Cameroun: les services du PM avaient caché le dossier du terminal à conteneurs de Kribi

Les noms des adjudicataires, validés par Paul Biya, ont pris deux semaines pour être proclamés.
Le consortium constitué de Bolloré Africa Logistics (Bal, France)-China Harbour Engineering Corporation (Chec) et Cma Cgm (France), encore appelé «Bcc», a été choisi par le gouvernement camerounais pour la gestion du terminal à conteneurs du nouveau port en eau profonde de Kribi, au terme d’un communiqué finalement publié mercredi par le Premier ministre Philemon Yang. Le trio, «pour une durée initiale de 20 ans» selon les précisions de Bal, aura également en charge le développement de cette place portuaire, avec notamment l’extension du terminal dont Chec avait déjà réalisé la première phase de la construction. Dans le même temps, le regroupement camerounais Kpmo, qui s’est mis en attelage avec l’opérateur français Necotrans, assurera l’exploitation et la maintenance du terminal polyvalent.
Kribi, qui dispose d’une profondeur de 15 mètres et d’un accès direct à la mer, permettra au Cameroun d’accueillir de grands navires transportant jusqu’à 8000 conteneurs qui seront accueillis sur un terminal disposant d’un quai de 350 mètres déjà construit et équipé. Cet ensemble d’infrastructures sera complété pendant la 2ème phase du chantier par un quai supplémentaire de 700 mètres dans un délai maximum de 5 ans.
Il convient de noter, selon des sources introduites, que le dossier, déjà validé par le chef de l’Etat Paul Biya, traînait dans les services du Premier ministre depuis quelque deux semaines, sans qu’on puisse comprendre les raisons ayant retardé sa publication. Les tergiversations avaient manifestement repris le dessus sur les instructions présidentielles, et avec elles les éternelles luttes d’influence. «Les autres détails du contrat de concession restent à arrêter par les parties», a précisé un responsable de Bal, comme pour expliquer la prudence ayant prévalu depuis l’annonce de la désignation des adjudicataires du contrat de partenariat pour l’exploitation, le développement et la maintenance de cette place âprement convoitée au départ par une dizaine d’opérateurs

Manipulations
La «BCC» a ainsi raflé la mise devant le hollandais Apm Terminals et le philippin International Container Terminal Services (Ictsi), qui étaient également pré qualifiés aux côtés d’Apm, 2M, Transimex, Sapem, 3T Cameroun, Cam-Transit, Copem, Star et GOS, au terme d’une rude bataille dont on se rappelle que les répercussions avaient ébranlé la cohésion gouvernementale, sous de forts relents de corruption et de manipulations. Méfiants, plusieurs concurrents, selon les mêmes sources, avaient placé des satellites partout dans les services du Premier ministre afin d’éviter toute manœuvre dolosive. Il se disait alors que certains concurrents étaient prêts à miser de fortes sommes d’argent pour corrompre les membres en charge du dépouillement des offres de concession.
Fin avril dernier en effet, la commission ad hoc d’analyse des offres, mise en place par le Premier ministre Philemon Yang, publiait un rapport qui, selon les offres financières finales par critères clés, plaçait en tête la «BCC» (623.469.685 euros), suivi de Ictsi (467.387.399 euros) et de Apmt (403.626.290 euros). La surprise intervint lorsque, plusieurs médias camerounais se firent l’écho de «fortes pressions» exercées sur des membres de ladite commission, qui avaient pourtant tous émargé au bas du rapport, pour les amener à reconsidérer leur notation alors que le processus de concession semblait définitivement sur les rails.
En rappel, c’est en juin 2008 qu’un appel à manifestation d’intérêt fut lancé par le gouvernement camerounais pour la gestion du terminal à conteneurs de Kribi, un appel finalement déclaré «infructueux» le 15 janvier 2014 par le Premier ministre et alors que le groupe Bolloré venait de déposer une offre définitive. Un nouvel avis public à manifestation d’intérêt fut relancé le 3 février suivant, qui a abouti à la pré-qualification des trois candidats alignés pour la finale qui a connu son épilogue hier.

Félix C. Ebolé Bola

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *