Cameroun: La police interpelle les suspects d’un assassinat à Bertoua

Parmi eux, l’ami intime de Marcel Boukesse, la victime, et un couple ami de son neveu décédé quelques semaines auparavant des suites d’accident de circulation.


L’interpellation du couple, le patron d’une entreprise de recherches dans le domaine minier et sa compagne, responsable d’agence d’une société de téléphonie mobile, s’est déroulée en deux temps en début de week-end dernier. Selon des sources proches de l’enquête, « nous avons d’abord procédé à l’arrestation de la dame que nous avons retrouvée à leur domicile commun ». Après l’interpellation de la jeune dame, toujours selon nos sources, « leur domicile a été perquisitionné et les bureaux de son compagnon immédiatement mis sous scellés en attendant le retour du patron des lieux qui était en déplacement hors de la ville de Bertoua ». En attendant, sa dulcinée a été conduite dans les locaux de la direction régionale de la police judiciaire de l’Est (Drpje) « pour exploitation ». Et c’est au cours de cet exercice que la jeune dame, que l’on dit enceinte, a choqué. Devant le fait qu’elle exigeait la présence d’un conseil pour son audition, et la tournure que prenait son état de santé, elle a été remise en liberté et conduite à l’hôpital régional de Bertoua. Où elle se trouvait encore au moment du passage de son compagnon flanqué des éléments de la Drjpe samedi 30 mai 2015 dans l’après-midi. Pour ce qui est justement de ce dernier, c’est ce samedi que la police a pu mettre la main sur lui et procédé à la perquisition de ses bureaux. A ce stade de l’enquête, apprend-on de sources policières, « il n’est pas possible de déclarer de manière péremptoire si des indices permettent ou pas d’asseoir la thèse de complicité dont le chef d’entreprise est suspecté, ainsi que sa compagne, dans l’assassinat, dans la nuit du 10 au 11 mai 2015, à son domicile sis au quartier Mokolo I, de Marcel Boukesse ».
En effet, si l’on se réfère aux différents témoignages recueillis auprès des proches de la famille du garagiste âgé de 63 ans au moment de sa mort, « inquiets de ce qu’il ne répondait pas à nos nombreux appels depuis la veille (le dimanche 10 mai 2015, ndlr), nous avons envoyé à son domicile une parente pour avoir des nouvelles de notre oncle tant ce comportement était bizarre de sa part ». C’est alors la nièce de la victime, alors chargée d’effectuer cette tâche qui, à la suite du silence qu’elle rencontre au domicile de son oncle ce lundi soir, ira à son garage où les employés de Marcel Boukesse lui avouent également leur étonnement devant le black-out total entretenu par leur patron depuis la matinée. Elle va donc rappliquer à la maison pour découvrir, à travers la fenêtre, le corps « inerte et éventré » de Marcel Boukesse. Sous le choc, elle informe le reste de la famille ainsi que la police. Toutes vont descendre sur les lieux du drame tout comme le procureur de la République près les tribunaux d’instance de Bertoua et un médecin légiste.

Alhadji
Tout de suite après que le corps de la victime a été déposé à la morgue de l’hôpital régional de Bertoua, les langues commencent à se délier sur les mobiles de ce qui apparaît comme un assassinat. Et avec les mobiles, des personnages qui pourraient permettre une meilleure compréhension du meurtre. C’est d’abord vers un des « intimes » de la victime que se tournent les premiers soupçons. Il s’agit du surnommé Alhadji, celui avec lequel la victime a été aperçu en dernier lieu en journée d’abord à Gadji, village du défunt situé à 45 km de Bertoua sur la route Bertoua-Batouri, puis de retour à Bertoua pour partager un repas arrosé. Selon des indiscrétions fusant des proches de la famille, « ils ont été tous les deux au village pour une transaction immobilière ». Et l’on soupçonne alors le jeune homme, habitant le quartier Ekombitié à Bertoua, d’avoir voulu mettre la main sur le pactole ramené de cette vente de terrain à un apparatchik du régime. Surtout que, selon des sources proches de l’enquête, « l’exploitation de son téléphone a ressorti des zones d’ombre qu’il ne réussit pas toujours à éclaircir depuis son interpellation ». Bien plus, soulève-t-on, « le fait pour le ou les présumés assassins de M. Boukesse de lui avoir ouvert le ventre peut conduire à l’ingurgitation de quelques pépites de diamant ». Et ce sont peut-être ces soupçons qui peuvent avoir conduit à l’interpellation en début de week-end dernier de l’opérateur économique du secteur minier et de sa compagne. Certaines langues avancent que « la mort quelques semaines avant son oncle de Cyrille Haman, un des lieutenants de ce jeune homme d’affaires, pourrait être à l’origine de l’interpellation de ce dernier ». Surtout que, soulèvent ces personnes, « le neveu de Marcel Boukesse avait trouvé la mort sur la moto toute neuve que venait de ramener son chef et ami ».
Alors que la police s’évertuait à trouver la trace des présumés meurtriers de Marcel Boukesse, un personnage étrange va s’illustrer au cours des obsèques du défunt. Des témoins de la scène affirment que « l’homme (dont nous n’avons pas pu obtenir l’identité, ndlr) déclarait lors de la cérémonie d’inhumation le 30 mai 2015 que la victime savait ce qui l’avait envoyée ad patres. Il parlait une telle conviction que certains membres de la famille du défunt ont dû faire appel aux éléments de la base des Equipes spéciales d’interventions rapides (Esir) pour lui mettre le grappin dessus. » Depuis le jour de l’inhumation de M. Boukesse, le bavard séjourne dans les cellules de la Drpje et continue d’invoquer son état d’ébriété avancée pour justifier ses assertions. Une version que la police trouve légère.
Au final, ce sont quatre suspects qui ont été interpellés pour cette seule affaire. Si l’homme d’affaires et sa compagne sont libres de leurs mouvements alors que nous allions sous presse, Alhadji et le « bavard » continuaient de séjourner dans les cellules de la Drpje
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Meurtres non élucidés
Avec la mort de Marcel Boukesse, c’est le cinquième meurtre enregistré dans la ville de Bertoua, chef-lieu de la région de l’Est, depuis près d’un an. Tous dans des circonstances toujours non élucidées. Parmi les victimes, deux expatriés. D’abord Ourabi Dhahbi, homme d’affaires tunisien de 50 ans, retrouvé mort dans sa chambre au petit matin du 9 avril 2014. Les blessures sur le corps de la victime prouvaient la violence utilisée par ses bourreaux qui courent toujours. Ce, malgré toutes les dispositions prises par les autorités locales pour sécuriser les alentours de la maison du défunt et la pression des autorités consulaires tunisiennes pour retrouver au plus vite les auteurs présumés de cet acte qualifié d’odieux. Un autre mystère continue d’entourer les circonstances du décès d’Ibrahim Sow, 27 ans, commerçant malien installé depuis quelques mois à Bertoua. Son corps inerte baignant dans une mare de sang, la tête décapitée, des coups de poignard dans les côtes, le cou sectionné, avait été découvert par une jeune fille de 9 ans qui était allé acheter du pain ce jeudi 02 septembre 2014 aux environs de 13 heures après une fine pluie. A côté du cadavre, on avait retrouvé une machette et un long poignard tous recouverts de sang. Par ailleurs, rien n’avait été emporté dans la boutique de cet étranger réputé « sans histoire » au quartier Nkolbikon.

Bernard Bangda

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