Cameroun: Au village Sweram, le quotidien avec Boko Haram

Boko Haram en voiture

Soldats camerounais et familles des adeptes de la secte islamique cohabitent ensemble aux frontières.
Quand ils égorgeaient quelqu’un ou tout un groupe de personnes, ils prenaient du plaisir à filmer la scène avec leurs téléphones portable. Et quand ils ont été capturés et d’autres abattus, ces mini‐vidéos ont été récupérées par les soldats.
Elles sont semblables à des films d’horreur de type hollywoodien.
Des sales besognes qui ne sont pas restées impunies. Avant l’arrivée à Sweram de la Marine camerounaise, Boko Haram avait déjà massacré plusieurs familles. D’aucuns auraient même commencé par les leurs. Des membres de famille à Sweram et ses environs ont été égorgés par leurs propres enfants, adeptes de la secte terroriste. Ces mauvais souvenirs sont à jamais restés dans les mémoires des soldats témoins de ces exécutions macabres.
Déboussolés au front Sans tente, ni hangar pour pouvoir se protéger des intempéries, les soldats de la Marine nationale passent des nuits entières à l’air libre, sans couvertures appropriées, apprend-on. En cette saison des pluies, leurs conditions de vie ont forcement empiré. L’autre curiosité sou‐
levée est le désarmement impromptu des soldats, à la demande de leurs chefs. «Nos supérieurs militaires nous désarment souvent au front et nous abandonnent…c’est sûr qu’ils veulent qu’on se fasse tuer avant d’agir en notre faveur», dénonce un soldat. «Certains soldats sont même en train de se livrer à de petits vols pour survivre à Sweram, faute de nourriture», renchérit‐il. L’autre vérité des postes de combat de Sweram est qu’ils sont sans spécialistes en armes. Conséquence: il y aurait des armes hors service depuis plusieurs mois déjà. «Nous n’avons jamais eu de dotation en allant au front. Et c’est là‐bas que nous avons eu des munitions. Sur le tronçon Maroua‐Kousseri, nous étions sans munitions. C’est à Makary qu’on en a donné cinq à chacun», rapporte un soldat qui a frôlé le pire. Heureusement, se réjouit‐il, ils avaient chopé le Boko Haram qui les espionnait.
Même avec les populations riveraines, les soldats ne se sentent pas suffisamment en sécurité, surtout avec un matériel de travail impraticable et en très mauvais état. Jadis, Sweram était le fief des hommes d’Aboubakar Shekau. Ils y disposaient des armes de dernière génération «qui vont à plus de deux kilomètres environ», selon un expert en la matière. A en croire ce dernier, Boko Haram ambitionnait d’occuper une bonne partie du Nigeria et du Cameroun, à partir des zones frontalières pour en faire un Etat islamique. A «Woulgo» au Nigeria, où ils ont été pilonnés, ajoute‐t‐on, les assaillants avaient déjà hissé leur drapeau de l’Etat islamique.
Dans Sweram et ses environs, en territoire camerounais, les extrémistes nigérians avaient interdit le drapeau de la République du Cameroun.
«Notre drapeau était inexistant à Sweram, Sagmé… Mais on a fauché leur plan. Notre position est vraiment stratégique. On a occupé le chemin qui les menait à Fotokol. C’était leur chemin le plus court pour atteindre Fotokol et ses environs. On les stoppé net», explique un soldat qui affirme qu’il n’y avait que le contingent de la marine nationale pour sécuriser les lieux, tellement la zone était redoutée par toutes les autres unités de l’armée.
C’est exactement le 08 décembre 2014 à 13 heures que le contingent la Marine nationale fait son entrée triomphale à Sweram, après plusieurs détours ailleurs. Et depuis lors, les soldats ne lâchent plus les frontières des yeux, malgré les difficultés rencontrées au quotidien sur le terrain.

Didier Ndengue

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