Issa Tchiroma Bakary vient de bouleverser l’échiquier politique camerounais. Après sa démission retentissante du gouvernement le 24 juin 2025, l’ancien ministre de la Communication annonce officiellement sa candidature à l’élection présidentielle d’octobre 2025. Une décision qui relance spectaculairement le débat sur l’alternance au pouvoir et redessine complètement les enjeux de cette échéance cruciale pour l’avenir du pays.
Cette candidature surprise marque un tournant historique dans la vie politique nationale. Pour la première fois depuis l’indépendance, un ancien membre du gouvernement défie ouvertement le système en place.
Dans une lettre ouverte de 24 pages intitulée « Le Peuple au Pouvoir », Tchiroma présente sa vision d’un « Cameroun libre, juste et prospère ». Le document, dévoilé simultanément à Yaoundé, révèle un programme ambitieux centré sur la jeunesse, la décentralisation et la lutte contre la corruption.
« Il est temps de tourner la page d’un système centralisé qui a atteint ses limites », déclare l’ancien patron de la CRTV. Sa critique du « régime à bout de souffle » résonne particulièrement chez les jeunes Camerounais, qui représentent plus de 70% de la population.
L’ex-ministre mise massivement sur l’innovation numérique. Il promet la création d’un « Fonds National d’Initiative Jeunesse » pour financer les startups, l’intelligence artificielle et l’économie verte. Une stratégie qui tranche avec les approches traditionnelles.
Sécurité nationale : des propositions concrètes face aux crises
Tchiroma aborde frontalement les défis sécuritaires du pays. Il évoque nommément la tragédie du jeune Mathis, récemment tué à Yaoundé, devenue « symbole d’un pays où même l’enfance n’est plus épargnée ».
Son plan sécuritaire repose sur trois piliers : une armée professionnelle renforcée, une justice fonctionnelle et une République qui « refuse le chaos ». Pour les régions anglophones, il prône le dialogue et la reconnaissance des spécificités culturelles.
L’agriculture occupe une place centrale dans ses propositions. « Le Cameroun nourrira le Cameroun », martèle-t-il, en annonçant un plan d’irrigation universel et la modernisation des outils agricoles. Cette vision vise l’autosuffisance alimentaire d’ici 2030.
Sur le plan institutionnel, Tchiroma se distingue par une proposition audacieuse : organiser un référendum pour que « le peuple camerounais choisisse la forme de l’État qui correspond à ses aspirations ». Cette ouverture vers un éventuel fédéralisme répond aux revendications de nombreuses régions.
Une candidature qui divise mais rassemble l’opposition
La diaspora camerounaise, estimée à plus de 3 millions de personnes, figure en bonne place dans son projet. Tchiroma propose la reconnaissance de la binationalité et des mécanismes de retour pour « mobiliser ce capital humain déjà formé ».
Ancien journaliste de formation, il connaît intimement les rouages de la communication politique. Sa lettre ouverte, diffusée massivement sur les réseaux sociaux, témoigne d’une stratégie de campagne moderne et connectée.
Les femmes constituent un autre axe prioritaire. Il annonce un « programme national de soutien aux mères seules » incluant formations professionnelles et accès facilité au crédit. Une approche pragmatique qui pourrait séduire cet électorat déterminant.
Pour l’économie, Tchiroma vise le « leadership régional ». Il promet de « rattraper les retards d’industrialisation » et de positionner le Cameroun comme « moteur économique de la CEMAC ». Des objectifs ambitieux nécessitant des investissements colossaux.
Sa diplomatie « sans soumission » privilégie les partenariats respectueux de la souveraineté nationale. Une ligne qui pourrait plaire aux Camerounais lassés des relations asymétriques avec certains partenaires traditionnels.
L’homme de 73 ans mise sur son expérience gouvernementale pour crédibiliser ses propositions. Ancien ministre de la Communication puis des Territoires, il revendique une connaissance approfondie des défis administratifs du pays.
Cette candidature redonne vigueur au débat démocratique camerounais. Elle intervient dans un contexte où les questions d’alternance et de renouveau politique occupent une place croissante dans les préoccupations citoyennes.
Les prochaines semaines révéleront la capacité de Tchiroma à fédérer au-delà de sa base traditionnelle. Son succès dépendra largement de sa capacité à incarner concrètement cette « République debout » qu’il appelle de ses vœux.
Sa stratégie de terrain, notamment auprès des jeunes électeurs urbains, constituera un test décisif pour ses ambitions présidentielles dans un Cameroun en quête de transformation.
L’élection présidentielle d’octobre 2025 s’annonce désormais plus ouverte et imprévisible. Tchiroma peut-il vraiment « rendre le pouvoir au peuple » comme il le promet ?
Ne manquez aucune actualite !
Gratuit - Mises a jour en temps reel - Sur mobile et desktop
Journaliste spécialisée dans les questions politiques, Christiane Tamoura Engo suit de près l'actualité des institutions camerounaises, des partis politiques et des grandes décisions qui façonnent le Cameroun et l'Afrique centrale.Rédactrice pour 237online.com, elle s'attache à décrypter les enjeux politiques pour les rendre accessibles à tous les Camerounais, qu'ils soient au pays ou dans la diaspora.
📰 Voir tous ses articles →



