Cameroun – ENEO: Les coupures d’électricité asphyxient l’économie

Une bougie

Le centre commercial d’Akwa et certains quartiers de la métropole économique subissent depuis le 23 décembre les préjudices dus au rationnement de l’électricité.

Hervé est gérant d’un Cyber café sis au carrefour Idéal, au cœur du centre commercial d’Akwa. En temps ordinaire, cet espace commercial, qui offre le service internet à haut débit et vend des consommables électroniques, est très fréquenté. Mais depuis le dimanche 23 décembre, la clientèle a déserté les lieux, pour cause des délestages récurrents, qui durent souvent une journée entière. Les employés se rongent les pouces pendant des heures. Hervé en est très remonté contre Enéo, la société de production et de commercialisation d’électricité au Cameroun. Il est d’autant plus outré que ces coupures de l’énergie électrique n’hypothèquent pas seulement son gagne-pain quotidien, mais elles affectent aussi la vie de sa petite famille, qui réside au lieu-dit Vallée Bessengue. « Mes enfants ont des bouffées de chaleur partout sur leur corps. C’est pénible de vivre à Douala sans l’électricité », serine-t-il, en se hâtant de monter sur une moto-taxi à destination de son quartier. Il n’est pourtant que 16h20 minutes ce mercredi 26 décembre 2018. D’ordinaire à pareille heure, le Cyber enregistre de gros pointages et ne ferme pas avant 19 heures, pour rouvrir les portes le lendemain dès 7h30. Dans un autre Cyber café situé cinquante mètres plus loin, la gérante recourt à des moyens d’appoint pour rattraper ce qu’elle peut. Mais la faible puissance du groupe électrogène ne supporte pas la dizaine de desktops ainsi que les autres machines (imprimantes, photocopieuses) installés dans la petite salle qui accueille la clientèle. « Nous n’avons effectué aucun travail ce jour. Nous sommes cependant restés en poste, dans l’espoir que le courant allait être rétabli. Nous avons connu la même misère le lundi 24 décembre », déplore Hervé. En face, à l’immeuble R+1 où est localisée l’agence régionale du quotidien Le Jour à Douala, le personnel d’une société voisine, qui offre des services de courtage d’assurance, a mis la clé sous le paillasson à 16h, pour la même raison: absence d’électricité.
Nathalie, la tenancière d’un débit de boisson à un jet de pierre de la poste d’Akwa, n’est guère mieux lotie. « C’est depuis dimanche que nous souffrons de ces coupures, mais ce n’est pas la raison qui m’a fait arriver tard ce mercredi 26 décembre. J’étais obligée de rentrer tôt le 24 décembre », soupire la jeune femme. Elle nous raconte en passant, sur un ton compatissant, la détresse d’une résidente du quartier Bonamoussadi, qui a fait de gros stockages la veille de la Noël, mais a été prise de court par le rationnement qui affecté plusieurs autres quartiers (Bonapriso, Deido, entre autres). Résultat, son snack bar a cherché vainement clientèle au cours des deux journées festives. Les vendeurs de glaçons au lieu-dit Douala Bar, toujours à Akwa, paient, eux aussi, le lourd tribut. « C’est la première fois que je vis cette rude expérience, depuis que je suis ici à Akwa. Ils n’ont jamais coupé l’électricité en période de fêtes de fin d’année », affirme Nathalie.
800 milliards Dans un post publié sur son mur Facebook, le directeur Marketing et communication à Enéo, Alex Siéwe expliqué que des travaux sont en cours en vue du remplacement de câbles tous-terrains endommagés. Cette tâche étant plus longue à réaliser, poursuit-il, « nos équipes construisent une ligne aérienne de secours pour diviser par trois le temps des réparations. Soit une cinquantaine de poteaux à lever et près de 1,5 km de câbles à dérouler ». Une explication qui laisse sceptiques certaines personnes. D’autant plus que, depuis qu’il a racheté les actifs de la défunte Aes, suite au départ anticipé de l’Américain, concessionnaire adjugé en 2001 pour un contrat d(une durée de 20 ans, le fonds d’investissement britannique Actis, annonce des réponses en série aux problèmes d’électricité, sans que des résultats durables suivent. En 2016, Enéo annonçait avoir investi quelque 48 milliards de FCFA, et effectué 161 139 nouveaux branchements. Alors que le contrat en cours devrait s’achever en 2021, l’entreprise, qui a déjà anticipé la demande de renouvellement de la concession, projette des investissements de près de 800 milliards de France CFA sur la période 2021-2031. Elle mise par ailleurs sur une baisse considérable des pertes sur le réseau de transport défectueux, de 30% actuellement à 17,5% en 2021 et 14% en 2031.
Plus de 300 plaintes En tout état de cause, il n’en fallait pas assez pour que Mireille Fomekong, chef d’entreprise et présidente d’une commission au
Groupement inter-patronal du Cameroun, sorte de ses gongs. La jeune entrepreneure a engagé une action citoyenne, via les réseaux sociaux, pour-faire pression sur la société Enéo et l’Etat du Cameroun « qui est en majorité responsable de la situation ». « Nous sommes trois dans mon appartement. Que je sois à la maison ou en vacances, je paie 200 à 280 000F par mois. Au niveau de l’entreprise, nous payons entre 500 000 et 600 000F par mois, et nous avons été obligés d’investir dans un groupe électrogène de plus de 20 millions de Francs », confie-t-elle. La chef d’entreprise dit bénéficier du soutien d’un collectif de sept avocats, parmi lesquels d’anciens bâtonniers, et trois huissiers de justice. « On a au moins 300 plaintes, mais ceux qui ont réuni tous les documents sont une centaine. » Mercredi, Le Jour a contacté Alex Siéwe, qui nous a référé au service « Relations presse ». Nous avons ensuite saisi notre ancien confrère Albert Ledoux Yondjeu, via un SMS et un message WhatsApp sans aucun retour.

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