En dehors de l’usine de montage des tracteurs à Ebolowa, le déploiement de quelques projets agropoles ou encore la mobilisation récente de 1 333 milliards de FCFA pour le financement du PNIA, etc., beaucoup reste à faire.
L’agriculture de 2nde génération. On en parle au Cameroun depuis maintenant trois ou quatre ans. Le ministre de l’Agriculture et du développement rural, Essimi Menye, la définit comme cette agriculture compétitive qui s’affirmera sur de nouveaux marchés, et qui rendra fiers ses travailleurs. «C’est une agriculture à forte valeur ajoutée », a-t-il l’habitude de dire. Le 16 décembre 2015, cela fera exactement 36 mois que le Minader avait promis de montrer un nouveau de l’agriculture camerounaise. Il s’exprimait ainsi le 16 décembre 2012, au siège du Gicam à Douala, durant sa 114e assemblée générale. Une promesse faite devant les patrons, mais qui ne se réalisera, malheureusement, pas cette année 2015. Car trois ans après, le Cameroun en est encore à rechercher les moyens qui lui permettront de déployer une agriculture conquérante sur le continent.
Jusqu’ici, l’un des rares exploits du gouvernement demeure la mobilisation de 1 333 milliards sur les 1 500 milliards de FCFA attendus, lors du « Business meeting » qui s’est tenu, le lundi 14 septembre dernier à Yaoundé. Et dont l’objectif était de mobiliser le financement nécessaire pour le PNIA (Programme national d’investissement agricole). Un programme considéré comme un outil en vue de l’amélioration de la productivité de ce secteur et de la croissance économique nationale. Mécanisme lié à la mise en œuvre du Programme détaillé pour le développement de l’agriculture en Afrique (PDDA), adopté par l’Union africaine (UA), afin d’encourager les Etats membres à booster ce secteur et le rendre compétitif. Le PNIA avait été validé en avril 2014 par le gouvernement camerounais. Son coût est de 3 551 milliards de FCFA pour la période allant de 2014 à 2020. De ce montant, le gouvernement annonce avoir enregistré des engagements de financements de l’ordre de 2 042 milliards de FCFA.
Subventionner l’agriculture
Doit-on s’en féliciter ? Dans les bassins de production, les acteurs du monde agropastoral estiment que beaucoup reste à faire. Producteur de maïs à Souza, une localité située à une trentaine de km de Douala, la capitale économique du pays, Eric T. Kamga, 36 ans, fait partie de ces agriculteurs qui continuent de travailler avec des outils rudimentaires, faute de moyens financiers. « J’ai 10 hectares de maïs à Souza, mais je suis incapable de produire trois tonnes à l’hectare. Ceci, pour plusieurs raisons. Les banques refusent toujours de m’accorder des crédits. Je manque de matériels (pulvérisateurs, tracteurs, produits phytosanitaires, etc.) pour davantage produire. Sur ma parcelle, je n’ai pu jusqu’ici produire que 20 tonnes de maïs l’an. Et une fois qu’on a la récole, ce n’est pas évident de sortir les produits des champs. Les routes sont mauvaises, surtout en saison des pluies », explique-t-il. A l’en croire, si l’Etat veut matérialiser son programme d’agriculture de 2nde génération, il doit subventionner l’agriculture. Dans un récent entretien accordé à LQE, le directeur général de Fimex International (entreprise de phytopharmacie) indiquait qu’en Europe, l’agriculteur reçoit 250 000 FCFA par hectare de terres cultivées. « Au Cameroun, c’est zéro franc ! Avec ça, nos cultivateurs ne peuvent être compétitifs », indiquait Christian Fosso.
« Sans argent, l’agriculture de 2nde génération ne se réalisera pas. Malgré les annonces, il y a trop de lenteurs sur le plan administratif. Ce qui affecte le déploiement d’une agriculture de 2nde génération au Cameroun, obligeant nos paysans à continuer à travailler dans des conditions archaïques. Tout comme elles empêchent les patrons de s’impliquer véritablement dans la production, à grande échelle, des produits agropastoraux. En fait, cette situation nous maintient dans le rang des pays qui consomment ce qu’ils ne produisent pas, et produisent ce qu’ils ne consomment pas. Avec ce que cela comporte comme impact sur l’économie nationale », souligne Hubert Kameni, ingénieur agronome.
Alors que le Banque agricole reste attendue depuis 2012, de nombreux tracteurs restent stationnés depuis quelques années dans la broussaille à Ebolowa, ville ayant accueilli le Comice agropastoral au Cameroun. Tout comme, la Sotramas (Société de transformation industrielle de manioc de Sangmélima) dans le Sud n’est toujours pas opérationnelle depuis 2011. Ce, malgré le fait que le gouvernement continue de reconnaître que l’avènement d’une agriculture de 2nde génération au Cameroun passera inéluctablement par le financement, la mécanisation et l’irrigation, l’accès à la terre (réforme foncière), la transformation, la recherche & développement, l’accès aux bassins de production, etc. Mais en attendant d’y arriver, des millions de ménages peinent toujours à se nourrir ; parce que le Cameroun ne produit pas assez pour nourrir sa population.
Joseph Roland Djotié
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