Cameroun – Jeune Afrique: Opération kilav, pour quelle facture ?

Dans toutes les histoires d’amour, il y a, de temps à autre, des moments où les incompatibilités d’humeurs prennent le dessus sur la flamme.[pagebreak] Et, une fois l’émotion retombée, l’on revient à de meilleurs sentiments. C’est ce qui semble se produire entre le Cameroun l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique. Après quelques douloureux raids vice-versa, suivis d’une période où les deux se sont regardés en chiens de faïence (entre décembre et avril), le journal et le régime de Yaoundé viennent manifestement de décider d’une détente dont ils ne précisent (malheureusement) ni les mobiles, ni la durée. Mutations a appris d’une source interne à Jeune Afrique, que chaque année, un supplément pays est consacré à un Etat africain dans les colonnes de ce journal. Il est souvent produit, pour ce qui est du Cameroun, entre mars et avril. Pour ce dossier paru depuis hier sur le Cameroun, il était prioritairement prévu une interview du ministre de la Défense (qui devait s’exprimer sur la guerre contre Boko Haram), et une autre du secrétaire général des services du Premier ministre (il devait s’exprimer sur l’essor de l’économie camerounaise). Les deux personnalités, qui avaient préalablement donné leur accord aux journalistes de J.A chargés de réaliser ce dossier, se sont rétractées au dernier moment. Manifestement, elles n’ont pas eu le feu vert de la présidence. Mebe Ngo’o a été ainsi remplacé par l’historien Achille Mbembe dans « Le plus de JA ». Notre source rapporte également que d’autres membres du gouvernement approchés par Jeune Afrique pour ce dossier n’ont pas souhaité s’exprimer. Par peur de représailles ? C’est dire si la nouvelle page entre ce journal et les autorités camerounaises est encore marquée du sceau de la méfiance. Le salarié de Jeune Afrique approché par Mutations pense pour sa part que « le journalisme est un métier de contact et de distance. A vous d’apprécier s’il s’agit d’une perche tendue par J.A au gouvernement camerounais ou d’un rapprochement entre les deux». Tout porte, en tout cas, à croire qu’une démarche de réconciliation a été entreprise par l’une des parties.
Et que le gouvernement camerounais a peut-être payé le « prix fort » pour ce retournement de veste de Jeune Afrique. Journaliste installé depuis quelques années en France, Abdelaziz Moundé a effectué une sortie musclée hier sur les réseaux sociaux à ce sujet : « J’attends impatiemment la sortie du ministre Issa Tchiroma. Pour les féliciter maintenant que le dossier Guerandi s’est embourbé. C’est la trêve des « comploteurs » en apparence ! Avec un petit effort, Rfi et France 24 prendront de la graine et apaiseront l’ire calculée de Yaoundé. Et, comme nous l’avons souvent rappelé, l’argent des camerounais qui est dépensé en publi-reportages dans les médias internationaux servirait pour moitié au développement d’une presse de qualité au Cameroun. En lieu et place de l’indigente aide à la presse ». Une attitude que ne partage pas Félix Zogo, qui dit n’avoir jamais vu des mallettes d’argent destinées à « l’achat de journalistes ».

Jean De Dieu Bidias

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