Cameroun – Gestion de l’effort de guerre: René Sadi, Sapeur pompier de service ?

Le ministre Sadi

La nomination de René Emmanuel Sadi comme président du comité interministériel ad hoc de gestion des dons destinés aux populations et aux forces de défense dans le cadre de la lutte contre Boko Haram constitue à n’en point douter un acte politique majeur.[pagebreak] Elle intervient dans un contexte où le landerneau sociopolitique bruit de plaintes et de craintes quant à l’arrivée à bon port de ces dons, mais aussi à leur gestion rigoureuse et transparente.
Les décodeurs de Paul Biya souligneront sans doute à grands traits la haute confiance présidentielle placée (ou renouvelée) en ce ministre, qui aura comme collaborateurs dans cette tâche ô combien délicate, le ministre en charge de la Défense, le ministre des Relations extérieures, le secrétaire d’Etat chargé de la gendarmerie et le délégué général à la sûreté nationale.
On se serait logiquement attendu qu’une telle mission soit confiée au Premier ministre, chef du gouvernement. Que non ! Paul Biya a plutôt jeté son dévolu sur une personnalité présentée comme un membre de son dernier carré de fidèles, un confident du prince qui n’échappe pas aux écrans radars d’une succession qui n’en finit pas de se complexifier…Certains analystes affirmeront, à tort ou à raison, que la gestion querellée de « l’opération coup de cœur » de 1994 dédiée aux Lions indomptables du football, par le Premier ministre Simon Achidi Achu, a laissé des traces.
D’autres diront que le chef suprême des armées a déjà testé la capacité d’action et la probité de l’actuel Minatd, à l’occasion d’autres missions non moins difficiles. Notamment le 4 avril 2007, lorsqu’à la surprise générale, l’alors secrétaire général adjoint de la présidence de la République est nommé secrétaire général du comité central du Rdpc. A cette époque, le parti au pouvoir est comparable à un champ de ruines, du fait de l’extinction progressive de la poigne de Joseph Charles Doumba, rongé par la maladie.
Lorsqu’il faut remplacer le méthodique et charismatique Minatd, Marafa Hamidou Yaya, le 9 décembre 2011, le choix du président de la République se portera à nouveau sur celui qui a été son conseiller diplomatique et le rédacteur de ses discours. Bien qu’étant ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, c’est à ce diplomate de formation, aujourd’hui âgé de 67 ans, qu’échoit en juillet 2013 la mission d’aller à Zurich convaincre le président de la Fédération internationale de football association (Fifa), Joseph Sepp Blatter, de lever la suspension du Cameroun de toutes les compétitions internationales, à cause d’une sévère (et interminable ?) crise à la Fecafoot. Tâche à laquelle il s’est acquitté avec brio.
Habitué des voyages présidentiels, René Sadi sait indubitablement que la nouvelle mission qui lui est confiée par Paul Biya peut devenir le cimetière de ses ambitions supposées ou réelles s’il ne réussit pas ou alors le maintenir en état de grâce auprès du chef de l’Etat. A lui de prouver que l’hebdomadaire Jeune Afrique n’avait pas tout faux lorsqu’il le présentait en 2012 comme un « commis honnête et désintéressé ».

Georges Alain Boyomo

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