Cameroun : Biya, le « fantôme » présidentiel défie la mort depuis 20 ans !

Biya fantôme

Il y a 20 ans jour pour jour, le 9 juin 2004, le président camerounais Paul Biya lançait une phrase qui allait marquer les esprits : « Des gens s’intéressent à mes funérailles. Je leur donne rendez-vous dans vingt ans ». Une réponse cinglante aux rumeurs persistantes qui le donnaient pour mort. Deux décennies plus tard, le « fantôme » de 92 ans est toujours là, plus que jamais accroché à son fauteuil présidentiel. Retour sur une séquence politique aussi fascinante qu’ubuesque.

2004 : la rumeur qui ébranle le Cameroun

Tout commence par un « scoop » publié par un obscur site web : Paul Biya serait décédé lors d’une opération chirurgicale qui aurait mal tourné en Suisse, où il effectuait l’un de ses célèbres « courts séjours privés ». Une fake news qui se propage comme une traînée de poudre dans un pays habitué aux théories du complot.

Malgré les démentis officiels, le pays s’emballe, persuadé qu’on lui cache la vérité. Les regards se tournent déjà vers la bataille de succession, fantasmant des scénarios catastrophes. « Dans ce pays biberonné depuis l’indépendance à la théorie du complot impérialiste, on ne croyait pas aux démentis des médias d’État », analyse un politologue joint par 237online.com.

« Le fantôme vous salue bien« 

Il faudra attendre le retour triomphal de Paul Biya le 9 juin, lâchant un sarcastique « Le fantôme vous salue bien » face caméra, pour que la rumeur s’éteigne. Mais le président est vexé. Vexé de voir à quel point sa fausse mort en a réjoui certains, y compris dans son premier cercle.

D’où ce rendez-vous surréaliste donné « dans vingt ans » à ceux qui se voyaient déjà lui succéder. Une petite phrase lourde de sens dans un régime où le moindre signe de déloyauté se paie cash. Les « prisonniers du président », ces hauts dignitaires jetés en prison lors de l’Opération Épervier déclenchée peu après, en savent quelque chose.

2024 : le fantôme sera-t-il au rendez-vous ?

20 ans après, le rendez-vous tant redouté approche. Mais qui osera le rappeler au principal intéressé ? Probablement personne. Car à 92 ans, celui qui règne sans partage sur le Cameroun depuis 1982 n’a rien perdu de sa poigne. Ni de son goût pour le pouvoir.

Loin de se préparer à tirer sa révérence comme il le laissait malicieusement entendre en 2004, le « fantôme » pourrait même se représenter en 2025 pour un nouveau mandat. « Le président a sous-estimé sa propre espérance de vie« , persifle un ancien ministre sous couvert d’anonymat. Un euphémisme au pays des Lions Indomptables où Biya semble défier les lois de la nature.

20 ans après le rendez-vous du 9 juin 2004, une seule certitude demeure : au Cameroun, le pouvoir ne se mange pas dans l’assiette des funérailles. Même celles, tant fantasmées, d’un président fantôme qui s’accroche à la vie comme à son fauteuil. Le « rendez-vous dans vingt ans » de Paul Biya restera comme le symbole de l’immortalité qu’il s’est lui-même bâtie. Contre vents, marées et fake news.

Par Christian Ebolo pour 237online.com

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