Cameroun: Les caisses de l’Etat sont-elles vides ?

Palais presidentiel d'Etoudi

Grands projets, guerre contre Boko Haram, dette, salaires… Les thèses s’affrontent sur la capacité de l’Etat à tenir ses engagements financiers. D’un côté, il y a les tenants de l’apocalypse qui annoncent une nouvelle crise plus violente encore, de l’autre, l’administration du Trésor qui rassure sur la crédibilité de l’Etat. Evidemment, les motivations de la querelle sont loin d’être toutes révélées. Au-delà, l’enjeu porte sur la gestion des ressources publiques qui, elles, sont bel et bien limitées.
Le débat met en opposition des positions parfois aux antipodes. Il y a le pessimisme de Dieudonné Essomba, cadre au ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat). Plus critique que jamais, il déclare que « les salaires des fonctionnaires camerounais sont en danger, car l’Etat n’aura bientôt plus de quoi les payer. » Il y a le réalisme de l’ingénieur financier Babissakana, qui soutient, sans coup férir : « l’Etat du Cameroun a les moyens de sa politique et peut même financer tout seul la guerre contre Boko Haram.
» Mais les deux experts se rejoignent pour relever la mal gouveret l’absence de nance transparence qui entourent la gestion de la trésorerie de l’Etat. C’est ce que le Dr Ariel Ngnintedem, économiste et spécialiste des finances publiques, appelle encore « l’indiscipline budgétaire », non pas pour fustiger uniquement le ministère des Finances, mais toute la chaîne d’exécution du budget de l’Etat.
Evidemment, la direction générale du Trésor se défend, par la voix de son directeur de la trésorerie. Léonard Kobou se veut rassurant et optimiste, non seulement sur la bonne tenue des caisses de l’Etat mais aussi sur la capacité de celui-ci à honorer ses engagements financiers.
En tout cas, Dieudonné Essomba n’en démord pas. Ses prédictions sont toujours aussi apocalyptiques. « Les caisses de l’Etat son vides. Une nouvelle crise économique va frapper le Cameroun et sera plus violente que la précédente. D’ailleurs, cette crise va commencer en 2015 », affirmaitil au cours d’un entretien en décembre 2014. Et comme pour évacuer toute contradiction, il rappelait son statut d’« expert » en économie. Il n’a eu qu’à faire le pas depuis le bord de la statistique qu’il a étudiée à la base. Cet intellectuel affirme que les années passées au Minepat, lui ont permis de maîtriser les dossiers. Dieudonné Essomba parle d’ailleurs du haut de son grade d’ingénieur principal hors classe. Alors que son départ à la retraite est proche, il soutient que son discours est celui de ces personnes qui n’ont plus rien à perdre ; elles parlent en toute liberté.
Toujours est-il que les propos de Dieudonné Essomba laissent songeur et donnent même froid dans le dos de quiconque se souvient des sombres années de crise économique au Cameroun. L’Etat a accumulé deux mois de salaires impayés (entre novembre 1993 et février 1994) ; tout comme il ne payait plus les prestataires de services. Et même qu’il y a eu une baisse des salaires. Les entreprises publiques ont fait faillite et plusieurs banques ont disparu avec l’épargne des ménages. Le tout couplé à la dévaluation du franc Cfa, sans compter le gel des recrutements dans la Fonction publique.
Et voilà que Dieudonné Essomba annonce pour 2015 le début d’une nouvelle crise économique, plus violente encore.
Trois mois après l’entame de la nouvelle année, le directeur de la trésorerie ironise. « Nous attendons toujours de voir cette fameuse crise
tant annoncée. Nous n’avons manqué aucune échéance de payement des salaires. Je veux bien savoir comment et pourquoi les salaires des fonctionnaires seraient en danger », déclare Léonard Kobou. En tout cas, il peut dormir sur ses deux oreilles, car le Trésor public a encore tenu ses engagements au terme du mois de mars 2015. Dire que la masse salariale mensuelle de l’Etat oscille entre 70 et 75 milliards F.Cfa, y compris les pensions des retraités.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *