Cameroun – Délinquance: Quand les enfants de la rue s’imposent au centre-ville

C’est un spectacle atypique qu’offre l’Avenue Kennedy aux personnes curieuses de passage dans le coin : telle une milice, une horde de gamins dont la moyenne d’âge oscille autour de 15 ans ont investi depuis quelques temps la longue file des cuvettes de blocs de béton érigée au milieu de cette artère imposant ainsi leurs silhouettes et leur mode de vie anachronique.Ils accumulent plusieurs faits à leur actif et tous les larcins possibles.
Surpris en pleine heure de pointe jeudi dernier autour de midi, tels des agents de police, ils dirigent la circulation juste en face de l’Institut Français dans un vacarme de véhicules embouteillés avec pourtant des feux de signalisation en état de marche et sous les regards indifférents des hommes en tenue postés dans les parages. Leur besogne qui aide à décanter ce carrefour très sollicité n’est pas totalement altruiste. Elle leur permet de d’engranger des pièces de monnaie ci et là que les automobilistes satisfaits veulent bien leur refiler. Une dame proche de nous assistant à ces scènes et sortant machinalement un appareil photo de son sac à main crie son émoi : « ça alors, des nangaboko qui dirigent la circulation, c’est du jamais vu. C’est des choses qu’on ne voit pas dans d’autres pays. Il faut que je filme ça ! »
Quand le trafic baisse d’intensité un peu plus tard, ceux-ci restent agglutinés sur les rebords de cette emprise bétonnée pavoisée par plusieurs variétés de fleurs. Là, certains d’entre eux fument des cigarettes, aspirent la colle à travers leurs mouchoirs sales à vue d’œil. Ils sont vêtus de haillons comme des clochards. Un parmi eux voyant le reporter traverser la route lui propose des sachets de jus apparemment volés qu’ils s’empressent d’extraire du grand emballage plastique : « 50 frs grand, c’est bon prix », profère t-il.
De temps en temps, certains d’entre eux s’extraient de la bande pour aller à la rencontre des automobilistes en les surprenant avec leurs occupants à bord qui attendent le changement de feu en leur faisant des grimaces et mendiant quelques pièces d’argent. Durant ce temps, deux garçons traversant d’abord la route en direction de la servitude qui jouxte l’Institut français se disputent un téléphone portable aux origines douteuses. Le plus jeune agrippé à son acolyte qui le roue des coups lui crie : « non anglo, c’est mon téléphone. Tu aimes toujours arracher mes choses ». Il aura fallu l’intervention énergique des passants et d’un policier pour pacifier cet incident.
A leur allure physique la plupart du temps toujours frêle, ils font penser aux habitants du Nord Cameroun. Vu la situation sécuritaire de l’heure qui est au centre des préoccupations, d’aucuns les fustigent en leur lançant : « Vous êtes des Boko Haram ! » au moment même où un des leurs tirés par les autres surgit d’un égout tel un rat.

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