Cameroun: Les importations massives des Huiles végétales peuvent-elles asphyxier l’industrie locale ?

Les raffineurs locaux des oléagineux se disent désormais incapables d’écouler leurs marchandises, du fait de la concurrence « déloyale » que leur livrent les importateurs.La guerre que livrent les islamistes nigérians de la secte Boko Haram au Nigeria, au Cameroun et au Tchad, et la crise en République centrafricaine, portent un sérieux coup à l’économie de ces trois pays, et partant même de l’ensemble de la sous-région. Les producteurs et les raffineurs locaux des oléagineux viennent de tirer la sonnette d’alarme, en indiquant, au cours d’un point de presse lundi dernier à Yaoundé, que ces événements ont provoqué un quasi arrêt des exportations de savon vers le géant nigérian, le Tchad, la République démocratique du Congo et la Congo. Comme facteur aggravant de cette situation record de méventes, les acteurs locaux de ce secteur notent le phénomène des « importations massives » et parfois « incontrôlées », qui a conduit à l’inondation du marché camerounais par des produits finis étrangers « ne respectant pas la norme et la qualité ». « Lorsque nous savons que la filière des oléagineux, à travers ses industries de première transformation, occupe le troisième rang en termes d’équilibre de la balance commerciale, il y a lieu de s’inquiéter de la situation qui prévaut actuellement et de prendre des mesures urgentes pour pouvoir y mettre fin », s’inquiète le secrétaire général de l’Association des raffineurs des oléagineux du Cameroun (Asroc), Jacquis Kemleu Tchagbou.
D’autant que « les agro-industries et les planteurs villageois d’huile de palme brute, de graines de soja et de coton, ne parviennent plus à écouler la matière première qu’ils produisent. A titre d’illustration, le gras (matière grasse) qui est utilisé pour la production du savon, découlent du fractionnement de l’huile de palme brute qui permet de produire l’oléine de palme encore appelée huile raffinée. Or, l’huile de palme raffinée ne se vendant plus, il est hors de question pour les industries de raffinage d’acheter l’huile brute en vue d’obtenir la stéarine (le gras) dans la perspective de la production du savon », s’indigne Jacquis Kemleu Tchagbou. Qui explique qu’à travers cette situation, c’est « la mise en œuvre de la politique du chef de l’Etat par le ministre de l’Agriculture, à travers l’encouragement du développement des plantations villageoises et industrielles pour booster l’industrie qui est en train de prendre un sérieux coup ».

Douane
Dans un tel contexte, c’est plusieurs entreprises opérant dans le secteur du raffinage des oléagineux qui pourraient se retrouver en état de cessation des paiements, et donc, fermer boutique. Dans cette hypothèse, le chômage va inéluctablement s’accroître au Cameroun, tant cette filière pourvoit actuellement 25000 emplois directs. Sur la prolifération des huiles végétales, l’Asroc point d’un doigt accusateur la Douane camerounaise, qu’elle accuse de faciliter les importations massives, « en violation flagrante » de la Norme Nc : 2002-03 sur les huiles végétales portant un nom spécifique enrichies à la vitamine A. Révisée le 24 mars 2011, celle-ci est d’application obligatoire. Elle a d’ailleurs fait l’objet d’un arrêté conjoint des ministères de la Santé publique, du Commerce, des Mines et du Développement technologique, et des finances. « Le fait pour le directeur général des Douanes (…) d’autoriser l’importation des huiles végétales raffinées sur la base de la valeur transactionnelle, est une violation grave de la réglementation en vigueur sous le fallacieux prétexte de la réalisation des recettes douanières en vue du renflouement des caisses de l’Etat », s’offusque, sentencieux, Jacquis Kemleu Tchagbou. Cette « cette transgression de la réglementation » n’est pas sans effets néfastes, tant elle entraîne « la mise à la consommation d’une pléthore d’huiles végétales raffinées, la pratique du dumping sur le marché local, le plombage, ou du moins la mise à mal de la filière des oléagineux non seulement au niveau du segment de la première transformation (Sodecoton, Azur, Scs, Scr Maya, Spfs, Cco, Saagry, Soproicom, Etc.), mais également au niveau du segment de la production, constitué des agro-industries que sont Socapalm, Cdc, Pamol, Safacam, etc., ainsi que les plantations villageoises.

Jean De Dieu Bidia

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *