Cameroun – Gouvernance: Le gouvernement fait la crise de nerfs

Pour les services du Premier ministre, les nominations de responsables dans certains départements ministériels sont bloquées pour cause de refus par certains ministres, de se conformer aux procédures.
Faux rétorquent les membres du gouvernement qui trouvent très long, le temps de traitement desdits dossiers par le chef du gouvernement. Les différents séminaires gouvernementaux ne suffisent pas à régler la question de la cohésion gouvernementale plusieurs fois appelée de ses vœux par le Président de la République, M. Paul Biya. Une préoccupation très vive dans l’esprit du Premier ministre (Pm), M. Philemon Yang depuis sa prise de fonction le 29 juin 2009. Raison pour laquelle, le 26 février 2015, à l’occasion d’un séminaire gouvernemental consacré à la gestion des ressources humaines de l’Etat, il souhaitait que ladite assise mette fin à «l’anarchie et à la complaisance dans les nominations des hauts cadres de l’administration». M. Yang préconisait une gestion plus rationnelle dès le lendemain, des effectifs de l’administration publique camerounaise. Aussi avait-il qu’autrefois source de «fierté par la qualité des hommes et des femmes qui l’animaient, notre administration est devenue au fil des années une bureaucratie plus souvent citée pour son inertie».
Et le Premier ministre de tirer la sonnette d’alarme: «Si nous n’y prenons garde, elle deviendra un obstacle sur notre chemin vers l’émergence. (…) Les dysfonctionnements, encore trop nombreux, qui entravent la saine gestion des personnels doivent par conséquent être identifiés et résorbés», concluait le Pm dans ce qui aux yeux de certains passait pour une manière de tancer les autres membres de son gouvernement. Depuis lors, des crises sournoises, dissimulées et ouvertes, ont refleuri ça et là à divers niveaux de l’équipe conduite par M. Philemon Yang. C’est ainsi que le 17 avril, le Ministre de l’Agriculture et du Développement rural (Minader), M. Essimi Menye a rendu deux décisions portant respectivement nomination de trois Inspecteurs généraux et de deux Directeurs par intérim au Minader.
Si pour des théoriciens de la science administrative, le Ministre de l’Agriculture et du Développement rural s’est arrogé les prérogatives réservées au président de la République pour la nomination des Inspecteurs généraux, et au Premier ministre, dans la désignation des Directeurs de l’administration centrale, d’autres relativisent et tentent une autre explication. Toujours est-il que pour le Premier ministre, ce fut de la pure provocation. Le Chef du gouvernement a vigoureusement réagi à ce passage en force, le 30 avril. M. Philemon Yang a en effet, annulé les décisions du Ministre de l’Agriculture «pour vice de forme, de procédure et de compétence».

Discriminations et recouvrements
Comme ce cliché, le gouvernement vit de manière quasi impuissante, d’autres crises. Il en est de celle entre le Ministre de l’Emploi, M. Zacharie Perevet et le Premier ministre. Comme celle plus retentissante avec la Ministre des Arts et de la Culture, Mme Ama Tutu Muna. Entre les deux, il en existe d’autres, plus feutrées. Mais l’une des plus béantes est celle avec le Ministre Finances. Nées des discriminations faites par le Chef du gouvernement en faveur de quelques opérateurs au sujet certains recouvrements des recettes et créances de l’Etat, elle a donné lieu à de vives tensions se rapportant elles aussi à la question des nominations dans l’administration des Finances où le chef du département a fini par prendre l’option des désignations intérimaires.
C’est ici que l’on se tourne vers un acteur majeur de ces différentes crises : le Secrétaire général des services du Premier ministre (Sgpm), M. Louis Paul Motazé, lui qui avait reçu la charge, lors du séminaire, de présenter l’exposé sur le circuit de la nomination dans haute administration, lors du séminaire de février 2015. Rappelant les principes, ainsi que la nécessité de respecter les procédures et les règles de compétence «qui fondent la validité des actes de nomination», M. Louis Paul Motazé avait au passage dénoncé «la tricherie généralisée qui consiste à mettre la haute hiérarchie de l’Etat devant le fait accompli au moyens d’actes de nomination prétendument à titre intérimaire». Et le Ministre Motazé de poursuivre que «l’on observe, que de nombreuses irrégularités sont constatées dans la procédure de nomination. Il en est ainsi des nombreuses notes de service ou décisions qui remplacent désormais les arrêtés et les décrets pour nommer les personnels de l’Etat à des postes de responsabilité. L’euphémisme à titre intérimaire parfois glissé dans certains de ces décisions de nomination n’efface pas, pour autant, l’irrégularité flagrante dont elles sont entachées. Nous devons convenir que la nomination à titre intérimaire doit se conformer aux règles de procédure et de compétence, ainsi que celles liées à la nature juridique de l’acte, puisque les effets qu’elles produisent sont identiques», avait conclu le Sgpm.
Cette présentation sous forme de mise en garde n’est pas passée inaperçue. Dans la salle des travaux, différentes grimaces dans les rangs disaient long sur les prétentions, usages, textes et actes. Dans la salle des banquets au sortir du séminaire, la situation évoquée dans son intervention par M. Motazé était au centre des commentaires des ministres devisant à deux ou à trois. Et déjà, certains sans ambages disaient devoir affronter dans les semaines et mois qui allaient suivre, le secrétaire des services du Premier ministre qui, à leurs yeux est à l’origine du blocage des projets de nominations transmis depuis de longs mois. Surtout qu’au terme de son exposé, M. Louis Paul Motazé était ferme: « Il va sans dire que toute nomination intervenue en violation des règles relatives à la nature de l’acte, au niveau de responsabilité du poste à pourvoir, à la procédure, et à la compétence matérielle, est nulle».
Même si les Chefs des départements ayant récemment connu ce type de confrontation avec les services du Premier ministre, refusent de répondre aux sollicitations des journalistes, dans leurs administrations, il se lit sous les eaux des actes du Premier ministre, M. Louis Paul Motazé que certains n’hésitent pas d’appeler «le vrai Premier ministre». Pour certains, c’est lui qui est à l’origine du très long traitement des projets de nominations dans les différents départements. Ayant pour volonté de «placer» les siens «pour assouvir des ambitions personnelles», il serait «un habitué de l’obstruction qui brise la dynamique d’équipe impulsée par le Chef de l’Etat», M. Paul Biya. De son côté, M. Motazé s’en tient à la position de principe qui explique certainement l’annulation des nominations de certains membres du gouvernement. Au risque de la crise de régime.

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