Cameroun – Barrage de Lom Pangar: La société civile à l’école environnementale et sociale

lom pangar chantier

La collaboration entre Electricity development corporation (Edc) et les Organisations de la société civile (Osc) vient d’être redéfinie sur la base d’un dispositif juridique et légal sur lequel ne s’accordaient pas les deux parties.


C’est une impression de « rattrapage » qui s’est dégagée dès le début des travaux de l’atelier qui a réuni à Bertoua du 25 au 29 mai 2015 25 Osc membres de la plate-forme, chargées du suivi indépendant et de l’appui accompagnement à la mise en œuvre des activités du Phlp, 05 représentants des communautés affectées par le projet, 05 délégués régionaux des administrations partenaires dans le cadre du suivi et d’autres entités concernées. Et de surprise générale. Et pour cause, s’étonnaient certains participants que nous avons approchés en marge des travaux, « cet atelier aurait dû se tenir au début de la collaboration entre Edc et certaines Osc avec lesquelles le maître d’ouvrage avait défini le monitoring indépendant des questions environnementales et sociales autour du projet de construction du barrage de retenue d’eau de Lom Pangar ». Difficile dans ce cas de ne pas évoquer « un ratage que l’entreprise voudrait rattraper », souffle un participant qui a requis l’anonymat. Les accusations fusaient de toutes d’ailleurs contre « la signature sur des bases connues seuls d’Edc et des Osc de ces contrats ». Et ces accusateurs de conclure à « un recadrage de la Banque mondiale qui, on se souvient toujours, est très accrochée aux questions environnementales et sociales autour de ce projet ». Malgré « des actions de plaidoyer menées auprès d’Edc et des bailleurs de fonds pour que des correctifs soient apportés aux non-conformités et aux manquements identifiés au cours de leurs enquêtes de terrain », les Osc avouent que « nous n’avons pas souvent eu l’impression d’être écoutées tant les bases de collaboration étaient floues ». Ces « désaccords » et les discussions engagées ont débouché sur la nécessité de définir un véritable cadre logique et permanent de concertation entre Edc, les Osc et les personnes affectées par le projet (Pap). C’est dans ce contexte qu’un premier atelier avait été organisé toujours à Bertoua du 30 novembre au 03 décembre 2014. « Il s’agissait lors de ces travaux de créer un cadre plus harmonieux pour la participation des Osc aux activités de monitoring et de soutien à la sensibilisation des Paps », révèle Alphonse Emadak, le représentant du directeur général d’Edc aux récents travaux de Bertoua. Il avait été également demandé aux Osc chargées du suivi indépendant de proposer un plan d’action pour des travaux de monitoring pour l’année 2015. Comme préalable, souligne le document de présentation des termes de référence de cet atelier, « les Osc avaient souhaité qu’un atelier soit organisé pour aplanir les différends entre les parties et qui avaient souvent porté sur le cadre juridique applicable aux aspects environnementaux et sociaux liés au projet hydroélectrique de Lom Pangar (Phlp) ». Une aspiration à laquelle Edc a accédé en organisant l’atelier de la semaine dernière.
Il s’agissait pour les participants d’avoir « une meilleure connaissance des politiques de sauvegarde de la banque mondiale et de la manière dont elles s’imbriquent dans l’arsenal juridique applicable au Phlp, de la pertinence juridique du plan de gestion environnementale et sociale (Pges) et des plans d’indemnisations et de réinstallation (Pir) et la responsabilité légale d’Edc et des bailleurs de fonds impliqués dans le processus de mise en œuvre du Pges et des Pir », expose M. Emadak face à la presse. Par ailleurs, souligne le sous-directeur de l’environnement et de la communication, « nous avons pensé que pour mieux faire leur travail, les responsables d’Osc devraient acquérir des capacités et des outils nécessaires pour évaluer les performances environnementales et sociales réalisées dans le cadre du Phlp ». Pour atteindre ces objectifs, l’organisation a préparé quatre modules portant sur « le cadre juridique national applicable au Phlp, les politiques de sauvegarde de la Banque mondiale et autres normes internationales, les instruments de mise en œuvre des mesures de sauvegarde dans le Phlp et l’évaluation des performances environnementales et sociales ». Au final, il est question de se familiariser à l’arsenal juridique et légal qui entoure tout projet structurant en ce qui concerne les aspects environnementaux et sociaux. Difficile donc de ne pas croire que « la charrue avait été mise avant les bœufs », comme dénoncent certaines Osc.

Bernard Bangda

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