Cameroun – Canada 2015: Les Lionnes au deuxième tour (Dossier)

Elles ont battu la Suisse hier par 2 buts à 1 au Commonwealth stadium d’Edmonton. Les Lionnes Indomptables du Cameroun continuent à écrire leur histoire. Elles ont arraché leur ticket de qualification pour le deuxième tour de la Coupe du Monde de football féminin qui se déroule en ce moment au Canada. Elles ont battu la sélection helvétique par 2 buts à 1 en match comptant pour la dernière journée du premier tour dans le groupe C. Les Lionnes ont tué tout suspense et supputation par cette victoire sur la Suisse dans ce groupe. Les deux équipes avaient à conquérir une place, la deuxième dans ce groupe, pour passer au second tour, étant donné qu’elles étaient à égalité de points mais, avec un avantage pour la Suisse au goal-average. Les Lionnes se sont faites peur avant de se rattraper et damer le pion à leurs adversaires d’hier.
Le tournant du match est intervenu à la 62ème minute de jeu. Gabrielle Aboudi Onguene percute sur le côté droit et contourne la défenseuse suisse, qui tentait de lui faire obstruction. Elle se saisit du ballon et adresse un centre en retrait repris d’une tête plongeante au premier poteau par Michèle Ngono Mani. Coaching payant de Carl Enow Ngachu. Les Lionnes viennent de faire la différence, après l’égalisation de la passeuse. Une égalisation intervenue dès l’entame (47ème) de la deuxième mitemps. Sur un centre en retrait de Raïssa Feudjio, Gaëlle Enganamouit manque la reprise.
Mais, ce ballon n’échappe pas à Gabrielle Aboudi Onguené (47ème). Elle prend le temps d’assurer son contrôle, avant de croiser sa frappe. Le ballon est hors de portée de Thalmann, la gardienne de buts de la Suisse. 1-1. Menées au score, les Suissesses vont passer à côté de la correctionnelle avec la frappe de Francine Zouga détournée in extremis par une défenseuse suisse alors que le ballon filait dans les buts. Les Lionnes vont s’offrir d’autres occasions de buts, malheureusement mal exploitées Ce sont les Suissesses qui avaient pris l’avance depuis la première mi-temps. Elles ont ouvert le score par Crnogorcevic (24ème) sur une action partie sur le côté droit de la défense camerounaise. Le centre à ras-du-sol de Bachman a été mal repoussé par la défense camerounaise. Le ballon qui flottait en plein axe a été repris du pied gauche par Crnogorcevic. 1-0 pour les suissesses.
Elles vont profiter de la fébrilité de la défense des lionnes pour s’offrir deux autres occasions nettes de buts. Seulement, dans les buts camerounais, il y a eu Annette Ngo Ndom, la gardienne, auteur de deux arrêts décisifs. Pendant ce temps, il va manquer de coordination dans les actions offensives des Lionnes, qui vont plusieurs fois buter sur le mur défensif adverse. A l’occasion de ce match Carl Enow Ngachu, le sélectionneur des Lionnes Indomptables, effectué quelques changements dans son onze entrant, à quatre postes. Marie Aurèle Awona a pris la place de Cathy Bou Ndjouh en défense centrale aux côtés de Christine Manie, la capitaine.
Toujours en défense, Augustine Ejanguè Siliki a pris la place d’Yvonne Leuko. Le sélectionneur a expliqué ces changements en défense par des blessures de Leuko et Bou Ndjouh. Au milieu de terrain, Francine Zouga, la sociétaire de Cff Chênois en Suisse, a été préférée à Géneviève Ngo Mbeleck. En attaque, Nchout Njoya Ajara, la buteuse du dernier match contre le Japon, a pris la place de Madeleine Michèle Ngono Mani. Le Cameroun affrontera la Chine, 13ème au classement Fifa, le 20 juin prochain à minuit 30 mn.
Après 1990, c’est la première fois qu’une équipe camerounaise senior franchit le premier tour d’une phase finale de Coupe du Monde. Les Lionnes l’ont fait.

[b]Achille Chountsa[/b]

[b]Coeur de Lionnes ![/b]
Si vous cherchez le Lion au Cameroun ces temps-ci, il vaut mieux être attentif aux tresses et autres perruques propres à nos dames. C’est que la bête féroce s’est transmuée au pays de Roger Milla prenant de belles courbes féminines. Au Cameroun ces temps-ci, autant parler de Lionnes que de Lions tant la superbe et la générosité des filles du coach Enow Ngachu contraste avec la pitoyable indigence du jeu des hommes de Volker Finke. Pourquoi faire la fine bouche ? C’est un miracle digne de ce nom que cette sélection féminine camerounaise est entrain d’opérer au Canada. Un authentique exploit construit sur les décombres d’un football féminin poussé à l’agonie par les prédateurs boulimiques de Tsinga et leurs relais au Ministère des Sports qui s’empressent aujourd’hui de tirer les marrons sans jamais être allé au feu. Qui se ruent à la table d’un festin concocté avec mestria par le sélectionneur Enow Ngachu qu’ils n’ont eu de cesse de regarder de haut et sur lequel ils n’ont pas voulu mettre la moindre pièce de CFA.
A l’évidence, ces Lionnes ont faim. Longtemps ostracisées et phagocytées par un football masculin qui consacre tous les budgets et s’attire tous les regards, nos filles veulent elles-aussi exister. Loin du tintamarre de nos stars masculines embourgeoisés et ankylosées par des salaires mirifiques et un traitement princier qu’ils ne savent plus assumer, les Lionnes font entendre leur voix et montre la voie. Celle de l’impératif de restructuration d’un football féminin laissé à l’abandon et sacrifié sur l’autel de l’amateurisme et des intérêts égoïstes.
Tenez ! 17 mois que le championnat national de football féminin est à l’arrêt et Céline Eko, la présidente chargée de cette commission à la Fécafoot n’a rien trouvé de mieux que de radier Caïman de Douala, Lorema FC et Franck Rollyceck des clubs parmi les principaux pourvoyeurs de talents de l’actuelle sélection nationale. Le motif bien curieux de cette énième boude managériale d’une dame précipitée au pinacle par son ami le président du Comité de Normalisation, Joseph Owona, se trouve être la revendication légitime d’une subvention pourtant promise aux clubs.
Pour une fois, le Cameroun va-t-il capitaliser sur cette Coupe du Monde et l’esprit irréprochable de ces filles totalement dévouées à la cause nationale pour enclencher un véritable développement du football féminin dans le pays ? Prenons- nous le parti de semer dès maintenant pour préparer les échéances futures (la Can de 2016 prévue au Cameroun ne devrait pas être une obsession) et perpétuer l’explosivité d’Enganamouit, la percussion de Nchout Njoya, la technique d’Aboudi ou encore la finesse de Ngono Mani ? Ou alors voulons-nous tout simplement répliquer la grossière méprise faite au football masculin où le brillant parcours des Lions au Mondial de 1990 n’a produit que misère et désolation parce que le pays a choisi de se construire un château de rêves en attendant le bon oeil de la providence et les miracles des générations champignons ? Attendons de voir si ce gouvernement et sa Fécafoot qui n’en fini plus de se « normaliser » sont pour une fois capables d’une politique sportive audible et lisible.

[b]Hiondi Nkam IV[/b]

[b]Yaoundé: Joie et liesse chez les Enganamouit[/b]
Au quartier Elig-Edzoa, cette nuit, c’était l’hystérie chez l’attaquante des Lionnes Indomptables. Il est 21 h 50, quand nous arrivons au domicile de Déborah Gaëlle Enganamouit, l’attaquante des Lionnes Indomptables. A 10 minutes du début du match Cameroun – Suisse, comptant pour le dernier match du premier tour de la Coupe du Monde de football féminin, la concentration est de mise et toute la famille s’est donnée rendez-vous dans la salle de séjour de ce domicile en réfection au quartier Elig- Edzoa, au lieu dit « Rails ».
Les grands carreaux nouvellement apposés sur le sol brillent et montrent bien qu’un accent a été mis sur la propreté avant le match. Le petit écran de télévision de 17 pouces placé près du mur capte toutes les attentions de ces supporters. « Ça a commencé ? », lance une voix visiblement excitée de l’une des chambres. C’est Alvine, l’une des soeurs de la n°17 des Lionnes qui a hâte de venir prendre place pour « venir soutenir les Lionnes ». Comme elle, des oncles, frères et nièces de la footballeuse se sont donnés rendez-vous au salon. A l’heure des hymnes, Bernadette, la mère de Gaëlle Deborah Enganamouit, qui s’est emmitouflée dans son pagne pour attendre cette rencontre, reprend « Ô Cameroun, Berceau de nos ancêtres ». Dès le coup d’envoi, plus personne ne dit rien, tous les yeux sont rivés sur l’écran de télévision autour duquel sont posés les photos des parents de la joueuses.
Mama Bernadette fait cette déclaration : « la promesse est une dette ; elle m’a dit maman, ne t’inquiète pas ». Pendant le match, les téléspectateurs reçoivent, ou émettent des coups de fil. « Tu regardes le match, tu l’as vue, elle joue avec le 17, elle a les cheveux jaunes », dit l’un des oncles de Gaelle Déborah à un interlocuteur avec qui il discute au téléphone. A chaque fois que le Cameroun amorce une attaque, la salle est debout, tout le monde a les bras en l’air, comme pour accueillir ce but qui tarde à venir. « On va marquer, j’ai confiance », lance l’une des nièces de « Tantine Gaëlle », comme elle l’appelle. Cet enthousiasme s’estompe quelque peu à la 24ème minute, quand les Lionnes encaissent le premier but de la partie.
Les plaintes fusent de partout. Mais, la petite famille reprend espoir quand Enganamouit réussit un dribble à la 30ème minute. A la mi-temps, le score est d’un but à zéro en faveur de la Suisse. Tristesse !
Ce public est libéré quelques minutes après le début de la seconde période, lorsqu’Aboudi Onguéné les délivre, avec le but de l’égalisation. La salle reprend de la voix, tout le monde crie ; les voisins affluent au domicile Enganamouit pour venir féliciter, embrasser. Mieux, quand Ngono Mani, entrée en cours de jeu marque le second but de la partie à la 62ème minute, c’est la liesse dans la salle de séjour.
Le petit public est hystérique. La suite du match est plus agréable, les actions sont toutes suivies avec attention ; les supporters voient venir la victoire. Il y aura juste une petite frayeur quand, à la 82ème minute, les réalisateurs montrent Tantine Gaëlle au sol. « Elle a mal, elle a du se faire très mal », se lamente un de ses parents. Quand elle se relève, toute la salle applaudie. Ces acclamations redoublent quand, à peine revenue sur l’aire de jeu, Enganamouit réussit un slalom.
La famille et le voisinage sont délivrés quand le coup de sifflet final de cette bataille est donné. S’en suivent alors des accolades, des embrassades, des baisers. Ils fusent de tout le quartier, dans la mesure où tout ce petit monde s’est donné rendez- vous pour fêter cette qualification historique avec la n°17 « en or », selon des membres de sa famille. Allez, Gaëlle !

[b]Ateba Biwolé[/b]

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