Comment le chef supérieur de premier degré Banka a été torturé le 12 mai dernier.
Le 12 mai 2022 a été un jour particulier. Un chef de 3ème degré a tendu un guet-apens au chef supérieur de premier degré de Banka dont il dépend. Il l’a fait appréhender, enchaîner les bras dans le dos, maltraiter et torturer par une foule en furie qui scandait insultes et menaces.
En compagnie de l’un de ses notables, le chef supérieur de premier degré de Banka visite un chantier routier puis fait un détour par Ndaktcho, une chefferie de troisième degré relevant du ressort du groupement Banka. Vers 18h30, des individus surgissent de la pénombre et sans ménagement se saisissent du monarque. Celui-ci décline son identité dans l’espoir de calmer les ardeurs des agresseurs mais rien n’y fait. La situation dégénère rapidement et curieusement, le chauffeur et le notable qui accompagnaient sa Majesté Monkam Toukam Paul Arnauld s’éclipsent, l’abandonnant à la merci des bourreaux.
Au vu de l’agressivité et de la brutalité des agresseurs, comme Jésus conduit devant Pilate, le Monarque est conduit à sa demande devant le chef de troisième degré de Ndaktcho, le sieur Noubibou Nkankam Léopold. Alors que Pilate en son temps, se lava les mains en disant : Je ne suis pas responsable de la mort de cet homme. Cela vous regarde. Le Chef Ndaktcho, simulant de ne pas savoir ce qui se passait s’étonna en ces termes « C’est le Chef Banka ?… c’est vraiment le Chef Banka ?…, enchainez-le…. Enchainez ». La foule surexcitée exulta, les bourreaux s’emparèrent alors du chef supérieur Banka, le brutalisèrent, le jetèrent par terre, le molestèrent puis le ligotèrent, les pieds et les mains attachés, dispositions prises lorsque l’on maîtrise un malfaiteur dangereux.
Dans la foule, on entend une voix féminine invectiver le chef torturé et supplicié en ces termes : « Pourquoi en veux-tu aux Batcho, dis-nous que nous veux-tu ?». Quand le chef se plaint du traitement inhumain et dégradant qui lui est infligé, un des bourreaux le rabroue par : « Tu te plains alors que nous ne sommes qu’à l’entame de ce qui t’attend ? ».
Croyant sa dernière heure venue, le chef Banka demande avec insistance au chef Ndaktcho de faire arrêter la torture et de permettre une discussion entre eux. Fou de rage, ivre de vengeance, le bourreau n’entend aucunement relâcher une proie qu’il traque depuis des lustres. Il y a certainement trop de témoins pour que le chef Banka soit crucifié illico presto.
Après le premier ordre « enchainez-le », un second ordre tombe : « jetez le chef Banka ligoté sur la banquette arrière de ma voiture on le livre aux autorités ». La vidéo montre les complices en train de soulever leur victime ligotée pour la jeter dans le véhicule du chef Ndaktcho qui prend lui-même le volant.
L’analyse des faits montre qu’il y a incontestablement préméditation, car plutôt que de faire montre d’empathie, le bourreau décide de publier les vidéos tournées. Le chef de troisième degré cherche les lieux de pouvoir parmi lesquels le commissariat où il ira afficher le chef de premier degré toujours ligoté qu’il a capturé. Le policier de service refuse de les recevoir lorsqu’il reconnait le chef supérieur du groupement Banka.
Toujours ligoté, le chef supérieur Banka est traîné à la résidence du préfet du Haut-Nkam. Le bourreau ne réalise pas l’extrême gravité de son forfait en bande organisée puisqu’il téléphone avec arrogance et assurance visiblement à ses complices à qui il raconte son exploit quand il s’agit de ceux qui n’étaient pas sur le théâtre de la torture et donne des instructions à ces des bourreaux restés à Ndaktcho.
Face à la gravité des faits et considérant la qualité de la victime, les autorités administratives ont ordonné de détacher le chef supérieur Banka qui dans l’agression a perdu un pied de chaussure, son chapeau et son blouson. Il est retenu à l’immédiat que le Chef Ndaktcho ira accompagner lui-même sa victime à La chefferie supérieure Banka. Avant de quitter son bourreau, le chef Banka lui demandera avec insistance de ne pas publier les vidéos humiliantes de son supplice. Rien n’y fit, le même soir, ces images devinrent virales et firent le tour du monde à la vitesse grand V.
Le Cameroun est un état de droit et en dépit de l’égarement de certains fonctionnaires véreux, force revient à la loi. Comme on devait s’y attendre, le bourreau sera appréhendé et gardé-à-vue le lendemain du forfait. Comme un ivrogne qui se remet de sa cuite de la veille, le Chef Ndaktcho se sert de son téléphone pour écrire à certaines élites et à sa victime de la veille. Il dit n’avoir pas pu ou su maitriser ses émotions. Il revient à la réalité en conseillant sa victime en ces termes : « Si tu as une seule intention de déposer plainte, je te prie d’ignorer cette voie ».
Avec ceci, des soutiens, affidés et obligés du bourreau se voilent la face et considèrent que rien de grave ne s’est passé à Banka le jeudi 12 mai 2022. Certains ont choisi de ne voir que la soi-disant intrusion du chef de groupement Banka à Ndaktcho, oubliant qu’en sa qualité de chef de groupement, il a droit de se rendre où bon lui semble, quelle que soit l’heure, dans le territoire placé sous son autorité. La torture filmée et diffusée qu’a subi un humain, notre semblable n’a donc pas de quoi émouvoir ? Les auteurs de ces analyses volontairement biaisées semblent avoir influencé l’orientation donnée par les autorités judiciaires à cette affaire. Après les faits graves sus décrits, ceux qui doivent rendre justice au nom du peuple camerounais ont requalifié les faits ; il serait question de séquestration et de blessures légères.
Le Peuple Banka, les populations des Grassfields et tous les Camerounais épris de paix et de justice observent les faits et gestes de ceux qui ont décidé de libérer sous caution le bourreau de la chefferie traditionnelle. Personne n’est dupe, le Cameroun est un état de droit, rira bien qui rira le dernier.
Flore Edimo / 237online.com
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