Cameroun – Accaparement des terres : le hold-up de trop de Nganou Djoumessi

Le ministre de l’Économie, du Plan et de l’Aménagement du territoire (Minepat) multiplie des subterfuges pour acquérir des hectares de terrains autour de Yaoundé. Au grand dam des populations riveraines.
Accusé de spolier des propriétaires terriens installés au tour de la capitale, et malgré le ramdam médiatique que suscite ce dol, Emmanuel Nganou Djoumessi ne semble pourtant pas disposer à mettre un tilt à son appétit vorace pour ces parcelles de terrain. Le ministre de l’Économie, du Plan et de l’Aménagement du territoire, comme pour narguer ses détracteurs, persiste et signe. Il vient à nouveau d’acquérir près de 6 hectares (5,7 ha) dans l’arrondissement de Mbankomo, situé à 22 km au Sud de Yaoundé. C’est du moins ce que révèle un procès-verbal de bornage de morcellement du T F n°2637/Mak établi le 10 septembre 2014 à la demande de Mme Onana, épse Essomba Bibiane au profit du Gic Elapfor, représenté par Possi Peukalong Gertrude Elisabeth.
Le document, dont l’authenticité ne souffre d’aucune contestation, porte la signature de Guy Andeson Mousseni, le chef de service départemental du cadastre de la Mefou et Akono. Il y est clairement indiqué que le terrain a été borné, levé et dressé par Fabien Banyomo Amouye, un géomètre assermenté du cadastre. Il est délimité par d’autres parcelles appartenant à Jhislain Gnindjio Temgoua et le domaine national exploité par Bissi Belibi.
Ce qui surprend davantage dans cette transaction, c’est les ruses employées par le Minepat. «Nulle part dans le procès-verbal ne figure le nom du ministre Nganou Djoumessi. Mais, nous savons que tous ces terrains lui appartiennent. Il se réfugie derrière des tierces personnes pour acheter nos terres à vils prix», indique sous anonymat, un habitant de Mbankomo. Visiblement en colère, notre interlocuteur, un ingénieur des travaux publics, la cinquantaine révolue, prévient: «Nos enfants et nos petits-fils se chargeront de remettre en cause ces contrats. Ils se chargeront de récupérer par tous les moyens nos terres perdues dans des transactions frauduleuses».
À l’observation, le ministre Emmanuel Nganou Djoumessi fait borner des terrains par des autochtones. Il les récupère après, à la faveur d’un morcellement fait soit au profit de son épouse, soit de l’un de ses enfants ou encore d’un membre de son entourage. Emmanuel Nganou Djoumessi a ainsi bâti discrètement une colossale fortune domaniale. Le bihebdomadaire La Météo, dans son édition n°676 du 30 mars 2015, avait déjà tiré la sonnette d’alarme sur cette boulimie foncière.

Méthode déloyale
Le cas de Véronique Manguetet épouse Nganou Djoumessi est à plus d’un titre édifiant. Celle-ci détiendrait, rapporte-t-on, un titre de propriété de 3,38 hectares délivré à la suite d’une descente au village Angon I d’une commission consultative de bornage le 14 avril 2014. Selon le procès-verbal de bornage pour immatriculation directe de ce terrain, aucune contestation ou erreur n’a été observée. De ce fait, le même jour, le géomètre Fabien Banyomo Amouyé est passé à la pose de 19 bornes sur cette parcelle de terre.
Non loin de là, entre le péage de Mbankomo et le Centre d’excellence de la Confédération africaine de football, un autre membre de la famille est propriétaire d’un domaine. Cette fois, c’est Franck Martial Leduc Nganou (alors étudiant aux États-Unis), fils du Minepat, qui a acquis, en 2013, 3 hectares de terrain déjà titrés, chez le nommé Jean Pierre Alima. Tous les indicateurs démontrent parfaitement que ce terrain a été acquis par des méthodes déloyales. «Jean Pierre Alima a requis l’immatriculation de 4,04 hectares de terrain le 10 mars 2010. Le titre foncier a été visé le 27 juin 2012, mais le requérant n’a pu l’obtenir qu’en novembre 2012. Le 4 mars, un morcellement de 3 hectares est effectué au profit du fils du ministre», précise notre informateur. Et de conclure: «aussitôt le titre foncier sorti, aussitôt on attribue 3 hectares sur les 4 immatriculés au fils de Nganou Djoumessi. L’on comprend tout de suite pourquoi ce terrain a été immatriculé.»
Dans le même sillage, un habitant du village Angon I révèle : «Le même jour que la commission est descendue pour le bornage du terrain de Mme Nganou Djoumessi, le 14 avril 2014, l’on a aussi procédé au bornage de 6,17 hectares de terrain pour Mme Bibiane Onana veuve Essomba. Mais, tout le monde sait ici au village que tous ces terrains appartiennent au ministre Nganou Djoumessi. Quand le titre foncier de Mme Onana sortira, on procèdera juste à un morcellement. D’ailleurs, les deux parcelles sont mitoyennes». L’on évoque plusieurs autres parcelles de terrain du Minepat, acquises par le même procédé, à Soa, Mfou, Afanoyoa. Etc.

Michel Tafou

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