Cameroun : Issa Tchiroma Bakary risque la prison dans l’affaire Camair

Issa Tchiroma Bakary camair

Issa Tchiroma Bakary, candidat à la présidentielle camerounaise du 12 octobre 2025, fait face à de graves accusations de corruption qui pourraient le conduire derrière les barreaux. L’ancien ministre des Transports est soupçonné d’avoir perçu une rétrocommission de 171 247 dollars dans l’affaire Camair-South African Airways des années 90. Refoulé récemment à l’aéroport, le septuagénaire voit la justice se resserrer autour de lui à quelques semaines du scrutin présidentiel. Cette réactivation judiciaire intervient étrangement après sa démission du gouvernement et l’annonce de sa candidature.

Le dossier Camair refait surface au pire moment pour Tchiroma. Les enquêteurs s’intéressent désormais de près à cette rétrocommission présumée de 147 000 euros qu’il aurait empochée lors du règlement de 26 millions de dollars versé par South African Airways.

« C’est un vieux serpent de mer qu’on ressort chaque fois qu’on veut me nuire », se défend l’intéressé au téléphone depuis Yaoundé. Mais cette fois-ci, les autorités judiciaires semblent déterminées à aller au bout de la procédure.

La genèse de cette affaire remonte à 1994, quand Tchiroma était ministre des Transports. Un rapport interne de la Camair recommandait alors de rompre le contrat de maintenance avec Air France, accusée d’utiliser frauduleusement les appareils.

Les dessous d’un contrat à 65 millions de dollars

Le ministre d’alors avait saisi la présidence pour obtenir la rupture avec Air France. South African Airways avait ensuite décroché un juteux contrat de 65 millions de dollars sur quatre ans.

C’est là que l’intermédiaire libanais Fouad Srouji, via sa société Advanced Technics Trust, entre en scène. Les enquêteurs établissent aujourd’hui qu’environ 1,2 millions d’euros de commissions ont été reversés à plusieurs responsables camerounais.

« Issa Tchiroma a touché sa part, c’est indéniable », confie un ancien de la Camair sous couvert d’anonymat. Le montant précis de 171 247 dollars figure désormais dans les dossiers judiciaires camerounais.

Le crash d’un Boeing 737-200 de la Camair le 3 décembre 1995 près de Douala avait tout compliqué. Le nouveau patron de SAA avait dénoncé publiquement un contrat « entaché de corruption », obligeant le Cameroun à choisir une stratégie délicate.

Yaoundé avait opté pour reconnaître l’existence d’un pacte de corruption afin d’exiger la nullité du contrat et récupérer les fonds versés. Une commission dirigée par Jean Foumane Akame avait été constituée, avec la participation de Issa Tchiroma pour défendre les intérêts de l’État.

Paradoxalement, l’ancien ministre aidait l’État à récupérer de l’argent tout en ayant lui-même bénéficié du système corrompu. Cette situation ambiguë nourrit aujourd’hui les accusations contre lui.

L’accord de transaction signé en 2004 avait permis au Cameroun de récupérer 26 millions de dollars. Mais l’affaire a rebondi avec les réclamations de Pierre Mila Assoute, qui exigeait 10% de commission sur le recouvrement.

« Par l’entremise de feu Martin Belinga Eboutou, il avait demandé pardon au président Paul Biya à propos de la rétrocommission perçue », révèle un proche du dossier. Cette confession informelle pourrait aujourd’hui se retourner contre lui devant les tribunaux.

Les magistrats camerounais temporisent pour l’instant, mais la pression judiciaire s’intensifie. Selon nos informations, Paul Biya estimerait contre-productif de transformer Tchiroma en martyr avant la présidentielle.

Cependant, les preuves s’accumulent contre l’ancien ministre. Les archives de Advanced Technics Trust, reprises par Mila Assoute, contiennent des détails compromettants sur les virements effectués.

« La justice a tous les éléments pour prouver la corruption », estime un avocat familier du dossier. Les peines encourues pour corruption d’agent public peuvent aller jusqu’à 20 ans d’emprisonnement selon le Code pénal camerounais.

L’avocat Georges Engono Essame, qui avait participé à la commission Foumane, refuse aujourd’hui de s’exprimer sans autorisation présidentielle. Un silence qui en dit long sur la sensibilité politique du dossier.

À 78 ans, Issa Tchiroma Bakary joue sa liberté et ses ambitions présidentielles. Son interdiction de voyager récente témoigne de l’étau qui se resserre progressivement autour de lui.

Cette affaire Camair pourrait bien enterrer définitivement les rêves présidentiels du vétéran de la politique camerounaise, sauf retournement spectaculaire de dernière minute.

L’ancien ministre parviendra-t-il à échapper aux geôles camerounaises avant le scrutin d’octobre ?

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✍️ À propos de l'auteur
Alain-Claude Ndom
Alain-Claude Ndom

Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.

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