Cameroun – Jeux de hasard: La rançon de l’addiction

Alors que les sociétés de jeux enregistrent des bénéfices record, certains joueurs paient le prix de leur addiction, entrainant des conséquences néfastes dans les familles.
Ce samedi 04 juillet 2015 n’est certes pas un jour avec une grande cagnotte, mais les joueurs du Pari mutuel urbain du Cameroun (Pmuc) spécialisé dans les paris hippiques, n’ont pas la tête à autre chose qu’à leurs turfs. Assis dans un fauteuil non loin du marché Essos à Yaoundé, Abang Njohnnie, 50 ans, effectue des combinaisons sur un bout de papier. « Je vais jouer le couplé et je compte miser 6000 FCFA », affirme-t-il avec beaucoup d’assurance. La veille, il déclare avoir misé la même somme pour un gain total de 7500 FCFA. Une somme bien dérisoire à ses yeux, au vu de ses montants gagnés par le passé. «Je joue au PMUC tous les jours de lundi à samedi depuis sa création en 1994 », confie-t-il avec une pointe de fierté. « J’ai souvent gagné 400 000 F, 500 000 F et mon plus gros montant c’était 2 millions», ajoute-t-il.
Plus loin, au lieudit Terminus-Mimboman, c’est un groupe de quatre jeunes qui discutent. La veille, les comptes n’ont pas été bons. Personne parmi eux n’a remporté la moindre mise. « J’ai misé 2000 et j’ai tout perdu, qu’est-ce que tu veux que je te dise », déclare l’un d’eux, exaspéré. Ici, chacun a sa petite histoire sur les jeux. « Quand j’étais en 1ère année, mon père m’a donné 25 000 francs pour ma pension, j’ai misé cet argent croyant que j’allais remporter plus. Mais j’ai malheureusement tout perdu », se rappelle Yannick M, étudiant au niveau 3 à la faculté des sciences économiques et de gestion de l’université de Yaoundé II-Soa.
Les cas similaires à celui de Yannick se comptent par centaine chaque jour dans la ville de Yaoundé. Ce qui reste pourtant sans incidence sur le nombre d’adeptes qui ne cesse de croître chaque jour. On estime à des centaines de milliers le nombre de parieurs réguliers au Cameroun.
D’autres, même s’ils sont conscients des dégâts que peuvent entraîner une implication abusive aux jeux de hasard, ne lâchent pas pour autant. « C’est mon passe-temps favori », confie Abang Njohnnie, l’un des plus fidèles du PMUC. « Parfois tu as envie de laisser, mais quand tu penses à tout ce que tu as déjà perdu, tu continues de miser », déclare Yannick M.
Dans les milieux des personnes sans emplois ou sous-employés, chacun s’est déjà fait sa petite idée de ce à quoi lui servirait un probable pactole. « Si je gagne les 13 millions qui sont affichés là comme Jackpot, n’est-ce pas je vais doter ma femme et je construis une maison ? » déclare Yvan Atangana, 35 ans, livreur d’œufs dans un magasin situé non loin du marché-Essos.
Avec sa précédente femme, Yvan Atangana n’a pas eu beaucoup de chance. « Je passais la plus grande partie de mon temps dans les salles de jeux à l’Avenue Kennedy et ma femme ne supportait pas. Elle a donc décidé de partir. D’autant plus que je perdais énormément», confie-t-il, avant d’ajouter : « On peut avoir l’impression de gagner, mais ce sont ces sociétés-là qui gagnent toujours ».
Des pertes qui profitent bien aux sociétés de jeux qui n’arrêtent pas de se multiplier de façon exponentielle, principalement dans les villes de Yaoundé et de Douala. Même la loi récemment voté à l’Assemblée nationale sur les jeux de divertissement, d’argent et de hasard, qui fixe à 2 % l’impôt sur leurs bénéfices est un autre cadeau fait à ces sociétés selon certains députés de la majorité. Pour eux, c’est un secteur qui enrichit un petit groupe d’individus poussant des familles au désastre. Les sociétés de hasard installées dans la ville de Yaoundé refusent de déclarer leurs revenus.

Georges Etémé (Stg)

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