Cameroun – FIFA – FECAFOOT: Le gouvernement se casse les dents à Zurich

La mission qui s’est rendue au siège de la Fifa s’est engagée à modifier la loi camerounaise pour qu’elle se conforme aux statuts de la Fécafoot.[pagebreak]A la Fédération camerounaise de football, on jubile. De sources proches du Comité de normalisation, la mission gouvernementale dépêchée la semaine dernière à la Fifa a été un « échec », mieux une « humiliation ». « Ceux qui sont allés à Zurich n’ont pas été reçus par le président Sepp Blatter… Au départ de Yaoundé, leur intention était de faire limoger tous les membres du Comité de normalisation et de les faire remplacer par un Comité provisoire de gestion. Ils ont échoué sur toute la ligne. La Fifa n’a rien lâché », se réjouit notre interlocuteur. Cette réaction fait suite à la décision prise par la Fifa le 20 mars dernier de proroger le mandat du Comité de normalisation de la Fécafoot pour six mois supplémentaires. Soit la quatrième prorogation depuis la mise en place du Comité en juillet 2013.

Le 17 mars dernier, une mission gouvernementale avait quitté Yaoundé à destination du Zurich en Suisse dans le but de rencontrer les responsables de la Fifa pour discuter des voies de sortie de crise à la Fécafoot. La mission était conduite par Louis Paul Motazé secrétaire général des services du Premier ministre, avec dans les rangs, le ministre des Sports Adoum Garoua, le sénateur Alioum Aladji et le secrétaire général de la Fécafoot, Tombi à Roko.
Cette mission semblait mal engagée pour le gouvernement camerounais. Invité à faire partie du voyage, le président du Comité de normalisation Joseph Owona aurait décliné l’offre, ne trouvant aucun intérêt à ce voyage, rapporte ses proches. C’est alors que la Fifa a exigé la présence d’une personnalité de la Fécafoot comme condition pour que les émissaires du gouvernement soient reçus au siège de l’instance faitière du football. « C’est pour cela qu’ils ont mis Tombi dans la liste. Sa feuille de mission pour ce voyage a d’ailleurs été signée par le Sg de la Présidence, tous frais payés », rigole notre source à la Fécafoot.
Une fois à Zurich, la mission est un flop. La Fifa ne cède sur rien. La mise hors-jeu des membres du Comité de normalisation n’est pas à l’ordre du jour et c’est au contraire le gouvernement camerounais qui est sommé de faire machine arrière.
Dans une correspondance adressée au président du Comité de normalisation au lendemain de cette mission foireuse, le secrétaire général de la Fifa Jérôme Valcke écrit :
« Nous avons clairement exprimé l’incompatibilité entre cette disposition qui permet à ladite Chambre [Chambre de conciliation et d’arbitrage du Cnosc] de prendre des décisions unilatérales et l’obligation pour les membres de la Fifa de gérer leurs affaires de façon indépendante. Les deux ministres ont exprimé l’intention des autorités d’amender la loi afin de surmonter cette difficulté et nous vous engageons à les contacter afin d’assurer une rapide matérialisation de leurs engagements. En admettant que la compatibilité entre la loi et les statuts ne posera désormais plus de difficultés, nous sommes d’avis que vous mainteniez inchangées les dispositions des statuts proposés en août 2014 qui prévoient des prérogatives de la Chambre de conciliation et d’arbitrage, à savoir avec l’accord préalable des parties impliquées. »
En clair, les nouveaux statuts de la Fécafoot contestés et annulés par le Tribunal arbitral du sport (Tas) parce que jugés contraires à la loi du 15 juillet 2011 relative à l’organisation et à la promotion des activités physiques et sportives ne seront pas modifiés. Au contraire, Louis Paul Motazé et Adoum Garoua, si on s’en tient au communiqué de la Fifa, se sont plutôt engagés à modifier la loi camerounaise pour qu’elle se conforme aux statuts d’une association ; la Fécafoot en l’occurrence.
« Il fallait s’attendre à cette déculottée, confie un observateur de la crise actuelle à la Fécafoot. Il y a beaucoup d’incohérence dans la démarche du gouvernement. Il y a trop d’interlocuteurs et parfois on peut s’interroger sur la sincérité de certains parmi eux. Après l’heureuse décision du Tas, le gouvernement a cru que tout était gagné et que l’heure était venue de placer quelques affidés. C’est ainsi qu’ils ont commencé à organiser des réunions en écartant les personnes même qui ont œuvré à cette victoire devant le Tas, au motif que ce sont des gens incontrôlables. Conséquence, ils sont allés mordre la poussière devant la Fifa alors qu’on aurait pu procéder autrement dès lors qu’on a le droit avec soi. Voilà où mène le copinage. Il faut que le gouvernement camerounais se ressaisisse. On ne peut pas ainsi brader la souveraineté d’un pays à la Fifa. Depuis quand une loi votée par l’Assemblée nationale doit-elle être modifiée pour se conformer aux statuts d’une association ? Si nous acceptons ça, ce serait un précédent très dangereux et une honte pour notre pays

Jean-Bruno Tagne

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