Politique

Cameroun : La fin pour Cavaye Yéguié Djibril ?

Le président de L’Assemblée nationale a perdu toute influence politique dans le Grand-Nord.

A l’approche de mars, mois qui consacre d’ordinaire le renouvellement du bureau de l’Assemblée nationale, Cavaye Yéguié Djibril peut-il tirer son épingle du jeu et conserver la couronne qu’il porte depuis 1992 ? La question peut être légitimement posée au regard des dernières évolutions de l’actualité politique dans les régions septentrionales.

De fait, Cavaye Yeguié Djibril, à la vingt-neuvième année de son règne au palais des Verres de Ngoa-Ékellé, n’a jamais paru aussi fragile qu’aujourd’hui. On le sait certes malade, mais n’a-t-il pas été reconduit au perchoir de l’Assemblée nationale au lendemain des élections législatives de février 2020 alors même que son état de santé paraissait bien plus inquiétant qu’aujourd’hui ? Non, si Cavaye Yeguié a du souci à se faire, c’est davantage en raison des circonstances politiques du moment.

D’abord en interne, dans la «maison» que son visage incarne depuis des années. «Ce n’est plus le Cavaye Yéguié d’il y a quelques années. Il n’a plus la maîtrise de la situation, a abandonné ou transféré de son gré ou malgré lui, son pouvoir à un triumvirat qui règne et régente l’Assemblée nationale. Pour dire vrai, personne n’est même plus certain de l’authenticité de sa signature apposée sur les documents. Cette situation affecte sérieusement la crédibilité de l’institution», explique un haut fonctionnaire, de l’Assemblée nationale.

Il n’en est pas moins vrai que le. récent feuilleton autour de la «nomination-révocation-nomination» de l’agent comptable de cette institution, épisode qui a tenu en émoi tout le personnel de l’assemblée nationale, a fini de convaincre même les plus sceptiques sur la capacité de l’actuel Président à retrouver sa vitalité et sa perspicacité d’antan.

Au-delà de ces errements managériaux qui pèsent en réalité très peu dans le maintien ou non d’un baobab de la classe de Cavaye Yeguié Djibril, c’est bien sa perle d’influence au profit de Paul Biya dans les régions septentrionales qui pourrait précipiter son éviction.

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«A y regarder de près, la mission de Cavaye Yéguié est de chapeauter le bloc politique du Grand-Nord, le contrôler et l’organiser à son profit. Concrètement, il préside les réunions politiques des trois régions, sert de courroie officielle entre le bloc du Grand-Nord et le Président, prévient le chef de l’Etat d’éventuels dangers politiques, mobilise l’élite Nordiste chaque fois que cela est nécessaire… Le Président l’a placé dans une position et puis lui a assigné un rôle précis. La position, il l’a toujours. Le rôle, il ne le joue plus, du moins plus avec la même efficacité», précise un fin connaisseur du Grand-Nord.

Signe des temps : l’affaire du Mouvement 10 Millions de Nordistes. Un de ses proches, le ministre délégué aux Finances, Yaouba Abdoulaye, a tenté en octobre 2020, de rassembler la crème du parti au pouvoir originaires des trois régions septentrionales derrière Cavaye Yéguié Djibril. Objectif : apporter «symboliquement» un soutien à Paul Biya. Un remake, en sorte, des tournées que le président de l’Assemblée nationale avait jadis conduites en 2003 à Ngaoundéré, Garoua et Maroua pour contrer les rédacteurs du «Mémorandum sur les problèmes du Grand-Nord».

Dette fois, la mayonnaise n’a pas pris. El hadj Mlohamadou Abbo Ousmanou, patron du Rdpc de l’Adamaoua, que nul ne peut soupçonner de tiédeur dans son soutien à Paul Biya et le lamido de Rey-Bouba, régional du Rdpc pour le Nord, ont poliment décliné l’offre. «C’est la première fois que Cavaye Yeguié subit publiquement un tel camouflet politique. Il avait pourtant pris soin d’inclure dans la délégation dépêchée auprès de ses deux collègues, son directeur de cabinet.

Cet échec, je le vois comme la preuve d’un leadership totalement affaibli dans un Grand-Nord qui bouillonne plus que Jamais», résume un ministre originaire du Nord. Lequel poursuit : «Cavaye a perdu la main. D’ailleurs s’intéresse-t-il encore à toutes ces choses ? Je peux dire non. Il se comptait de voir ses visiteurs assis à même le sol sur un le tapis alors que lui, du haut de sa Majesté, est tout bonnement affalé dans ce qui lui fait office de chaise: Il profite de la vie et du pouvoir».

La fin ?

Le glas a-t-il sonné pour le lamido de Mada ? Difficile à dire, même si les signaux d’une perte de pouvoir s’accumulent au quotidien. Il y a d’abord cette prise de distance de ses hommes de main dont le plus illustratif est le cas du ministre Yaouba Abdoulaye, lequel fait désormais feu de tout bois pour survivre à son impopularité. «il consulte, reçoit, s’inquiète, s’interroge, loin de son mentor. Persuadé que Cavaye ne peut plus l’aider, il creuse son sillon comme beaucoup d’autres», affirme Boubakary, un natif de Maroua.

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Ensuite, il y a la distance présidentielle. Elle ne date certes pas d’hier, mais elle joue aujourd’hui pleinement en défaveur de Cavaye Yéguié Djibril. En effet, les Nordistes, à tort ou à raison, ont fini par se convaincre que Paul Biya n’entretient plus une «certaine proximité» avec son président de l’Assemblée nationale. Or celui-ci avait assis une partie de sa puissance sur ces «audiences au Palais» pour régenter en partie l’espace politique local.

Tant que tout allait bien, cela ne faisait pas désordre ; mais aujourd’hui que ça grogne sérieusement dans son arrière-cour politique, Cavaye Yeguié ne peut plus apparaître comme le sapeur-pompier de Pau! Biya. Une situation que le chef de l’Etat, dont les régions septentrionales sont les béquilles politiques, devra bien gérer. Avec ou sans Cavaye Yeguié Djibril !

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