Cameroun: En adressant des menaces à Paul Biya, Boko Haram viole le Coran

Aternativement qualifié de groupe terroriste, de secte ou de mouvement islamiste, Boko Haram fait aujourd’hui la une de l’actualité au Cameroun. Le dirigeant de ce groupe armé s’est adressé le 05 janvier dans un enregistrement vidéo au président de la république du Cameroun S. E. Paul Biya.[pagebreak] Basé à Maiduguri dans la région excentrée du Borno, à la frontière du Niger, du Tchad et du Cameroun, ce groupe, par ses incursions armées en terre camerounaise, a obligé les autorités à renforcer la sécurité frontalière afin de préserver l’intégrité territoriale ainsi que la stabilité sociopolitique du Cameroun.
Ce discours en haoussa et en arabe est un ensemble de propos qui peut une fois de plus semer la confusion non seulement dans la compréhension vraie de l’Islam mais aussi sur les motivations réelles de ce groupe qui sème la terreur au nom de l’Islam.
A titre de rappel, l’Islam est un système de vie, dont la simplicité, la clarté et l’idéalisme l’imprègnent profondément d’un humanisme transcendant, mais pratique. Ce message adressé au président de la République et à son peuple trouve t-il vraiment sa source et son fondement en Islam en tant que système de vie ? La réponse est Non. M. Aboubakar Shekau dans cet enregistrement de la sounna pour la prédication et le djihad ». L’Islam définit la Sounna comme le fait de suivre les enseignements du prophète dans sa compréhension et sa pratique de l’Islam. Ceci nous emmène à faire une comparaison objective entre le type de message que le prophète lui-même a envoyé à un dirigeant chrétien pour l’inviter à l’Islam et le message adressé au président Paul Biya par le guide de ce groupe.
« De Muhammad, envoyé de Dieu, à an-naja chi, roi des abyssin : Je t’adresse les louanges de Dieu hors duquel il n’y a point de Dieu, le souverain, le saint, le protecteur, le secoureur. Et j’atteste que Jésus, fils de Marie, est l’esprit de Dieu et son verbe qu’il lança sur Marie, l’inattaquée, je t’appelle vers Dieu unique, lequel n’a point d’associé ; que tu me suives et ajoutes foi à ce qui est venu vers moi, car je suis l’envoyé de Dieu. Je t’appelle donc toi et tes troupes vers Dieu le puissant, le majestueux. J’ai signifié et conseillé : à vous d’accepter mes conseils ; la paix sur quiconque suit la vraie voix ». Tel est le message envoyé par le Prophète au roi chrétien d’Abyssinie (actuel Éthiopie). Roi qui donna asile sur son sol aux premiers refugiés musulmans qui ont fui la persécution à la Mecque à l’aube de l’Islam.
Alors, si Aboubacar Shekau lutte pour l’Islam, pourquoi contredit-il le Prophète qui n’a jamais menacé un dirigeant et son peuple ? Pourquoi contredit-il Allah qui, dans le Coran, dit clairement au verset 256 de la sourate 2 « Nul contrainte en religion » ?
Ce message du point de vu islamique n’a aucun fondement et ne devrait donc pas trouver d’échos favorables au sein de la communauté musulmane.
Si son argument c’est la déclaration de guerre du président Paul Biya à Boko Haram, alors la réalité est que le président du Cameroun n’a pas déclaré la guerre à l’Islam et à Allah, mais à tout groupe armé qui menace l’intégrité du territoire dont il a la charge. Il faut clairement dire que M. Biya a toujours eu un grand respect pour l’Islam et la communauté musulmane.
A la surprise générale, le président de la république du Cameroun Paul Biya inaugura personnellement le complexe Islamique de Tsinga le 20 juin 1997 lors d’une cérémonie officielle en compagnie du ministre saoudien chargé des Affaires religieuses. Il a affirmé dans son discours en ce jour : « Depuis mon accession à la magistrature suprême, plusieurs textes ont été adoptés pour permettre à toutes les idées et les convictions de s’exprimer librement.
Encore faut- il que chacun accepte que l’autre puisse avoir une opinion différente et ne cherche pas à imposer au besoin par la force sa manière de voire. Les dramatiques exemples du monde contemporain constaté ça et là de nos jours doivent nous emmener à réfléchir sur ce point. Nous avons la chance au Cameroun de vivre dans un pays en paix, épargné par le fléau de la guerre civile et des antagonismes religieux. Sachons maintenir la paix dans notre pays, vivre la coopération entre le Cameroun et l’Arabie Saoudite.»
Les musulmans au Cameroun vivent et pratique leur religion en paix et n’ont donc pas besoin d’un groupe armée qui mettra à nu ce climat de paix et de stabilité si chère à l’islam, aux musulmans et aux autorités camerounaises.
A la lumière de ces faits sociohistoriques, les analyses géopolitique et géostratégique montrent clairement que l’islam est victime d’un programme de déstabilisation qu’elle ne maitrise pas ; alors tout groupe qui se réclame de l’islam devra désormais se référer aux atouts de l’Islam authentique pour retracer l’avenir. L’humanisme, la miséricorde et la tolérance jadis source d’inspiration, de dynamisme et de solidarité ne doivent pas laisser la place à l’individualisme, l’atrocité, l’égoïsme, la lutte fratricide du pouvoir qui multiplient les conflits, installent une vie de jungle et d’hypocrisie qui freinent l’émergence globale des nations africaines.

Alassan Fouapon
Doctorant-chercheur en histoire des civilisations et des religions (université de Yaoundé I)
Coordonateur national de la Mediation islamique pour le développement (MID)
Chargé de la communication au Centre d’études sur l’Islam et les sociétés musulmanes en Afrique centrale (CERIAC)

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