Cameroun – Elecam: Pourquoi les femmes boudent les listes électorales

La clôture des inscriptions sur les listes électorales au Cameroun a eu lieu le 31 août.
A leur ouverture, le 1er janvier 2015, Elections Cameroon (Elecam) envisageait d’atteindre 200.000 nouvelles inscriptions. Au siège de l’institution sis au quartier Bastos, on se dit satisfait des 242.000 noms enregistrés. Un résultat qui aurait pourtant pu être plus élevé, si plusieurs citoyens disposaient de leur carte nationale d’identité, une pièce essentielle pour s’inscrire. Selon des sources internes à Elecam, le peu d’engouement des citoyens à s’inscrire peut s’expliquer par le fait que les prochaines échéances électorales dans le pays ne devraient pas intervenir avant 2018.
Après le processus d’inscriptions qui vient d’être clôturé, le fichier électoral dispose d’un peu plus de 6 millions de noms alors qu’il en affichait plus de 5 millions en 2014. Et les choses pourraient évoluer considérablement en 2016 et 2017. Les personnes entre 20 et 35 ans s’avèrent les plus nombreuses parmi les inscrits (75%). Les femmes, par contre, sont restées timides avec 95.000 enregistrées. Les associations féministes, à l’instar de More Women in Politics, se plaignent de leur marginalisation : elles ne sont pas assez introduites dans les circuits politiques au Cameroun. Les femmes, pour la plupart, se sentent traitées comme du bétail politique. Dans certaines régions du pays, les valeurs culturelles, les traditions et autres considérations ralentissent leur élan politique.
En 2014, le fichier électoral au Cameroun avait 5.597.735 inscrits pour 3 millions d’hommes. Les femmes sont pourtant majoritaires (52%) au sein de la population du pays. Voilà qui devrait pousser Elecam à multiplier les stratégies de sensibilisation afin de convaincre le plus grand nombre de citoyens en âge de voter pour leur inscription massive sur les listes.

L’APPROCHE GENRE EN QUESTION
Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc, au pouvoir) a lancé une opération de renouvellement de ses organes de base depuis le 1er août 2015. Cette formation est le thermomètre politique du pays. Sa vie normale, ou un simple toussotement, influencent la vie politique nationale. Son président national et non moins président de la République prône la promotion des femmes à tous les échelons de la vie nationale. Il fut même un temps où on a semblé lire comme une volonté de parité à certains postes.
Le parti au pouvoir compte 360 sections, avec seulement 27 femmes à la tête de ces unités. En explorant d’autres secteurs d’activité, la marginalisation est énorme. Aucune femme ne figure sur la liste des 30 généraux que comptent les forces armées, et il y en a à peine une dizaine parmi les colonels, et 9 dans un gouvernement de quelque 60 ministres et assimilés.
Dans les arènes politiques, le Cameroun compte 374 mairies dont 22 sont tenues par des femmes. À l’assemblée nationale, la gent féminine en contrôle 56 des 180 sièges de l’hémicycle. Elles sont 20 sur 100 membres au Sénat. Le domaine de prédilection, peut-être celui où elles semblent exceller, est l’enseignement secondaire où, tous ordres pris en compte, elles représentent 40% des effectifs. Ces éléments rassemblés, déteignent forcement sur l’enthousiasme politique de la gent féminine. Aucune surprise donc, dès lors, que celui-ci s’émousse au fil des années qui passent.
L’application de la loi électorale au Cameroun suggère pourtant la prise en compte du genre dans la confection des listes. En 2011, le pays s’est même doté d’un code électoral consacrant la parité hommes-femmes dans la confection des listes des candidats. Mais le chemin semble encore long pour y parvenir, tant les écueils semblent difficiles à surmonter. Certains Camerounais continuent d’agiter une prétendue la problématique autour de la compétence des femmes. Dans les pouvoirs, le critère s*e*xe domine sur la valeur intrinsèque. Les ONG telles que More Women in Politics, Women’s Democracy Network ou encore Cameroon O’Boso, ont du pain sur la planche.

M S G

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