Cameroun – Filière cacao: 9% de baisse de la production enregistrée en 2013-2014





Au cours de la campagne écoulée, la production commercialisée des fèves de cacao a baissé de 19 000 tonnes par rapport à la précédente. On note cependant des améliorations en ce qui concerne la structuration des producteurs, la qualité du cacao commercialisé, le suivi des acheteurs, et aussi le comportement des prix.[pagebreak]Le fait majeur à retenir pour la campagne cacaoyère 2013-2014 est la baisse de la quantité commercialisée de fèves de cacao. Le Cameroun a connu en effet une production commercialisée de 209 905 tonnes lors de cette campagne, contre 228 910 tonnes en 2012-2013. Ce qui représente une baisse de 19 000 tonnes représentant 9% de régression en valeur relative. Ces chiffres ont été présentés par l’Office national du cacao et du café (Oncc) et complétés par le Conseil interprofessionnel du cacao et du café (Cicc), à Bot-Makak jeudi 4 septembre 2014, lors du lancement officiel de la campagne 2014-2015 par le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana. Cependant, cette baisse n’occulte pas la bonne tenue du cacao camerounais qui, depuis quatre années, n’est plus jamais descendu en dessous des 200 000 tonnes, selon les statistiques officielles.
La production commercialisée est déterminée en intégrant aux exportations les volumes transformés et les stocks de fin de la campagne précédente et de ceux de la campagne concernée. La baisse de la production commercialisée a entraîné celle des quantités exportées : 174 629 tonnes en 2013-2014 contre 180 722 tonnes la campagne d’avant, soit une baisse de 3,37%. A noter que ces exportations ont connu une situation particulière liée à l’engorgement du Port autonome de Douala, ce qui a eu une influence sur le respect des contrats. Par contre, les stocks sont en hausse. Au cours de la campagne qui vient de s’écouler, ces stocks sont de 5 827 tonnes, contre 3 335 tonnes un an plus tôt.

De bons points pour la transformation locale
Les entrées auprès des unités locales ont connu de belles performances. En effet, 32 803 tonnes de cacao correspondent aux entrées effectuées auprès des unités locales de transformation. L’entreprise Sic cacaos gagne la palme d’or avec pour elle seule 32 792 tonnes transformées, soit 99,96% de ces entrées. Le reste a été transformé par une dizaine de producteurs artisanaux. Transformateur historique exerçant depuis plus de 60 ans au Cameroun, Sic cacao a enregistré une hausse de ses broyages de l’ordre de 6,7%, soit 2 000 tonnes de plus par rapport à la campagne précédente. La transformation industrielle a connu deux nouvelles structures, qui ont bénéficié du programme « Agropole ». Ainsi, Noha Nyamedjo à Douala possède une capacité de broyage de 15 000 tonnes, tandis que Fapam Industry à Mbalmayo est capable de broyer 5 000 tonnes. En perspective, on se dirige vers une capacité locale de broyage de 70 000 tonnes par les unités industrielles, ce qui va représenter 30% de la production actuelle.

En ce qui concerne la transformation locale artisanale, l’on note une domination du Gic Unak, dans le département de la Mvila (région du Sud), qui a transformé 2,2 tonnes de fèves de cacao lors de la campagne 2013-2014. Le contexte quasi-clandestin de ce domaine ne permet pas d’avoir des chiffres exacts, mais l’on estime à quelque 20 000 tonnes de fèves de cacao transformées par les artisans. Les produits issus de cette transformation, notamment le beurre de cacao, sont écoulés sur le marché national et sous-régional. Il y a aussi la poudre de cacao issue de la transformation artisanale qui se retrouve de plus en plus dans les supermarchés du Cameroun.

Bonne tenue des prix dans l’ensemble
Les prix bord champ ont été plus rémunérateurs pour les producteurs qui ont fait des marchés groupés. Le niveau le plus bas de ces prix était de 900 Fcfa le kilogramme, tandis que la meilleure rémunération a été enregistrée dans la localité de Makenene (région du Centre) à 1 275 Fcfa par kilogramme. Par contre, dans les zones de production où le mouvement de regroupement des producteurs reste embryonnaire, comme dans la région de l’Est, les prix ont varié entre 750 Fcfa et 1 100 Fcfa le kilogramme. Quoi qu’il en soit, souligne-t-on dans l’interprofession, ces prix ont été les meilleurs depuis trois campagnes cacaoyères.

Pourtant, le Cameroun doit faire des efforts, du moins au regard de l’analyse faite par le Cicc. En effet, si les prix sur le marché international ont été les meilleurs depuis les trois dernières campagnes, oscillant entre 1 252 Fcfa et 1 613 Fcfa par kilogramme, la filière nationale doit multiplier d’efforts afin d’en tirer profit, notamment en intensifiant les actions destinées à améliorer le différentiel du Cameroun qui est resté à un niveau très bas par rapport aux autres origines africaines que sont le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Nigeria. Pour la campagne 2013-2014, on estime que le différentiel par rapport au Ghana a entraîné un manque à gagner de plus de 30 milliards Fcfa, et d’environ 10 milliards Fcfa avec la Côte d’Ivoire.

La qualité comme objectif prioritaire
Sujet de grande préoccupation depuis quelques années, la qualité des fèves de cacao bord champ a continué d’être au centre de l’activité. Sur la base des informations de l’Oncc, il ressort que 95% des fèves de cacao ont été exportés en grade 2. Ce qui veut dire que le cacao des producteurs camerounais était composé de lots d’aspect général homogène de couleur. Il renferme au maximum 4% de fèves moisies, moins de 8% de fèves ardoisées et ne contient pas plus de 6% de fèves présentant d’autres défectuosités. Malheureusement, l’on note que la production du cacao de Grade 1 continue de régresser : elle n’a représenté que 0,25% des exportations en 2013-2014 contre 0,35% en 2012-2013 et 3,18% en 2011-2012.

On note néanmoins de nombreuses actions menées par l’interprofession pour continuer à améliorer la qualité du cacao camerounais. Le programme de promotion des bonnes pratiques du Cicc a permis de composer un pool de 80 formateurs et 10 formateurs de formateurs, avec l’appui de l’Union européenne à travers son programme Edes/Coleacp. Ces formateurs vont se déployer à travers les bassins de productions, dès le 6 octobre prochain, pour généraliser les bonnes pratiques agricoles et post-récoltes chez les producteurs. Deuxièmement, dans le cadre du programme d’appui à l’organisation de la commercialisation (Aoc), toujours mis en œuvre par le Cicc, des vérificateurs de la qualité au sein des organisations paysannes seront formés. La campagne ouverte à Bot-Makak verra 300 personnes formées, dont 200 dans la Lékié, 50 dans le Nyong et Kélé, et 50 autres dans la Boumba et Ngoko.

La commercialisation: les avantages des regroupements
Avec la mise en place, depuis 2012, du programme Aoc, un nombre de plus en plus important des marchés groupés a été enregistré, avec des volumes de plus en plus significatifs. Au cours de la campagne cacaoyère écoulée, près de 650 marchés groupés ont été organisés, avec une moyenne de 100 tonnes par marché pour les organisations les mieux structurées, et 50 tonnes pour les autres organisations de producteurs. Les données recueillies au cours des réunions d’évaluation tenues dans les bassins de productions des régions de l’Est, du Sud, du Sud-Ouest et du Centre, montrent que 58 749 tonnes de cacao ont été commercialisées à travers les marchés groupés. Bien que ce tonnage ne reflète pas l’intégralité des ventes groupées, il représente tout de même le double des volumes enregistrés lors de la campagne précédente. Dans ce domaine, le département du Mbam et Kim vient en tête en terme de volumes commercialisés au sein des marchés groupés, avec 13 448,669 tonnes, suivi du département de la Lékié avec 9 905,383 tonnes.

Par ailleurs, de nombreuses organisations paysannes ont opté pour la signature des conventions de partenariat avec des acheteurs. En s’engageant à livrer exclusivement à leur acheteur unique. Une pratique courante avec les grands acheteurs et dans le cas des produits certifiés, rencontrée fréquemment dans la région du Sud-Ouest et ponctuellement dans celle du Centre. De manièere générale, les prix pratiqués tiennent compte du niveau des prix sur le marché au cours de l’enlèvement du cacao. L’intérêt des producteurs réside dans le fait qu’ils ont accès aux avances de fonds ou d’intrants, et dans la possibilité d’obtenir des primes. L’acheteur quant à lui s’assure des approvisionnements et exerce une influence sur la qualité des produits.

La structuration des acteurs s’accélère
Les résultats quelque peu encourageants, malgré la baisse de la production de cacao commercialisée, ont pu être atteints grâce à la structuration des acteurs de cette filière, notamment les producteurs et les acheteurs. S’agissant de la première catégorie, leur meilleure structuration a pu être faite par la modification des statuts du Cicc, notamment leurs articles 5 et 6. A cet effet, les organisations de producteurs sollicitant une affiliation au Cicc doivent désormais justifier d’une production de 20 000 tonnes de cacao et compter au moins 100 membres. Au cours des neufs derniers mois, une campagne de sensibilisation d’envergure s’est déroulée, en vue d’inciter les producteurs au regroupement dans les différents bassins. Comme l’indiquait Omer Gatien Malédy, secrétaire exécutif du Cicc, au Messager en août dernier, le département de la Lékié contient 472 villages, ce qui constituait avant autant de Groupes d’initiative commune (Gic), et donc de points de vente. Les populations de ce département encouragées à se regrouper ont constitué dans un premier temps 89 points de collecte, puis se sont davantage regroupées pour ne former que 35 centres de marché.

Les acheteurs ont également été suivis. C’est ainsi que, conformément aux dispositions du décret du Premier ministre en date du 27 avril 2005 qui réglemente le conditionnement et la commercialisation des fèves de cacao au Cameroun, des cartes professionnelles ont été délivrées par l’interprofession aux acheteurs ayant souscrit à la déclaration d’existence et à ses mandataires.

Aussi, en 2013-2014, 1 694 cartes professionnelles ont été délivrées par le Cicc. Pour le collège des acheteurs qui compte 5 mandants, 114 cartes professionnelles ont été délivrées. Les exportateurs, avec leurs 27 mandants, ont reçu 1 453 cartes professionnelles. Tandis que les transformateurs (01 mandant) en ont reçu 127. Reste que pour la campagne qui vient d’être lancée, les délais de délivrance seront considérablement raccourcis et la sécurisation du système renforcée par l’introduction de code-barres et la numérisation des photos des mandataires. Un peu comme pour refléter la relance de la filière cacao qui est en marche.

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