Cameroun – Charlotte Dipanda: La mélancolie dans mes chansons, c’est vraiment mon être

Votre troisième album s’appelle « Massa ». Pourquoi ?« Massa », comme je le dit, c’est pour inviter les gens à plus de responsabilité. Je demande aux gens combien de temps leur faudra-t-il pour se sentir concernés par les maux qui minent la société, j’interpelle chacun d’entre nous à se poser la question : mais qu’est-ce que je peux faire pour améliorer notre environnement, quelle est la contribution que je peux apporter pour que les choses évoluent.

Artiste engagée donc?
Lorsque nous décidons de faire un album à un moment ou un autre, c’est parce que je mens prête, c’est parce que j’ai ingurgité des choses qui me permettent d’avoir à dire. Ça ne dépend pas de moi, ça dépend de ma disposition et de la pertinence de ce que j’ai à donner.

Et la différence entre cet album et les deux précédents ?
La différence entre cet album et les deux précédents, on n’avait pas mis du piano dans les deux précédents et cette fois-ci c’est fait. Les choses évoluent. Moi je voudrais juste être là, être capable de percevoir, c’est vrai que l’environnement acoustique me convient le mieux et ma voix s’exprime mieux. Mais je peux aussi faire une musique enlevée sans me renier, ça dépend de la mélodie. Et dans « Massa », je me suis dit, je dois aller au-delà, c’est vraiment ça pour moi, il fallait des arrangements les plus solides. Car même si je ne suis pas Michael Jackson, je ne me considère pas comme une chanteuse qui a commencé hier, je me considère comme une chanteuse qui a déjà un bagage et je ne voudrais pas le faire parce que je suis à la conquête du monde non, j’ai déjà une base qui, demain , doit me permettre de satisfaire mon public qui m’a permis d’être ce que je suis aujourd’hui finalement.

En faisant traduire vos chansons, on s’est aperçu que vous ne chantez pas que l’amour…
Oui, c’est vrai que c’est en duala et tout le monde ne comprend pas. Il y a en qui vous poussent à vous effondrer, il y en a qui vous rendent gai. Mais pour moi, ce n’est pas le plus important que de faire sauter la barrière de la langue. Ma musique aujourd’hui, je la veux plus forte que la langue, plus forte que les mots que j’ai dits en duala ou en bakaka , que des gens puissent dire avec leur cœur, comme je ne comprends pas la langue, je vais utiliser une autre partie de mon corps qui va me permettre de cerner le message et moi je crois même que c’est la meilleure façon de m’écouter. Par ailleurs, je chante lentement et cela me permet de pleurer avec les autres, mais je ne suis pas quelqu’un de faible. Au contraire. Je pense même avoir plus de ressources que les gens ne peuvent imaginer. Mais on ne peut pas chanter une mélancolie quand ce n’est pas quelque chose qu’on a vécu réellement en soi et je pense que cette mélancolie, c’est vraiment mon être, c’est mon histoire, c’est le bagage que je porte avec les autres. Donc oui, je peux chanter les accords mineurs, mais en étant quelqu’un de très, très heureux.

Lors de votre dernier concert à Douala, certains fans n’avaient pas eu accès en salle parce qu’elle était exigüe. Et si cela se répétait ? Et le piratage ne vous décourage pas pour les prochains tubes ?
Le piratage, je commence par la fin, nous fait souffrir tous. Et je pense aux efforts que j’ai fournis, -j’ai commencé à préparer l’album-là, je crois en août 2013 ou 2014. Ça nous a fait un an pour faire ce travail. Ce n’est donc pas juste vis-à-vis de l’artiste. Ce qui peut le décourager et le gens diraient, oui Charlotte, nous-mêmes on a vu que c’était du feu de paille et donc chacun doit se dire, c’est sa contribution, c’est à nous de soutenir des artistes. Au sujet des salles de spectacles, c’est très frustrant.

Propos recueillis par A. O.

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