Cameroun – Exploitation forestière: Le bois camerounais va en Chine

Bois en grume transporté

C’est pour contourner l’APV-Flegt, un mécanisme contraignant d’assurance de la légalité des bois et produits dérivés.
Au moment où s’annonce le renouvellement tacite de l’Accord de partenariat volontaire en décembre prochain, des études des organisations de la société civile relèvent quelques défis pour l’après 2017. La conclusion de la plateforme Forêt et communauté est claire. Avec les contraintes de l’APV-Flegt, l’on observe « un déplacement du commerce de bois vers les marchés moins exigeants en matière de légalité et gouvernance ». Dans une position commune présentée le 24 janvier 2017, 44 d’organisations de la société civile spécialisée dans la promotion de la gouvernance forestière tirent la sonnette d’alarme. Pour la plateforme, la demande et les changements significatifs des moteurs d’illégalité, peuvent parmi tant d’autres facteurs, induire les déplacements des activités d’exploitation illégale et le commerce associé de bois et produits dérivés. Exemple à l’appui, la plateforme Forêt et communauté informe que la Chine est désormais l’un des principaux importateurs de bois tropicaux. Sur la période 2009 – 2014, près de 2,5 millions de mètres cube de produits forestiers ont été exportés du Cameroun vers la Chine. De manière détaillée, l’on y recense des produits comprenant des grumes, sciages et autres. Les grumes représentants près de 85% de ces exportations à 2015. L’orientation des exportations de bois camerounais vers le marché chinois tient au fait qu’il n’existe pas véritablement un mécanisme contraignant d’assurance de la légalité des bois et produits dérivés entre la Chine et les pays producteurs. À l’heure où l’on s’achemine vers un renouvellement tacite de l’APV-Flegt au terme du premier septennat de mise en œuvre de l’accord, la plateforme Forêt et communauté souligne que la partie camerounaise devrait assurer dans le cadre du commerce avec la Chine et autres pays en dehors de l’Union européenne, le respect de l’article 9 de l’APV-Flegt relatif à la vérification de la légalité des bois et produits dérivés exportés vers des marchés en dehors de l’Union européenne vendus sur les marchés intérieurs ainsi que les bois et produits dérivés importés. En retour, les organisations de la société civile spécialisées dans la promotion de la gouvernance forestière demandent à l’Union européenne de s’assurer que le mécanisme de coopération bilatéral existant entre l’UE et la Chine sur le Flegt, permet la mise en place avec l’Empire du Milieu d’instruments efficaces de lutte contre l’exploitation et commerce de bois illégal.

Le SIGIF II reste attendu
En plus de relever le défi de l’harmonisation des règles de surveillance entre la Chine et l’UE ou encore avec d’autres marchés, la plateforme Forêt et communauté appelle le gouvernement à accélérer les procédures de mise en œuvre du Système informatisé de gestion de l’information forestière de deuxième génération (SIGIF II). Pour les organisations de la société civile, « les retards répétitifs dans le développement de l’outil clé d’assurance de la vérification de la légalité, laissent penser que le problème va au-delà des simples capacités techniques et serait englué par d’éventuels blocages politiques ». Toujours dans le sillage du changement d’approche sept ans après l’APV-Flegt au Cameroun, il est recommandé un renforcement de la sécurisation des droits substantiels des communautés locales et autochtones. Pour cela, il est recommandé que le Gouvernement et le Parlement assurent le renforcement de la cohérence entre les différents processus de réformes juridiques en cours, et garantir l’internalisation effective des dispositions pertinentes des instruments juridiques internationaux en matière de droits des communautés et de gouvernance. À ces dispositions, de protection des populations riveraines des zones d’exploitation forestière, la plateforme Forêt et communauté, souligne l’importance de la prise en compte de la spécificité genre dans la mise en œuvre de l’APV-Flegt dans dès 2018. Leur hypothèse est que l’implication de la femme « dans tout le processus de mise en œuvre de l’APV est nécessaire dans l’amélioration de la gouvernance forestière ».

Pierre Nka

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