Le monnayage de l’admission dans les grandes écoles, l’exclusion des plus méritants, ont pour corollaire la recherche effrénée du gain.
Le tableau dans le milieu scolaire et universitaire n’est guère reluisant. Pour être admis dans les grandes écoles qui forment les cadres de la République, « il faut payer une forte somme d’argent, être un proche parent ou avoir un parrain parmi les membres du gouvernement ; le niveau académique et l’intégrité morale importent peu ». D’ailleurs, on n’entre pas dans ces écoles pour servir la nation, mais pour servir son parrain et s’enrichir à la sueur du contribuable. Une fois en service, on est pressé de récupérer les lourdes sommes investies pour son admission dans ces écoles. Dans ce pays où même les bourses de l’Etat pour des études à l’étranger sont détournés par une poignée de personnes – les mêmes -, les enseignants, mal payés, ne peuvent pas donner le meilleur d’eux-mêmes pour la formation de la jeunesse désemparée, laissée à son sort. « Nous assistions à une exaltation de la médiocrité et à la dévaluation du mérite par le marchandage des notes, des diplômes et des titres universitaires », s’offusque Mgr Kléda.
Au sortir de l’école, la quête de l’emploi est une autre paire de manche. Dans le système gouvernant que l’archevêque de Douala passe au peigne fin, obtenir un emploi décent relève d’une gageure. C’est même un exploit. Les chances sont inégales selon que l’on est issu de la haute société ou des couches sociales défavorisées. « L’obtention de l’emploi n’est assurée qu’aux jeunes issus pour la plupart de l’entourage des décideurs et des riches puissants détenteurs du pouvoir. Lorsque les plus méritants y accèdent, ils sont soumis à des pressions et à des chantages de tous genres, les poussant à la démission ou tout simplement à la compromission », fustige le prélat dont la lettre s’apparente à un véritable réquisitoire contre le régime au pouvoir.
Cette « injustice institutionnalisée qui ne promeut pas l’égalité des chances entre tous les fils et filles de la nation » a pour conséquences « la baisse du niveau intellectuel, la perte considérable de l’intérêt pour les études chez les jeunes face à un avenir incertain ; l’inexploitation des vraies valeurs et des compétences locales à cause du favoritisme ; la résignation des jeunes et leur refuge dans la délinquance, le banditisme, l’alcool, la drogue, les stupéfiants, les déviances sexuelles, la prostitution, la dépravation des mœurs. » Les plus résilients, ceux-là qui ne peuvent s’accommoder à un tel système, sont séduits et tentés par le risque de l’immigration clandestine, parfois au péril de leur vie. « On assiste ainsi à un exode massif des cerveaux, des intelligences du Cameroun vers d’autres pays par manque d’emplois et à cause des frustrations et des injustices auxquelles les jeunes font face », déplore le serviteur du Christ.
T. T. / 237online.com
Ne manquez aucune actualite !
Gratuit - Mises a jour en temps reel - Sur mobile et desktop




