Société

Cameroun – CAN 2019 : Tous à Kondengui !

Il n’est jamais facile de se relever après un coup aussi dur que le retrait, au dernier moment, de l’organisation d’un événement d’envergure.

Les répercussions du recalage du Cameroun, par la Confédération africaine de football (Caf), vint bien au-delà de l’anecdotique. En dehors de l’orgueil profondément blessé et de l’honneur perdu sur la scène internationale, l’annulation de la Can «Cameroun 2019» affectera très lourdement les secteurs de l’économie et du tourisme.

Face à la tentation de la résignation et de la pleurnicherie, la président Biya a décidé d’exorciser le mauvais vent. Le chef de l’État, dès samedi, a instruit aux services compétents la poursuite et l’achèvement, dans les délais prévus, de tous les chantiers prévus pour cet événement. Mais davantage, le président de la République, affirment des sources introduites, s’est plongé depuis le week-end dans l’élaboration d’un nouvel exécutif. «Le fond et la forme de l’équipe risquent d’être profondément remaniés», avance un conseiller technique à Etoudi. Et d’affirmer que le mouvement, initialement annoncé au lendemain de la prestation de serment du chef de l’État, le 6 novembre, a été «prestement remis en chantier avec le retrait de la Can 2019 au Cameroun».

À en croire des indiscrétions puisées à bonne source, il ne s’agit plus, dans l’esprit du chef de l’État, d’une révision des effectifs et des profils mais bien d’une rupture. Ainsi, le remaniement ministériel, qui aurait dû intervenir vendredi soir a-t-il été renvoyé à «plus tard». Quand ? Personne ne saurait le dire, dans l’entourage de Paul Biya que votre journal a tenté de sonder tout le week-end durant. Toujours est-il qu’on prête au locataire d’Etoudi, fort de la déconvenue de la Can 2019, l’intention d’effectuer un ménage en profondeur dans son entourage.Dans le même ordre d’idées, une enquête indépendante, en vue d’auditer les différents marchés et les décaissements liés aux marchés de la compétition manquée, est annoncée sur instigation du président de la République.

Et déjà des accusations circulent dans les salons huppés de la capitale, pointant des personnalités ayant été à l’origine de la mafia d’État appelée «Can 2019». Au premier rang de ceux-ci, se retrouve le secrétaire général de la présidence de la République (Sg/Pr), Ferdinand Ngoh Ngoh, présenté comme la plaque tournante des transactions financières mafieuses en rapport avec les juteux marchés infrastructurels.

En exemple, l’on cite l’attribution, le 8 août 2017 sur «très haut accord» du chef de l’État, de plusieurs prestations de gré à gré à Garoua à la sulfureuse société Prime Potomac. Coût d’objectif total des travaux : 26,3 milliards de francs. C’est lui, l’ordonnateur du budget mis en place par l’État camerounais, doté d’une enveloppe plus de plus de 100 milliards de francs.

Il est appuyé dans sa tâche par le conseiller technique à ses services, Jean-Claude Ayem Moger. C’est lui qui dirige la task force, encore appelée encore «Commission Ayem», des projets liés à la Can basée à la présidence. Il a acquis le sobriquet de «cerveau», tant l’homme, selon ceux qui s’y sont frottés, semble enivré par le pouvoir que procure l’argent mal acquis.

Voici quelques semaines, la Lettre du continent se faisait l’écho de tensions entre «deux proches» de la première dame, Chantal Biya : le Sg/Pr et le ministre des Sports et de l’Éducation physique (Minsep), Pierre Ismaël Bidoung Mkpatt, par ailleurs président du Comité local d’organisation de la Can 2019 (Cocan). Depuis plusieurs mois, relatait le confidentiel, ces deux personnalités, originaires du département de la Haute Sanaga, sont à couteaux tirés. Les réunions préparatoires sont présidées par Bidoung Mkpatt pendant que M. Ngoh Ngoh est chargé de décaisser les fonds pour satisfaire aux marchés publics destinés aux travaux. Des paiements jamais effectués à temps, et à l’origine des retards observés dans l’avancement de différents travaux.

Pour mieux contourner le Minsep, le Sg/Pr a fait nommer un de ses chargés de missions comme secrétaire général au ministère des Sport : Robert Banga, afin de mieux marquer à la culotte son frère ennemi. En août, ajoutait la Lettre du continent, Bidoung Mpkatt avait vainement tenté de désigner une commission d’experts en vue d’évaluer la qualité du gazon posé dans plusieurs aires de jeu de Garoua par la société Prime Potomac dont le dirigeant, Ben Modo, par ailleurs frère cadet de l’homme politique Célestin Bedzigui, est présenté comme un proche du Sg/Pr.

S’exprimant voici une semaine devant la commission des finances de l’Assemblée nationale, le ministre de la Santé publique (Minsanté), André Mama Fouda, a déroulé sa proposition de budget pour les hôpitaux des villes devant abriter la Can 2019. Le programme 531, dénommé «prise en charge des cas», souhaite une dotation de 9 milliards de francs pour le nouvel exercice. Pour le membre du gouvernement, les villes d’accueil de la compétition «doivent disposer d’infrastructures appropriées», des actions d’envergure étant par ailleurs déjà «bien avancées» dans ce sens. Il s’agit donc plus d’une affaire de chantiers au futur, au moment où le Cameroun aurait dû disposer d’un plateau technique à jour, éprouvé à travers des tests appropriés.

Plus sinistré encore est le chapitre infrastructures routières au sujet duquel le ministre de l’Habitat et du Développement urbain (Minhdu), Jean Claude Mbwentchou, s’est abondamment agité depuis deux années. Ses multiples annonces tapageuses, suivies de descentes tout aussi médiatisées sur le terrain, avaient laissé croire à une vitalité dans le domaine. Les Camerounais sont, aujourd’hui, les premiers témoins de l’incurie du Minhdu. À 7 mois du début de la Can, M. Mbwentchou n’a montré aucune volonté, et ne peut se prévaloir d’aucun bilan palpable, dans les préparatifs de cette compétition.Pire, l’approche de la Can 2019 a semblé sonner comme un renouveau de l’insalubrité généralisée. Les villes camerounaises, par ces temps d’épidémie du choléra, sont devenues de véritables poubelles à ciel ouvert, et Jean Claude Mbwentchou totalement inapte à esquisser la moindre stratégie pour y faire face.

Il en est des routes et de l’hygiène comme des télécommunications, pour lesquelles la patronne, Minette Libom Li Likeng, a signé des contrats avec les opérateurs en vue de déployer la 4G sur les différents sites devant abriter la compétition. Après des mois de tergiversations, non seulement ce défi est loin d’être relevé, mais en plus la qualité des communications et de la connexion, dont la Cameroon Telecommunications (Camtel) de David Nkoto Emane détient le monopole, s’est davantage dégradé.

Écarté des marchés de la Can 2019, le ministre du secteur, Abba Sadou, a sagement regardé passer le train de la cupidité, l’incompétence, de l’affairisme et des surfacturations. Pas une seule fois, le ministre en charge des Marchés publics n’a osé rappeler à l’ordre les différentes administrations et hauts responsables empiétant allègrement sur ses attributions. Pour avoir fait preuve de laxisme, le Mimap mérite certainement d’être cité à comparaître pour complicité passive.

Plus responsable que coupable, le Premier ministre figure en bonne place dans la chaîne de prise de décisions, de suivi et de contrôle de conformité, une notion ayant été à l’origine du retrait de la Can 2019 au Cameroun. Passé maître dans les descentes sur le terrain en visitant les différents sites, Philemon Yang, président du comité national du Cocan, a donné l’impression de ne rien maîtriser, de subir les oukases et des prédateurs de tout poil. Son indolence semble l’avoir perdu dans les chantiers.

Au bout du compte, tout un chef de l’État et tout un pays humiliés aux yeux du Cameroun, de l’Afrique et du monde. Les Camerounais attendent donc avec impatience, la réaction de Paul Biya.

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