Société

Cameroun : Kribi dans l’étau du choléra

Déjà 30 cas déclarés et 03 morts dans la cité balnéaire. La petite localité de Londji, village de pêcheurs situé à 15 km du centre-ville à l’entrée Nord, se présente comme étant l’épicentre de la maladie.

Dans le petit village de pêche de Londji, l’activité à première vue se déroule normalement. Sur le bord de l’eau, quelques pêcheurs s’apprêtent à embarquer en cette matinée pluvieuse du mardi 9 juin 2020. Au loin, le marché de poisson grouille de monde. Vendeuses et acheteurs échangent dans un vacarme assourdissant. Cette quiétude apparente contraste avec la situation qui prévaut ici sur le plan sanitaire. Pour en savoir davantage sur l’épidémie de choléra qui dresse progressivement son lit, nous allons à la rencontre de Thérèse.

Il y’a deux jours, elle a perdu son garçon âgé de 18 ans. Dans sa maison faite de matériaux provisoires, elle raconte le drame. « Il a commencé à vomir et faire la diarrhée, je l’ai amené au centre de santé et quelques heures plus tard il est décédé», nous fait-elle savoir, le cœur brisé. Autre lieu, même tragédie. Le chemin de croix, cette maman qui a requis l’anonymat l’a traversé. « J’ai emmené l’enfant à l’hôpital, on nous a demandé d’aller à Kribi qu’on ne pouvait rien ici.» Le nouveau-né décèdera au cours du trajet qui sépare le centre de santé intégré de Londji à l’hôpital de district de Kribi, laissant sans voix sa génitrice.

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Le personnel de santé à Londji ne sait plus à quel saint se vouer. En pleine pandémie du coronavirus, une majorité de patients préfèrent se prendre en charge et craint de se rendre à la formation sanitaire. La sensibilisation des agents n’y peut rien. Le message est confronté à la psychose généralisée. Le chef du CSI local déplore ce manque de collaboration des communautés. Selon elle, « les gens préfèrent se prendre en charge à domicile.»

Insalubrité

C’est connu de tous, le choléra est une maladie qui se développe rapidement dans des milieux insalubres. L’épidémie pourrait à cet effet trouver un terreau fertile à Londji. La localité ploie en effet sous une insalubrité effroyable. L’unique cours d’eau qui jonche le village sert de latrines aux enfants et même, aux adultes. « Les gens défèquent dans l’eau pendant que les autres y prennent leur bain», apprend-t-on. Aussi, l’accès à l’eau potable relève d’une gageure. Habitante des lieux, Lucrèce Ipoulet relève que, « le forage qui a été offert au village il y’a 8 ans par une ONG est en panne.»

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Chacun y va de son ingéniosité pour se procurer quelques gouttes d’eau potable. De l’avis de certains, les requêtes déposées auprès des autorités compétentes, notamment à la mairie d’arrondissement de Kribi 2e sont restées lettre morte. « Nous appelons les pouvoirs publics de nous venir en aide ou nous mourrons tous de choléra», clame-t-on à Londji. En attendant la réaction des autorités, les tas d’immondices fleurissent dans la nature. Les odeurs pestilentielles se heurtent aux fumets de poisson des femmes des communautés nigérianes et béninoises qui vivent ici.Landry TSAGA

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