Société

Cameroun : Les pygmées en quête d’une citoyenneté

Ces peuples autochtones des forêts peinent toujours à accéder à l’acte de naissance et à la carte nationale d’identité.

Certains sont restés bouche bée en apprenant qu’aujourd’hui encore, des pygmées et leurs enfants n’ont ni acte de naissance, ni carte nationale
d’identité. Ils continuent de faire des bébés et ne leur établissent pas d’acte de naissance. Du coup, un débat naît autour de la question suivante : est-ce que la civilisation doit continuer d’aller vers ces populations ou alors le mouvement inverse doit se faire ? Ce 10 décembre 2018 à Yaoundé, deux camps se sont formés dans la salle des travaux réunissant les participants au dialogue national sur les droits des peuples autochtones des forêts.
La maire de Mintom et sa collègue de la Lokoundje défendent l’idée selon laquelle les pouvoirs publics ont suffisamment posé des actions en faveur des pygmées pour que ceux-ci puissent s’autonomiser afin d’avoir accès aux services de l’Etat comme toutes les autres communautés nationales. Ces
autochtones des forêts sont appelés à se rendre dans les centres d’état-civil pour faire établir les actes de naissance de leurs enfants ; et dans les centres d’identification pour les cartes nationales d’identité. En clair, les deux élues locales, qui comptent des pygmées dans leurs communes respectives, demandent à ces administrés de devenir des citoyens qui s’assument grâce à leurs activités socio-économiques.
Les pygmées ne demandent que cela, répond Venant Messe, coordonnateur de l’association Okani qui défend les droits des peuples autochtones et l’accès à la citoyenneté. Il met en avant un sondage révélant que le peuple bagyeli ne demande plus l’eau potable ou du matériel agricole, mais l’accès à la citoyenneté. Mieux, ils veulent une existence légale de chaque individu de cette communauté.
M. Messe pointe la responsabilité des pouvoirs publics car, les services de l’Etat restent éloignés des pygmées. « Des bébés continuent de naître loin des hôpitaux où se font les déclarations de naissance et loin des centres d’état civil où sont établis les actes de naissance », fait-il savoir. En clair aussi, une infrastructure et une organisation adéquates manquent pour permettre aux pygmées de devenir des citoyens à part entière. C’est la première étape pour connaître leur nombre aujourd’hui.

Au Cameroun, l’association Okani met en œuvre le projet « Navigateur Autochtone » qui est un cadre mondial fournissant aux peuples autochtones
des outils pour assurer leur reconnaissance et la réalisation de leurs droits.
Grâce à ces outils, les données collectées indiquent que sur 24% des populations forestières au Cameroun, près de la moitié des Bakas et des
Bagyelis n’ont pas de citoyenneté reconnue. Seulement 31% des enfants de moins de 5 ans ont des actes de naissance enregistrés.
La porte est ainsi ouverte à toutes sortes de marginalisation : impossible de se constituer en entité légale pour exploiter la forêt, impossible de participer aux élections, impossible de saisir la justice pour quelque action, etc. Dès lors, les pygmées sont victimes de toutes sortes d’abus, et ne peuvent pas se plaindre.

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Il y a le cas emblématique d’un habitant de Salapoumbé dont les deux yeux ont été crevés au cours d’une bastonnade, mais son affaire n’est jamais allée loin pour défaut de Cni. Si rien n’est fait, l’exclusion va s’accentuer dès 2021, la date d’expiration des Cni établies en 2011 à certaines personnes au cours des opérations spéciales. Le renouvellement deviendra impossible car, les procédures d’obtention de cette pièce sont aujourd’hui plus complexes et verrouillées. Pour mener le plaidoyer auprès des pouvoirs publics, les organisations des populations autochtones sont réunies au sein de la plateforme « Gbabandi ». L’objectif aujourd’hui est de trouver des mesures pour que tous les pygmées commencent par devenir des citoyens, même ceux qui sont dans les forêts.

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Source
Assongmo Necdem
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