Cameroun – CIMENT: L’offre est plurielle mais les prix ne baissent pas

Dans les quincailleries et autres espaces de vente, le consommateur n’a pas trop de choix entre les produits locaux et importés.Rien de solide et de durable ne peut se faire dans le bâtiment et les travaux publics sans le ciment. Seulement, il se trouve qu’au Cameroun, dans les quincailleries, le prix du ciment n’est pas à la portée des petites bourses. A Douala comme à Yaoundé, le sac de 50kg, que ce soit le CPJ 35 ou le 42,5, coûte entre 4600 et 5200 FCFA. Dans les zones enclavées, le ciment est vendu plus cher, compte tenu de l’ajout des coûts supplémentaires liés à la longueur du trajet et aux conditions difficiles de transport. Cela pourrait bien se comprendre car les fondamentaux du marché créent des conditions pour qu’il y’ait une certaine tension sur l’offre, alimentée par des producteurs locaux : Cimencam (Cimenteries du Cameroun), filiale du groupe français Lafarge ; Cimaf (Ciment de l’Afrique) du groupe marocain Addoha, Dangote Cement du milliardaire nigérian Aliko Dangote et Medcem Cameroon du groupe turc Eren Holdings.
Avec la mise en service de cette nouvelle cimenterie, la production annuelle du Cameroun culminera à environ 4,3 millions de tonnes, dont 1,6 million de tonnes pour Dangote Cement, le même volume de production pour Cimencam, 500 000 tonnes pour Cimaf et 600 000 tonnes pour le Turc Medcem Cameroun. Alors que la demande locale actuelle est estimée à 2,8 millions de tonnes. Il y’a donc un important gap à combler. D’où le recours aux importations pour satisfaire la demande en forte croissance, du fait, entre autres, des grands projets structurants en cours d’exécution. La question de fond est dès lors celle de savoir pourquoi, malgré les importations, les prix du ciment ne baissent pas ? Au contraire, on observe sur le marché que le ciment importé, vendu à 5 000 F le sac de 50 kg, coûte même plus cher que celui produit localement. Pourquoi ?

[b]Offre plurielle[/b]
Depuis quelque temps, en matière de construction, le consommateur camerounais a la possibilité de choisir entre le ciment fabriqué au Cameroun et celui importé. Dans les quincailleries et autres points de vente, les commerçants avouent que la majorité des clients préfère Cimencam du simple fait que cette marque est fabriquée au Cameroun et qu’ils la connaissent depuis fort longtemps. Dans la majorité des quincailleries et autres points de vente, les produits Cimencam occupent encore une place de choix auprès des consommateurs.
Le sac de 50kg coûte actuellement 4900 au lieu de 6000, voire plus comme auparavant. Disponibles sur le marché camerounais depuis quelques mois, les produits Ciments de l’Afrique (Cimaf), filiale camerounaise du cimentier marocain Addoha, ambitionnent de mettre fin aux pénuries périodiques de ciment constatées sur le marché camerounais, à la spéculation sur le prix du ciment, ainsi qu’à garantir une constance dans la qualité du produit. Les prix des sacs Cimaf CPJ 35 s’élèveront à 4800 FCFA et les sacs Cimaf CEM 42 sont à 4900 FCFA. Investissement d’un montant de 50 milliards de francs CFA, la cimenterie Dangote de Douala, selon ses responsables, a fixé à 4450 FCFA le prix du sac de 50 Kg. Soit 150 FCFA de moins que le prix du sac de ciment produit par Cimencam (4600 FCFA), et 50 FCFA de plus que le ciment Cimaf (4400 FCFA), produit localement par le Marocain Addhoha. En plus de la production locale, le ciment importé se vend aussi bien. L’on note ainsi les la marque « Alpha », ciment qui vient de Chine (le sac est vendu à 4500 F, « Conch », qui provient toujours de l’Empire du Milieu (importé par le groupe Fokou, vendu entre 4 600 F et 4 650 FCFA et la marque « Boem », anciennement « As Cimento », que le groupe Afrique Construction fait venir de Turquie depuis de nombreuses années déjà (4 600 F le sac, ou 4 500F si les quantités sont importantes, de l’ordre de plusieurs camions.

[b]Structuration du prix[/b]
Même si plusieurs entrent dans le coût de production du ciment, les entreprises rechignent à donner des détails précis. Toujours est-il que nous savons qu’il faut du clinker, de la pouzzolane, du gypse… D’autres paramètres entrent en jeu dans la structuration des prix. La consommation d’électricité par exemple. D’autres charges incompressibles existent (salaires, impôts…). Et c’est tout ça qui entre dans la structuration du prix du sac de ciment. A quoi il faut ajouter la marge bénéficiaire. Objectif dont chacun peut mesurer l’importance aux yeux des entreprises.
Cependant, il est étonnant, dans notre contexte, que l’arrivée de nouveaux producteurs dans le secteur plutôt sensible du ciment n’ait pas été ressentie positivement par le consommateur. Matériau quasi incontournable dans la construction, le ciment charrie des ressources financières importantes. Toute chose normale puisque se loger décemment participe des aspirations les plus légitimes des populations. Y compris pour les couches sociales les plus défavorisées. C’est donc dire qu’il s’agit bel et bien d’un produit de grande consommation dont les prix devraient être absolument démocratisés afin de permettre au plus grand nombre de Camerounais d’accéder à cette commodité essentielle. Dans cette optique, entente ou as entre producteurs locaux ou même entre ces derniers et les importateurs, il revient aux administrations impliquées dans la commercialisation du ciment de trouver des mécanismes et autres dispositions appropriés pour rendre cette denrée plus accessible. Si la bataille de la disponibilité et du ravitaillement du marché a pu être gagnée, cet autre pari relève sans nul doute de domaine du réalisable.

[b]Fortune Grace MEKATY[/b]

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