Cameroun – Boko Haram: Paul Biya et la gestion de l’effort de guerre

Depuis le 1er février dernier, date à laquelle l’élite du département de la Lékié s’est retrouvée à Monatélé pour apporter son soutien officiel aux forces de défense et de sécurité camerounaises engagées dans la guerre contre la secte islamiste Boko Haram à l’Extrême-Nord, et aux populations victime de ses exactions, avec en prime la collecte de 8 millions F Cfa à leur destiner, un élan de solidarité s’est répandu à travers les quatre coins du pays.[pagebreak]Monatélé. 1er février 2015. A l’invitation du ministre délégué à la présidence de la République chargé du Contrôle supérieur de l’Etat, Henri Eyebe Ayissi, une partie de l’élite de la Lékié et quelques amis de ce département, se retrouvent à la maison du parti (Rdpc), question d’apporter leur soutien officiel aux forces de défense et de sécurité engagées dans la guerre contre la secte terroriste Boko Haram à l’Extrême-Nord, et aux populations victimes de ses exactions.
Une quête à main levée initiée séance tenante permettra de collecter 8 millions Fcfa et des vivres. Ces dons ont par la suite été remis au ministère de la Défense, en guise d’effort de guerre. Le « geste concret » des enfants de cette localité de la région du Centre, reconnue pour être très attachée à Paul Biya, n’a pas manqué d’inspirer les autres. De part et d’autre du Cameroun, des rencontres similaires se sont tenues, avec à chaque fois pour point d’orgue, des contributions en nature et en espèces sonnantes et trébuchantes. Dans cet élan de solidarité, la ville de Douala (Littoral), a arraché la palme d’or en termes de contributions financières, en collectant 207 millions F Cfa. Le Sud-ouest a réuni 43 millions, contre 80 millions pour sa région du Nord-ouest. Le département de l’Océan (Sud) a remis une enveloppe de 20 millions F Cfa au Mindef, contre 80 millions pour la Sanaga Maritime et le Moungo (Littoral), soit 40 millions chacun. Dans la région de l’Ouest, 22 millions ont été collectés dans les Bamboutos, contre 23 millions dans le Noun, 3 millions à Santchou (Menoua) et 2 millions à Bafoussam, lors du festival Nyang-Nyang.
Les élites du Mbam et Inoubou ont, au cours d’un meeting public à Bafia, collecté 10 millions F Cfa pour la même cause. Même des institutions étatiques sont rentrées dans la danse, avec l’enveloppe de 100 millions remise au Mindef par le Sénat. La deuxième chambre du parlement, l’Assemblée nationale en l’occurrence, devrait, selon des indiscrétions, remettre une enveloppe assez importante dans les jours à venir au ministère de la Défense. A côté de ces dons financiers, il y a bien évidemment des contributions en nature, qui viennent des quatre coins du pays. Hommes d’affaires, hommes politiques et Camerounais anonymes, ont déjà fait acheminer des centaines de tonnes de denrées alimentaires diverses à l’Extrême-Nord, en soutien aux forces de défense et de sécurité et aux populations civiles. Pour la gestion de ces dons en nature, un comité régional a été mis sur pied, sous la présidence du gouverneur de la région de l’Extrême-Nord, Midjiyawa Bakary. « Il s’occupe de la réception, de l’enregistrement, du stockage et de la distribution de tous ces dons à leurs légitimes bénéficiaires (militaires, gendarmes, policiers, administration pénitentiaires, les troupes tchadiennes) », expliquait dans un entretien accordé jeudi dernier au quotidien à capitaux publics Cameroon Tribune, le commandant par intérim de la région militaire interarmées No 4, le colonel Jacob Kodji.
C’est dire que, pour ce qui est des denrées alimentaires, tout se passe dans la transparence, étant entendu que « ce comité, poursuit-il, se réunit chaque fois que nous recevons des dons et se prononce sur les répartitions. Le commandant de la région militaire, que je suis, exprime des besoins qui sont envoyés au comité. Celui-ci entérine et établit des bordereaux d’envoi qui sont acheminés vers les magasins ».

Secret-défense
C’est au niveau de la gestion des fonds collectés que rien ne filtre. Du moins jusqu’ici. Lors de son passage devant la représentation nationale, la semaine dernière, le ministre de la Défense, Edgard Alain Mebe Ngo’o, a, à la question d’un député, répondu que l’argent déjà collecté serait utilisé de manière efficiente. Il a même annoncé la création prochaine d’un compte spécial où seront logés lesdits fonds. Hier le président de la République a autorisé l’ouverture d’un compte bancaire dont le numéro a été communiqué au peuple camerounais.
Calculette en main, l’argent déjà reçu par le Mindef s’élève actuellement à 598000.000 F Cfa, alors qu’on n’est même pas au bout de l’opération. Question : Où se trouve donc cet argent dont une bonne partie a été perçue il y a bientôt deux mois, si c’est seulement maintenant qu’on pense à l’ouverture d’un compte pour l’y loger ? La question qui vient d’un député vient en tout cas jeter un pavé dans la mare. Puisque le commandant de la région militaire interarmées No 4, qui affirme dans les colonnes de Cameroon Tribune, que ces ressources ne sont pas utilisées pour le moment, se montre évasif sur leur destination actuelle. Pour ce volet, explique-t-il, « ce que je peux dire, c’est que des contacts sont en cours avec une banque où les moyens financiers seront logés. Ce compte fera l’objet d’une gestion particulière, compte tenu des besoins des soldats, en ce qui concerne leur soutien », expliquait-il.
Dans l’interview ci-contre, l’économiste Dieudonné Essomba ne perd pas de vue la nécessité de créer un compte spécial, même s’il se posera ensuite « la question de la nature d’un tel compte, eu égard à la spécificité des opérations financées, à savoir une guerre dont les exigences de secret-défense sont impératives. Et vous comprenez bien que le désir de transparence n’ira pas jusqu’à autoriser les acteurs situés en dehors de la chaîne de commandement militaire de venir examiner point par point ce qu’on a fait de cet argent, si on l’a utilisé pour acheter des fusils ou pour payer des espions ! »
A ce niveau, le colonel Jacob Kodji tranche net en indiquant que l’effort de guerre des Camerounais participe uniquement du soutien de l’homme et non des besoins militaires qui relèvent de la responsabilité de l’Etat camerounais.

Jean De Dieu Bidias

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