Cameroun: Après sa libération, Gérard Kuissu s’exprime

L’activiste de la société civile s’exprime au lendemain de sa libération des geôles du Secrétariat d’Etat à la défense (Sed).[pagebreak]Est-ce que vous pouvez-nous rapporter en quelques mots le film de votre arrestation ?
J’ai été arrêté le samedi 14 mars à 23h par des individus non identifiés. J’étais avec mes collègues du « tribunal l’article 53 », ils nous ont amené à la légion de gendarmerie de Bonanjo à Douala, on nous a entendu, on a libéré les autres on m’a gardé. Le dimanche matin encore on m’a entendu, ayant coupé mes téléphones, je ne pouvais pas appeler mes avocats et le matin déjà mes avocats ont du bagarrer pour pouvoir entrer et me rencontrer. Lundi matin à 5h on me transfère contre mon gré au Sed, là-bas on m’entend, on me met en isolement total dans une cellule infeste avec un sol vraiment désagréable. Mardi on m’a de nouveau appelé. Avec la tournure que prenaient les choses j’ai préféré que mes avocats soient là. On m’a donc entendu et on m’a demandé d’aller attendre. A 18h on m’appelle on me dit tu es libre. C’est ainsi que je signe l’attestation de garde à vue.

Quels ont été les motifs de votre arrestation ?
D’abord, il n’y a pas eu de mandat d’arrêt, les avocats n’ont pas eu accès à mon dossier. A Douala on m’a demandé pourquoi j’avais rencontré Amnesty international, ce que je faisais au Nord avec Christopher Fomunyoh, on m’a demandé pourquoi j’ai posté le photomontage sur le site de la présidence. A Yaoundé c’est beaucoup plus sur ce photomontage qu’on va m’interroger. Ils m’ont demandé pourquoi j’ai tenté de déstabiliser l’armée et en fait tout se limite à un post que j’ai fait sur ma page facebook en fait j’ai posté le photomontage que j’avais piqué sur la page d’un ami. On m’a aussi dit que j’avais quelque chose à avoir avec l’article du monde. Je suis activiste je fais des posts sur ma page qui ne sont pas forcément en faveur du pouvoir donc ils ont sorti tous mes posts en demandant mes motivations.

La conférence de presse que vous avez tenue hier (mardi, ndlr) c’était pour quelles raisons ?
C’était pour expliquer aux gens ce qui s’est passé et dire merci aux gens pour la mobilisation qui a été faite pour moi-même. Au Sed on m’appelait star quand ils voyaient la mobilisation qui était faite. C’est peut être cette mobilisation qui a pesé, je ne sais pas mais je dis merci. J’en ferais une autre à Douala mais elle sera un peu plus pensée.

Est-ce que vous pensez aux poursuites judiciaires ?
Beaucoup de gens ont évoqué cette question. Je suis encore échaudé, je réfléchis encore, c’est le tribunal militaire qui va clore l’affaire, à tout moment on peut me rappeler. Avec mes avocats je verrai si on va intenter des poursuites judiciaires. Je tiens à dire qu’on ne m’a pas brutalisé, on a respecté mes droits, il n y a eu que l’isolement, on ne me donnait pas à manger.

Vous pensez quoi des actualités autour du photomontage du site de la présidence et l’article du journal Le Monde ?
Je ne suis pas un professionnel de l’informatique, il faut se poser la question quel intérêt on a à monter un truc pareil, je ne vois pas l’intérêt, ils ont dit qu’une enquête à été ouverte donc on attend les résultats. Pour l’article du journal Le Monde, je crois que les journalistes qui sont là-bas sont mieux placés que nous pour faire des investigations. La santé du président ne devrait pas être un sujet tabou.

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