Cameroun: Bienvenue à la Banque des PME, mais dans quel contexte ?

Le 2 juillet dernier, les fidèles à ce rendez-vous s’en souviennent certainement, nous nous interrogions sur le financement au Cameroun des PME. Cet outil incontournable de développement économique. L’histoire économique nous apprend qu’aucune économie au monde ne s’est consolidée sans la participation effective de la petite et moyenne entreprise. D’ailleurs pour prendre un exemple de l’hémisphère sud, le Brésil, les statistiques établissent que les PME sont responsables de 40 % de son Produit Intérieur Brut et de 70 % de sa main-d’œuvre active. Personne ne pouvait donc comprendre qu’un Etat qui nourrit des ambitions d’émergence même à titre déclamatoire, accorde si peu d’importance cet outil crucial. Pourtant, dans son ouvrage intitulé Pour le libéralisme communautaire, publié aux éditions Pierre Marcel FAVRE en 1987 en France, Paul BIYA écrit et je le cite : « Au stade actuel de notre développement, les petites et moyennes entreprises s’avèrent les plus appropriées pour assurer un développement harmonieux et une industrialisation progressive (…) ces petites et moyennes entreprises dynamiques sont autant d’instruments qui, renforcés par les sociétés d’Etat et les sociétés parapubliques, jetteront les bases d’une industrie lourde». Il a fallu attendre l’an 2004, soit 17 ans pour voir l’avènement d’un Ministère chargé des PME. Ministère frappé d’ailleurs depuis son avènement, d’une frappante et inintelligible indigence, en plus, à ces 17 ans il faut en ajouter 7 c’est-à-dire 2011 pour l’avènement de la promesse de la Banque des PME c’était à l’occasion du comice agro-pastoral d’Ebolowa. A ces 24 ans, il faut encore en rajouter 4, pour se situer en 2015 pour entendre donc parler d’une ouverture technique de la Banque. La date exacte est lundi 20 juillet 2015. Dieu merci nous-y sommes. Confirmation en a été donnée dans une interview accordée le 16 juillet 2015 dans les colonnes du quotidien gouvernemental par la bouche la plus autorisée : Madame Agnès NDOUMBE MANDENG. Nommée le 5 juin 2014 par une résolution du Conseil d’administration de ladite banque. Rappelons qu’elle était avant sa promotion, Directeur de la coopération monétaire et financière à la direction générale du trésor du MINFI.

[b]Mais dans quel contexte s’opérationnalise enfin cette banque tant attendue ?[/b]
Il faut savoir qu’à la suite des réformes entreprises en 1990 et visant le renforcement de l’intégration sous-régionale en Afrique Centrale, les règles d’accès et d’exercice de l’activité bancaire ainsi que sa supervision ont été harmonisées par la Convention du 16 octobre 1990 portant création d’une Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (COBAC), qui sera complétée par la Convention du 17 janvier 1992 portant Harmonisation de la Réglementation Bancaire dans les Etats de l’Afrique Centrale. En matière d’agrément des établissements de crédit, la Convention du 17 janvier 1992 précise, en son article 12, que l’exercice, par les organismes de droit local et par les succursales d’établissements ayant leur siège à l’étranger, de l’activité d’établissement de crédit […] est subordonné à l’agrément de l’Autorité Monétaire, prononcé sur avis conforme de la Commission Bancaire.

Selon l’article 1er du Règlement COBAC R-2009/01/ portant fixation du capital social minimum des établissements de crédits, les établissements bancaires ayant leur siège social sur le territoire de la CEMAC doivent disposer d’un capital social minimum égal à 10 milliards de F CFA. L’article 4 du même règlement dispose que les établissements de crédit de la CEMAC en activité avant l’entrée en vigueur du présent règlement bénéficient d’une période transitoire de cinq ans à compter du 1er juin 2009 pour s’y conformer.
Ainsi, toutes les banques devaient porter leur capital social à au moins 05 milliards dès fin juin 2010 ; à 7,5 milliards dès fin juin 2012 ; et à 10 milliards dès fin juin 2014. D’un autre côté, il était également question que tous les établissements financiers portent leur capital à au moins 01 milliard dès fin juin 2010 ; à 1,5 milliards dès fin juin 2012 ; et à 02 milliards dès fin juin 2014.
Au vu de tout ce qui précède, l’on est en droit de se poser une question toute simple. Celle de savoir si toutes les banques camerounaises sont en conformité avec la réglementation ? Pour répondre à cette question il faut se rendre sur le site de la BEAC à travers le lien https://www.beac.int/index.php/supervision-bancaire/lexique-des-banques-de-la-cemac. Ce site nous renseigne de ce que jusqu’à la fin de l’année 2014, seules 10 banques sur les 14 banques camerounaises, ont un capital social d’au moins 10 milliards de FCFA. Il s’agit de :
– Afriland First Bank (15,8 milliards de FCFA)
– Banque Internationale du Cameroun pour l’Epargne et le Crédit (12 milliards de FCFA)
– Commercial Bank of Cameroon (12 milliards de FCFA)
– Ecobank Cameroun (10 milliards de FCFA)
– Société Commerciale de Banque-Cameroun (10 milliards de FCFA)
– Société Générale Cameroun (12,5 milliards de FCFA)
– Standard Chartered Bank Cameroon (10 milliards de FCFA)
– Union Bank of Cameroon PLC (20 milliards de FCFA)
– BGFIBank Cameroun (10 milliards de FCFA)
– Banque Camerounaise des Petites et Moyennes Entreprises (10 milliards de FCFA)

[b]04 banques ne sont pas en conformité avec la réglementation:[/b]
– Banque Atlantique du Cameroun (5,5 milliards de FCFA)
– Citibank Cameroon SA (7,569 milliards de FCFA)
– National Financial Credit Bank (6,127 milliards de FCA)
– United Bank for Africa Cameroun (8,5 milliards de FCFA)

Si on accorde du crédit aussi bien à l’institution BEAC qu’à toutes les informations disponibles sur son site officiel depuis le début d’année jusqu’à ce mois de juillet, on peut quand même se poser une autre question toute simple :
[b]- Pourquoi plus d’un an après la date butoir fixée par la réglementation (juin 2014) les banques qui n’ont pas encore un capital social de 10 milliards continuent d’exercer ?[/b]
Comme réponse à cette dernière question, on pourrait reconnaitre que le retrait d’agrément ne peut se faire sans tenir compte des contraintes économiques et surtout politiques. En effet, certains lobbies tapis dans l’ombre agissent régulièrement pour influencer l’activité bancaire au Cameroun. Cette influence porte en général sur le choix des dirigeants (obligation d’adjoindre un dirigeant choisi par les pouvoir publics, ou de céder quelques actions à certaines personnes proche du pouvoir), l’orientation de l’activité (crédit à l’Etat ou aux entreprises publiques), le réseau d’implantation (localisation du siège, création d’agences dans telle ou telle région, sans considération de la rentabilité), etc.
Ainsi, même si du point de vue réglementaire certaines banques devaient se voir retirer leur agrément depuis juillet 2014 par l’autorité monétaire (le ministère des finances), le fait qu’elles continuent d’exercer jusqu’à ce jour sans même qu’un communiqué ne soit passé par les autorités publiques sur ce qu’il en ait, prouve bel et bien qu’elles sont couvertes non par une forme de tolérance administrative, mais par d’autres intérêts au travers de certaines personnes haut placées. Il faut bien que l’argent volé soit blanchi quelque part…[b]Bienvenue à la Banque des PME.[/b]

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