Cameroun – Crise à la Socapalm: que cache le mouvement des riverains ?

SOCAPALM

Depuis le 23 avril, les riverains des plantations de la Socapalm de Dibombari contrôlée depuis par Socfin, une entité du groupe Bolloré, s’insurgent contre l’accaparement de leurs terres. Ils ont pour ce faire, entrepris de bloquer les installations de cette entreprise sans être … inquiétés.
Autant on peut comprendre les ressentiments des riverains qui arguent une dégradation de leurs conditions de vie depuis la cession par l’État de certaines de ses actions au groupe Bolloré par l’entremise de la Socfin, autant on s’interroge sur l’exacerbation desdits ressentiments en ce moment précis. Ce d’autant plus qu’aussi longtemps que la Socapalm agissait sous le prisme de l’Etat, jamais les riverains ne se sont insurgés contre elle. Tant il était constant que l’activité de la Socapalm leur concédait la sauvegarde de leur espace vital, en se confinant aux limites des terres qu’ils lui attribuèrent fort à propos. Seulement, tenant à se sortir du marasme ambiant engendré par la double crise financière et économique, l’État se résolut à céder certaines de ses propriétés et singulièrement une partie de la Socapalm pour en améliorer la rentabilité, mais aussi et surtout pour répondre aux besoins urgents tenant des investissements à y réaliser pour asseoir sa modernité mais aussi et surtout lui garantir une plus grande production. Mais la pleine réalisation de tels objectifs étant assujettie à l’extension conséquente des plantations, il aurait peut-être omis d’y adjoindre la clause de renégociation de nouvelles terres avec les populations riveraines, si l’on s’en tient aux récriminations formulées fort à propos par les riverains de la Socapalm. Ces mêmes riverains qui ont à cet effet adressé une correspondance au groupe Bolloré, sans que celui-ci parvienne à élaborer quelque plateforme.

Quiproquo
Suffisant dès lors pour que les riverains y voient quelque négligence de la part dudit groupe. Mais qui à la réalité, ne semble que s’en tenir aux termes du contrat de cession le liant, non pas aux riverains, mais plutôt à l’Etat. Du coup, on peut penser que l’exacerbation de la crise qui y sévit et ayant mis à mal l’exploitation normale des plantations de Dibombari tient davantage d’un quiproquo. Ce d’autant plus qu’à aucun moment il n’a été signifié au groupe Bolloré la nécessité de renégocier l’occupation des terres arables supplémentaires dans l’optique de l’extension des plantations. Bien plus saisi fort à propos, le groupe Bolloré n’a pas hésité à entamer des négociations en vue de parvenir à une solution concertée avec les riverains. Nous en voulons pour preuve, l’entame des négociations y relatives en octobre 2014 avec les représentants des différentes communautés villageoises concernées. D’où vient-il dès lors que les riverains continuent de crier ainsi à la spoliation de leurs terres alors que leurs représentants savent que ledit groupe consent à revoir les conditions d’exploitation des nouvelles parcelles de terre commises aux extensions. Pire encore, comme en une sorte de conspiration mondiale contre les intérêts du groupe Bolloré, celui-ci a été vilipendé par l’entremise de la presse française en des termes univoques selon lesquels : «6 000 paysans qui auraient vu leurs forêts détruites et 40 000 hectares de leurs terres appropriées par la Socapalm», seraient à l’origine de crise désormais larvée.

Mutisme
Plus grave est certainement le mutisme des autorités administratives, pourtant saisies pour intervenir. Mais la sollicitation qui leur a été faite, est restée lettre morte. A croire que l’Etat serait devenu impuissant alors que les troubles que subit la Socapalm sont de nature à en compromettre la pérennisation des activités, eu égard aux manques à gagner qu’elle enregistre depuis le 23 avril dernier. Pire encore, en proférant des menaces sérieuses tenant de la destruction de ses installations par les mêmes riverains, on peut penser que les autorités saisies aient démissionné par rapport à leur devoir de protection des biens et des personnes, tant il est constant que le chef du département technique du site Socapalm de Dibombari a subi de nombreux traumatismes physiques suite à l’agression dont il a été victime de la part des mêmes riverains. Or, face à la dégradation continue du climat social aux alentours des installations de Dibombari, ce mutisme pourrait s’entendre non plus comme une démission, mais plutôt l’aval de la mise à mort programmée de la Socapalm. Tel n’est pas notre souhait, mais il urge que les autorités sonnent la fin de la récréation.

René Atangana

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