Cameroun – CAN 2015: Les fans clubs se font la guerre

Au sein des groupes de jeunes gens « acquis à la cause des Lions indomptables », les pratiques changent de codes. On s’envie, on s’épie… pour exister devant les pouvoirs publics et espérer figurer sur la short-list des supporters retenus pour le voyage de Malabo.[pagebreak]Peu avant le début du match amical Cameroun-République Démocratique du Congo du 07 janvier 2015, la discourtoisie et la lâcheté ont fait bon ménage au stade Omnisports Ahmadou Ahidjo. Près d’une dizaine de fans clubs Lions indomptables sont allés devant Adoum Garoua, le ministre des Sports et de l’Education physique. Bousculades, insultes, postures aguicheuses…La séquence était marrante… et sympa aussi. Bien compréhensible car, comme le confesse Aliou Haman, venu de la région de l’Adamaoua, « aujourd’hui, si vous n’êtes pas visibles devant ces gens, personne ne vous prendra en compte ».
Tous dans bain Ainsi, faire continuellement la pub de soi-même, c’est un vrai job. Les fans clubs des Lions indomptables du Cameroun pullulent désormais dans le secteur du « personnal branding ». A Yaoundé (et même dans les environs), les mascottes de l’équipe nationale du Cameroun sont nombreuses. Chacune veut créer sa marque personnelle, améliorer son référencement sur la place publique, voire partager son mythe personnel avec les autres. A quelques jours du démarrage de la Can 2015, les mascottes ont pensé à faciliter la « drague » en tentant de changer le code amoureux. «Avant, Ngando Picket s’est imposé par la force des choses. Aujourd’hui, on doit se prendre la tête pour courtiser les gens des ministères des Sports, de la Culture et du Tourisme et des Loisirs», justifie John, une mascotte. Bien plus, les ados ne sont plus les seuls à faire la course. Quadragénaires et intellos commencent eux aussi à explorer ce filon. Brice Georges Kamdem, 45 ans et titulaire d’un master II en Droit public, veut «être dans la délégation officielle du Cameroun».
Ami de tous, ami de personne, il compte sur sa popularité à l’ouest-Cameroun. Celui qui, ordinairement anime les gradins lors des matches de Fovu club de Baham, a imaginé une stratégie de choc pour faire barrage aux autres fans clubs : la danse, style Ngango Picket. L’usage du symbole est osé. Brice Georges Kamdem le reconnaît volontiers. « Le profil de Ngando est accrocheur et capable de me faire rallier de nombreux suffrages. Pour moi, l’image et l’apparence sont désormais la seule réalité».
D’après lui, c’est ridicule, une mascotte toute seule. Beaucoup ont d’ailleurs intégré cela et forgé leurs ambitions à la hauteur de cette variable. D’où le casting inédit des musiciens et des « danseurs-accompagnateurs ». Le choix, plaisante Frank Edimo (licencié en histoire), est d’inspiration « commercialo-cosmicomythologique ». Avec une mise en avant de son propre talent, ce maître danseur du « fan club Sawa des Lions indomptables », souligne que dans tout çà le jeu de rôle est important. « Là, affirme-t-il, certains fans clubs se sont effondrés sur fond de casting raté ».

Jean René Meva’a Amougou

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