Société

Cameroun: 10 ans après, Pius Njawé fascine toujours la diaspora

Les exilés du triangle national en France, Belgique et Allemagne se souviennent du journaliste, fondateur du quotidien Le Messager et militant des droits de l’homme, décédé le 12 juillet 2010.

« Je garde de monsieur Pius Njawé le souvenir d ́un journaliste engagé, d ́un combattant á la plume acerbe qui a eu maille á partir avec les régimes successifs des présidents Ahidjo et Biya. Un combattant pour une presse libre qui lui a permis de donner des coups très opportuns et d ́en recevoir lâchement aussi ». Jean Marc Behalal, Juriste, web journaliste, Responsable d’associations, Conseiller municipal de Herne, en Allemagne, ancien candidat au parlement Européen en mai 2019, est admiratif du journaliste. «10 ans après sa mort tragique, Pius Njawé reste et demeure une icône de la presse camerounaise et africaine ».

Noël Ndong, journaliste à Paris, met d’avantage l’accent sur le militant : « Pius Njawé fait partie de ceux qui ont contribué aux avancées de la
démocratie, des droits de l’homme et liberté de la presse au Cameroun. Sa proximité avec l’Anc de Nelson Mandela, dans les années 90, a été le
vecteur déclencheur d’un rêve à une certaine liberté», affirme-t-il, poursuivant: « Mais il n’a pas suffisamment pris en compte la sociologie
politique de son pays. Dix ans après sa mort, les libertés et les droits ont progressé au Cameroun, mais en ordre dispersé et parfois dans la violence verbale voire physique. Or, Pius Njawé avait gardé une constance dans ses revendications et un ton cordial, respectueux de tout le monde».

« Un des initiateurs de la Déclaration de Windhoek »

Pour Patrice Faboulos P. du Cercle Belgo-Africain Pour la Promotion Humaine(CEBAPH), à Bruxelles, « Pius Njawé incarnait le contrepouvoir au Cameroun par la puissance de sa plume, la force et la conviction qu’il dégageait. Il était dans le cercle très restreint des journalistes qui pouvaient rappeler au pouvoir de Yaoundé qu’il n’évoluait pas en terrain conquis. Pour ceux qui ne le savent pas encore, Pius Njawé fut un des initiateurs de la Déclaration de Windhoek(signée en mai 1991, dans la capitale de la Namibie, pour la promotion d’une presse libre, pluraliste et indépendante en Afrique, ndlr).

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Journaliste et Directeur de publication, il était très attaché à la démocratie et à son socle naturel qu’est la liberté de la presse», note-t-il avant d’insister : « Il fut de tous les combats visant l’émergence d’un Etat de droit et d’une presse digne de ce nom au Cameroun et en Afrique. Plusieurs fois interpellé, arrêté, condamné et jeté en prison pour des infractions liées à l’exercice de son métier, Pius Njawé n’a jamais trahi son serment de porte-parole des Sans Voix». Il conclut: «Il était très courageux, clairvoyant. Il forçait l’admiration et avait le soutien du peuple camerounais soucieux de démocratie et paix. 10 ans après sa mort, ce journaliste de talent, et symbole d’une société civile vibrante nous manque»

«Définitivement immortel»

Eric Golf, Correspondant de Canal2 International, à Paris, a une évocation assez touchante. «Jeune journaliste, je rêvais de rencontrer ce patriarche. A mes yeux, Pius Njawé était une véritable icône de la liberté de la presse, un justicier et défenseur du bas peuple, un pionnier de la presse indépendante en Afrique francophone. Fonder le premier journal d’opinion du pays en 1979, bien avant l’instauration du multipartisme et le printemps de la presse africaine…C’est à lui que nous autres jeunes journalistes devons la liberté de ton dont nous bénéficions aujourd’hui au Cameroun ». Eric se souvient encore de l’ultime fois qu’il s’est retrouvé dans la même salle que le patron du journal de la rue des écoles. « J’ai eu l’occasion à deux reprises de croiser le chemin et le destin de Pius Njawé. La dernière fois, c’était lors de la conférence de presse du 26 avril 2010, à Paris, au Centre d’accueil de la presse étrangère (Cape), organisée par l’Association de presse étrangère(APE).

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J’avais fait le déplacement de Paris pour assister aux obsèques à Bonabéri et dans son village à Babouantou ». Quant à Jean Marc Behalal, il pense que « Le départ précipité de Pius Njawé dans l’au-delà le rend définitivement immortel pour ce qu ́il a fait pour que la presse africaine acquiert aujourd ́hui ses lettres de nobles, afin que le métier de journaliste, que le monde des médias aient la considération des gouvernants. La société toute entière ne cessera jamais de moissonner dans le riche champ de liberté qu ́il nous a légués. Pius Njawé est comme la flamme des jeux olympiques qui, depuis les millénaires non seulement ne s ́éteint jamais, mieux encore se transmet de génération en génération; de pays á pays. PN for ever !».

Jean-Célestin Edjangué à Paris

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