Cameroun – Jacques Fame Ndongo: Un décodeur de signes

L’auteur lit les signes.  Il démontre que désormais, il faudra compter avec l’Afrique.
De l’Afrique, on en  parle tout le temps. On en parle encore et toujours, dans tous les sens, de toutes les formes. Pour certains, elle est mal partie. Pour d’autres, elle n’est même pas encore partie. Les penseurs les plus pessimistes disent que le continent noir est maudit, condamné à l’effacement  existentiel parce que, absent des rendez-vous les plus marquant de l’Histoire. Même les politiques qu’on croyait jadis scrupuleux et mesurés dans le propos, en sont venus à mêler leurs récentes voix à celles des pionniers de l’afro-pessimisme, pour dire haut et fort que l’Afrique n’est pas entrée dans l’Histoire, parce que n’étant pas citée dans les années Lumières que décrit Voltaire avec entrain et délectation. Pourquoi ne pas citer Sarkozy pour les premiers, et Drumont pour les seconds ?
Mais voilà que, dans cette ambiance de doute et d’attentisme, Jacques Fame Ndong, dans un livre de 268 pages commis en juillet dernier chez  L’Harmattan au titre de « Essai sur la sémiotique d’une civilisation en mutation, le génie africain est de retour», il  jette  lui sur le continent un filet  d’espoir pour attraper les sceptiques. Dans un cri de joie, il s’exclame  d’entrée de jeu : « Le génie africain est de retour ».  Il prévient aussitôt après son cri de joie, ceux qui  auraient quelque peu l’intention de le taxer « d’orgueilleux, d’outrecuidant, d’utopiste, de présomptueux  ou de narcissique». Fame Ndongo choisi de convaincre, comme dans un amphi. Il explique le mot « génie », au sens étymologique d’abord. Ensuite dans son extension. Si nous convenons avec cette définition dans l’antiquité gréco-romaine, son acception  d’aujourd’hui, n’a-t-elle pas certains des  fils d’Afrique qui seraient comme Shakespeare, Newton, Kant, Confucius, Galbraith, Hugo, Michel Ange, Einstein des génies ?  Sauf à être fondamentalement de mauvaise foi, ces modèles de génie, on en trouverait partout en Afrique et dans la communauté afro-américaine des Etats-Unis, explique l’auteur dans sa démarche.
La suite de l’essai de Jacques Fame Ndongo est segmentée en trois  parties : « les signes du génie antique, les signes de la connaissance, les signes de la puissance et de l’espace ».  Chacune de ces parties est développée et appuyée par des arguments et des exemples qui convaincraient sans peine le plus incrédule de la renaissance africaine qui flotte de nos jours dans l’air du temps. Dans ses éléments illustratifs de conviction empirique, l’auteur dresse un long tableau qu’il  estime modestement « non exhaustif ». Il y étale cependant de longues  listes d’inventions, de découvertes, des réalisations d’éclat, des innovations donc certaines facilitent notre quotidien, et dont on ne savait même pas qu’elles sont l’œuvre immense d’un Noir, quel que soit son pays, l’Afrique étant sa terre natale ou celle de ses ancêtres.
Voilà Jacques Fame Ndongo qui, à travers son essai osé, rejoint  Cheickh Anta Diop et Théophile Obenga dans leur combat de l’affirmation de l’Afrique, détentrice elle aussi des héritages de l’humanité.  Aimé Césaire, en son temps, dans un élan de colère quand il entrait dans la lecture engagée, paraphrasa Léo Frobenius  contrant  Campbell  dans ses discours racistes. Frobenius corrigea l’injure : « Civilisé jusqu’à la moelle des os, l’idée de Nègre barbare  n’est qu’une invention purement occidentale… », déclara l’ethnologue allemand.
Le livre de Jacques Fame Ndongo est une abondante documentation. Il a des  références irréfutables. L’auteur, dans une démarche rédactionnelle de pédagogue et de chercheur, confond les adeptes de l’afro-pessimisme. Il sort des théories approximatives pour valoriser le réel, le palpable, le visuel : ce que le Noir a réalisé, en dehors ou en marge des Lumières.
Les mutations qui bouleversent le monde actuel placent le propos de l’auteur au centre. Après le long somme dans lequel l’Afrique s’est enfermée au sortir,  de la domination planétaire de l’Egypte pharaonique d’Amasis notamment, le génie africain est donc de retour. Ce livre le démontre. Il est à lire et à partager.

Xavier Messè

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