, il s’opposait du même coup au maître absolu du pays. Dans les faits, la Constitution camerounaise ne garantit donc aucunement au citoyen le droit d’être éligible à la tête de l’Etat tant que Biya règnera.

Atangana, lui, aura commis l’erreur de vouloir jouer au directeur de campagne de l’ancien collaborateur du chef de l’Etat en exercice. C’est à croire que le Cameroun est un Etat normal. Bien au contraire, c’est le parfait exemple du pays où le citoyen ne jouit pas de tous ses droits.

Des faits enregistrés ces dernières années montrent qu’il s’agit de l’une de ces républiques bananières qui pullulent sur le continent. Paul Biya, qui trône à la tête du Cameroun depuis plusieurs décennies, a cessé d’être une référence pour les générations montantes, sur un continent où le citoyen gagne de plus en plus en maturité. Le nombre réduit de conseils des ministres, les records en matière de corruption, les manquements graves au plan des droits humains élémentaires, le piteux état dans lequel végète la population, contrastent de manière saisissante avec le haut niveau d’instruction d’un peuple qui a aussi la chance de vivre dans un Cameroun qui est loin d’être démuni.

Biya est principalement coupable. Président plusieurs fois réélu, c’est le premier responsable politique et moral du dossier Atangana-Edzoa. Mais, l’élite camerounaise a également sa part de responsabilité dans ce qui arrive au Cameroun. Se comportant en victime résignée, elle n’hésite pas à participer au dépouillement de l’Etat. Comment ne pas condamner cette élite qui a démissionné de ses obligations, et refuse de répondre à la demande sociale ? Atangana a tout de même une chance : sa nationalité.

Paul Biya gère son pays d’une main de fer dans un gant de velours
En mai dernier, le chef de l’Etat français himself avait jugé « inadmissible » la durée de détention de Thierry Michel Atangana. Plus récemment, le Haut- commissariat aux droits de l’Homme des Nations unies s’était mêlé de l’affaire en dénonçant les conditions inhumaines de détention, et en réclamant une indemnisation pour le préjudice subi. Titus Edzoa, lui, a aussi sa chance : avoir eu comme allié et co-détenu un Français. La preuve : lui-même est superbement ignoré aussi bien du pouvoir français que de la presse internationale. Aux deux victimes de poursuivre l’Etat camerounais qui n’a toujours pas donné la preuve de leur culpabilité.

Mais faut-il s’attendre à un vrai procès transparent et équitable au Cameroun ? Il permettrait de vérifier le caractère démocratique de l’Etat camerounais. Pour l’heure, la libération de Atangana et de Edzoa fait l’affaire des familles et proches des deux victimes d’un système inique. Mais, elle est loin d’être une gloriole pour le chef de l’Etat camerounais et ses partisans. Elle confirme surtout que le pouvoir camerounais peut tout se permettre.

Certes, le régime Biya a fini par céder à la pression internationale. Non sans avoir pris suffisamment le temps de savourer les choses, notamment en jouant sur les nerfs des prisonniers et de leurs parents. Après avoir longtemps joué au sadique, Yaoundé a cédé au dernier moment. C’est le propre du président Paul Biya qui gère son pays d’une main de fer dans un gant de velours. En dépit de son âge très avancé, il semble encore bien loin de renoncer au pouvoir, au point de transformer le Cameroun en un Etat policier qui tient son élite en laisse. Encore une fois, le Cameroun s’illustre…négativement ! L’opinion alertée voudrait que cette affaire sorte des ténèbres, et que l’impunité cesse de régner sur l’Afrique, particulièrement au sommet de l’Etat.

Quel avenir donc pour Edzoa qui sort sans doute meurtri et épuisé par un tel parcours de vie ? Osera-t-il à nouveau défier ses geôliers ?

D’ici là, le ridicule ne tuant point, assuré de la couverture de Paris, Paul Biya tout-puissant, fera tout pour s’éterniser au pouvoir à Yaoundé. Et gare aux prétendants et aux ambitieux !

Source: Le Pays

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