Cameroun – Droit à l’éducation : Les jeunes handicapés laissés pour compte

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Sur 15% d’enfants vivant avec un handicap recensés au Cameroun seuls 2% ont accès à l’éducation. Les organisations de la société civile plaident pour que l’Etat améliore le cadre permettant à cette couche vulnérable d’étudier en tenant compte de leurs besoins.

Jeanne Eyengue, malentendante âgée de 12 ans, est inscrite en Cm1 dans un établissement scolaire public de Yaoundé. Son parcours scolaire connaît plusieurs difficultés à cause de son handicap. « Je n’arrive pas à être au même niveau que mes camarades valides. J’ai dû redoubler deux classes parce que je ne parvenais pas à être à la page dans mes prises de note contrairement aux camarades valides. Si j’entendais normalement je serai peut-être déjà au lycée ou au collège », explique la jeune fille.

Fabrice, 31 ans, est vendeur. Malvoyant, il a dû abandonner ses études à l’âge de 18 ans faute de moyens financiers : « Mes parents ne disposaient pas assez de moyens pour financer mes études. En plus, il n’y avait pas une école appropriée pour les personnes malvoyantes. Je suis devenu handicapé en classe de 3ème raison pour laquelle il m’était difficile d’assurer mon déplacement pour aller à l’école. Après avoir passé plus de 5 ans au quartier, j’ai fait une formation en agriculture urbaine et aujourd’hui je manque de moyens pour développer ce que j’ai appris dans le cadre de ma formation professionnelle », déclare Fabrice.

Coco Bertin, responsable du Club des jeunes aveugles réhabilités du Cameroun (Cjarc), un établissement de formation des personnes non voyantes et autres types de handicap, estime que la question du handicap commence parfois en famille : « Au sein de la famille, les enfants handicapés sont victimes de préjugés. Certains parents manquent d’amour envers eux comme si ces enfants étaient responsables de leur handicap ».

Garantir l’accès à l’Education

Le Cameroun est l’un des pays où les personnes vivant avec un handicap sont les moins scolarisés. Sur 15% d’handicapés que compte le Cameroun, seulement 2% sont scolarisés. Et pour cause, un enfant vivant avec un handicap doit effectuer le double d’efforts qu’un enfant valide pour une même tâche : un effort physique et un effort psychologique. La sous scolarisation s’explique par l’absence des infrastructures adéquates et la persistance des discriminations, un environnement non inclusif et des programmes scolaires non adaptés aux besoins des couches vulnérables. Ces nombreux facteurs constituent une violation des droits des personnes handicapées reconnus par plusieurs instruments juridiques nationaux et internationaux à l’instar de la loi du 13 avril 2010 portant protection et promotion des personnes handicapées et ses textes d’application qui prescrivent à l’Etat de prendre les mesures particulières pour garantir l’accès des personnes handicapées à une éducation de qualité et intégrative.

Interrogée par nos confrères de la Rts, Angelica Ambe, la directrice de la protection sociale des personnes handicapées et personnes âgées au ministère des Affaires sociales, estime que des améliorations significatives sont faites par l’Etat pour améliorer le taux de scolarité des personnes handicapées. « Le ministère des Affaires sociales travaille en partenariat avec le ministère de l’Education de base et le ministère des Enseignements secondaires pour que tout enfant porteur de handicap puisse avoir accès dans les salles de classe et que le matériel didactique soit également adapté aux besoins des enfants handicapés », affirme-t-elle.

Selon l’article 24 de la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées, « les Etats parties doivent veiller à ce que les enfants handicapés ne soient pas exclus sur le fondement de leur handicap de l’enseignement primaire gratuit obligatoire ou de l’enseignement secondaire »

A ce jour, le Cameroun compte plus de 60 établissements scolaires inclusifs. La Commission des droits de l’homme du Cameroun entend poursuivre son plaidoyer pour faire en sorte que l’Etat respecte ses engagements en faveur des jeunes handicapés. Comme le relève le chef de la Division de la protection et de la promotion des droits de l’homme à la Cdhc : « C’est une obligation pour l’Etat de mettre en œuvre les dispositions réglementaires législatives et conventionnelles qui lient l’Etat parce que si on n’applique pas la loi, on décourage aussi une frange importante de la société à faire respecter les droits à l’éducation des enfants vivant avec un handicap »

A l’occasion du lancement, le 29 novembre 2022, des activités liées à la célébration de la journée des personnes handicapées, la Commission a exigé de renforcer la scolarisation des enfants porteurs d’un handicap au Cameroun.

Prince Nguimbous (Jade) / 237online.com

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