Cameroun: Issa Hayatou, L’homme qui n’a jamais rien su

Le président de la Caf, officiellement non impliqué dans le scandale de corruption à la Fifa, aura beaucoup de mal à continuer de jouer les ignorants.Il a beau affirmer n’avoir «jamais été inquiété par qui que ce soit», dans le scandale de corruption qui secoue actuellement la planète football, le président de la Confédération africaine de la discipline (Caf) aura du mal à ne pas sentir le vent du boulet. Acteur, témoin ou alibi, il tient une place essentielle dans le management du ballon rond mondial. Issa Hayatou est, entre autres, vice-président – et donc membre du comité exécutif – de la Fédération internationale de football association (Fifa) depuis 2002. En septembre dernier, il a été porté à la tête de la commission des finances de l’instance. Le Camerounais fut aussi le président du comité d’organisation du Mondial 2010 en Afrique du Sud, dont l’attribution fait partie des dénonciations et enquêtes en cours pour corruption par la justice américaine.
Le 1er juin dernier, le journal britannique Sunday Times a dénoncé le «comportement antisportif» des associations membres de la Caf, accusées d’avoir trempé dans une vaste entreprise de corruption pour l’attribution du Mondial 2022 au Qatar. Ex-président de la commission Goal à la Fifa, Bin Hammam aurait fait bénéficier à la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) d’un projet à hauteur de 400.000 dollars en vue de s’acheter les faveurs du tout-puissant patron de la Caf, qui «aurait reçu des cadeaux de valeur» et bénéficié d’un séjour à l’œil, à Doha en décembre 2009. Le 10 mai d’avant, le même hebdomadaire anglais se voulait encore plus précis, affirmant que le Camerounais et un autre membre du comité exécutif de la Caf, l’Ivoirien Jacques Anouma, avaient monnayé leur vote pour «Qatar 2022».
Ancien président de la Confédération de football d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes (Concacaf), l’Américain Chuck Blazer, devenu la taupe des services des Etats-Unis (Fbi) depuis 3 ans avec lesquels il joue les repentis, affirme avoir reçu des pots-de-vin en vue de la désignation du Maroc pour l’organisation du Mondial 1998, finalement attribuée à la France. «Durant ma collaboration avec la Fifa et la Concacaf, parmi d’autres choses, je me suis mis d’accord avec d’autres personnes, autour de 1992, pour faciliter l’acceptation d’un pot-de-vin en lien avec la sélection du pays hôte pour la Coupe du monde 1998», a expliqué aux enquêteurs celui par qui le scandale est arrivé. A cette époque, M. Hayatou, à la tête de la Caf depuis le 10 mars 1988, ne pouvait pas ne pas être au cœur des tractations de vote. Ses ennemis, particulièrement en Afrique du nord et par médias interposés, glosent bruyamment ses manières féodales et son autoritarisme. Les tacles par derrière se multiplient, dans une partie aux enjeux à la fois diffus et sulfureux.

[b]Carton jaune[/b]
L’affaire est certes, pour l’instant et pour certains observateurs, à classer dans le registre de l’aigreur des Etats-Unis pour l’organisation de la Coupe du monde 2022, finalement confiée au Qatar. Mais comment en effet croire que Issa Hayatou n’ait jamais eu simplement vent des rumeurs de pots-de-vin dans son entourage ? La nouvelle série américaine est peu ragoûtante et le président de la Caf, 69 balais accomplis, y voit une «campagne de dénigrement» à son encontre, estimant que «ces accusations sont destinées encore une fois à jeter le discrédit non seulement sur [s]a personne mais aussi sur le continent africain de manière générale». Il veut donc laver son honneur, voyant chez ses tourmenteurs «une cruelle méconnaissance du fonctionnement des instances à la Fifa». Pas vu, pas pris.
Le «Fifagate», parlons-en. Le fonctionnement auquel Issa Hayatou fait allusion est actuellement dans la tempête et l’inamovible Joseph Sepp Blatter, à peine réélu avec le soutien appuyé de la Caf, a dû jeter l’éponge mardi dernier face à l’impitoyable rouleau compresseur. L’un et l’autre, en l’état actuel des choses, ne sont pas directement cités dans quelque bakchich ou impliqués dans des manœuvres de favoritisme. Mais le fait que le vent souffle alentour et qu’ils continuent de jouer les preux confine à l’effarement.
Ou tout se passait dans le dos de Issa Hayatou, et alors il faudrait le plaindre, ou alors il n’a rien voulu savoir et on devrait désespérer de sa gouvernance. Son grand ami Blatter, dans son mot d’adieu, a soutenu que «la Fifa a besoin d’une profonde restructuration». Dans le cas de la Caf, c’est certainement à un aseptisant qu’il faut recourir.

[b]Félix C. Ebolé Bola[/b]

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