Société

Cameroun : Le gouverneur impose les vaccins contre le Covid-19 à Bertoua

Grégoire Mvongo tente d’interdire l’accès aux personnels et responsables non vaccinés contre la Covid-19 ou ne présentant pas des tests de dépistages négatifs, datant de moins de 72h. Une mesure très peu suivie hier dans les services publics.

Le gouverneur de la région de l’Est a pris une décision le 07 octobre 2021 selon laquelle à partir du lundi 11 octobre, ne seront admis dans les locaux abritant les services publics et parapublics régionaux, que les personnels et responsables vaccinés contre la covid 19 ou présentant des résultats des tests de dépistage SARS-COV2 négatifs, datant de moins de 72heures. Une disposition qui suscite majoritairement une réaction mitigée des populations de la capitale du Soleil levant qui n’ont pas adhéré : « Comment on peut nous demander de se balader avec les tests de dépistage datant de 72heures seulement, ce qui veut dire qu’après ce délai il est caduque », s’exclame Kanga Melal, enseignant à la retraite.

Jean François Moulema Adjibolo, cadre dans une Délégation régionale, ironise avec un sourire moqueur : « il va arriver ? ». Dans la quasi-totalité des services publiques de la ville de Bertoua, cette disposition n’est pas respectée, la majorité des usagers ne disposent ni de résultats de test de covid19, ni de cache-nez. Dans certaines structures bancaires, la décision semble être ignorée non seulement par les usagers, mais le personnel lui-même dans son ensemble : « Où en sommes-nous avec le port obligatoire des cache-nez ? Le gouvernement n’a pas encore maîtrisé cet angle-là pour nous imposer cette nouvelle formule », s’étonne Aladji Sanofo Baba, opérateur économique.

Applicabilité

A l’entrée de certains services publiques, les usagers qui tombent sous le coup de cette décision forment des petits groupes et tentent de trouver des formules pour être reçus. « Je ne pense pas que c’est la maladie qui va faire très mal à notre pays mais c’est la mauvaise façon de s’y prendre. Pour cette même maladie, le gouverneur avait exigé le lavage des mains dans les buvettes, c’est le même gouverneur qui avait demandé que les caches nez soient exigés aux clients dans les buvettes, c’est toujours lui qui avait tenté de revoir les heures de fermeture des buvettes dans la ville. Quelle est l’applicabilité de toutes ces mesures ? », s’interroge Julien Wamba, acteur de la société civile, avant d’ajouter : « il faut prendre une décision et la faire appliquer pour le bien de tous, mais je crois que de toutes les mesures de lutte contre le coronavirus prises dans la région de l’Est, celle-ci est la plus négative. On ne devrait même pas y songer. Je vous donne une semaine, revenez faire un tour par ici et vous nous direz », lance-t-il, réservé sur les chances d’application de cette instruction.

Ignorée

Dans la majorité des services régionaux de la ville de Bertoua, cette décision est totalement ignorée, à commencer par les services du gouverneur, où les agents publics vaquent sans entraves à leurs occupations, les usagers sont reçus sans aucune contrainte, tout laisse croire que les principales cibles de cette note ne s’en préoccupent pas : « Nous sommes très occupés pour en plus faire le travail des autres », nous lance un chef de service . A la Délégation régionale des Mines, un groupuscule de personnes victimes de la rigueur de l’arrêté du patron de la région échange sur l’importance et l’intérêt de cette décision : « Comment peut-on obliger les gens à la vaccination », veut comprendre Eitel Messina, un usager. A l’hôtel des finances, la grille qui protège l’entrée est grandement ouverte et les usagers sont admis sans aucune condition. Tableau identique au Bureau de gestion du fret terrestre (BGFT) idem dans les services de la Délégation régionale des Forêts et de la Faune. D’une manière générale, le constat est le même dans toutes les administrations publiques et parapubliques de la ville de Bertoua. La décision du gouverneur ne fait pas l’unanimité.

Sur le plan juridique, la décision du gouverneur ne va pas sans quelques soucis, car jusqu’à preuve de contraire, la vaccination n’est pas obligatoire au Cameroun, mieux encore, se faire vacciner n’est pas le reflexe le mieux partagé dans la région de l’Est. Pendant les campagnes du Programme élargie de vaccination (PEV) , le ministre de la Santé publique, lors de son dernier séjour à Bertoua, incitait a plus de campagnes de vulgarisation pour fédérer l’adhésion d’une grande partie de la population. Dans ce contexte, quel est le bien fondé de cette décision de Grégoire Mvongo qui est perçue comme peu consensuelle et autoritaire ?

Charles Mahop, 237online.com

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