Politique

Cameroun: Le RDPC survivra-t-il à son leader ?

Au regard des guerres intestines et la bataille des investitures de ces derniers jours, il est fort probable que le RDPC vole en éclat après le départ de Paul Biya.

Le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais s’est offert en spectacle désolant, à la faveur des préparatifs de l’élection couplé du 09 février 2019. Les vieux démons de la division se sont réveillés. Ses militants à couteau tiré, se livrent une guerre sans merci. La question de représentativité semble être la principale pomme de discorde. Primaire ou investiture ? Le souhait des militants de base l était qu’il eût des primaires. La hiérarchie du parti a décidé plutôt d’investir ses candidats, bien évidemment sur la base d’un certain nombre de critères, que le SG a pris le soin d’expliquer à travers une note. Si l’on s’en tient aux propos de certains militants, c’est la circulaire de Kueté qui est venu raviver la flamme de la division au sein du parti. Elle mettrait hors de course les faucons très proches du Chef de l’Etat ainsi que certains candidats soutenus par la base pour leur fait d’arme. L’autre pierre d’achoppement c’est l’équipe désignée pour investir les candidats. Bref, du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest, la tension est vive au sein du parti des flammes. Plus que des adversaires c’est des véritables ennemis qui s’affrontent. Cette bataille entre les militants est si féroce qu’on se demande ce qui fait encore tenir ce parti. La réponse est toute simple : Paul Biya !

S’il y a une personnalité dont le leadership ne fait l’ombre d’aucun doute au sein du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais c’est indubitablement Paul Biya, le candidat naturel ; le « cordon d’argent » du RDPC. Pour le reste, le parti du renouveau s’apparente beaucoup plus à un panier à crabe. L’ambiance volcanique qui y règne depuis l’annonce du double scrutin du 09 février, fait craindre le pire, notamment quand Paul Biya ne sera plus là. Mais tant qu’il est là ils pourront s’entretuer, mais personne ne quittera le bateau, à cause de son statut de parti-Etat et de ces nombreux privilèges.

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C’est un secret de polichinelle de dire que le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), jouit et abuse même d’incommensurables privilèges, du fait de son accointance avec les institutions étatiques, lesquelles sont chapeautées depuis 37 ans déjà par son « champion », le Président de la République Paul Biya. Toute chose qui a favorisé la convergence et l’affluence d’une foultitude de militants de tout bord et de tout acabit vers ce parti, lui conférant ainsi le statut de parti de masse. La pléthore de véreux, opportunistes carriéristes qui s’y agglutinent comme ses sangsues, vouent du bout des lèvres un culte enchanteur à Paul Biya. Mais, les actes qu’ils posent au quotidien, leurs faits et gestes, se situent paradoxalement aux antipodes des prescriptions ou de la volonté du Chef de l’Etat qu’ils ont pourtant érigé au rang de démiurge et des dieux. Cette catégorie de militants laudateurs à souhait mais fossoyeur dans l’âme, se retrouve dans toutes les sphères de l’administration et de la société camerounaise. C’est d’elle que Paul Biya faisait allusion il y a quelques années dans un discours : « le RDPC, n’est pas un parti d’état-major. »
Qui veut aller loin doit ménager sa monture. Cet adage vaut tout son pesant d’or dans le contexte camerounais où le RDPC étant considéré comme le parti-Etat, La quasi-totalité des fonctionnaires y sont ou se sentent obligés d’y être. Soit ils sont là pour des visées carriéristes, soit pour éviter des ennuis.

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De l’autre côté, il y a les opérateurs économiques qui militent en grand nombre dans ce parti. En réalité très peu y sont par conviction. Beaucoup parmi ceux-ci ont pour souci premier de préserver leur business. Pour d’autres, militer dans le RDPC, c’est faire d’une pierre deux : être à l’abri des tracasseries administratives et jouir de nombreux avantages tels que les marchés publics. Outre les fonctionnaires, les agents publics et les commerçants, il y a une dernière catégorie, la masse de militant qui y est par convenance. Ici ce qui prévaut c’est le village, la tribu, la fratrie… voilà de manière ramassé ce qui fait la force du RDPC. Ce parti a certes une assise nationale avérée. Il est fortement représenté dans toutes les circonscriptions électorales qui se confondent avec les circonscriptions administratives, mais qu’adviendra-t-il s’il perd son statut de parti-Etat, de parti-administratif ? Il va sans dire que si le RDPC venait à perdre son statut de privilège, tout ce beau monde, qui vient d’être cité prendra tout simplement la clef des champs.

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