Boko Haram: Un mouvement en perpétuelle évolution

L’idéologie du mouvement a largement évolué depuis sa création en 2002 par Mohamed Yusuf à Maiduguri, mais son objectif reste l’application de la charia au Nigeria. Le nom officiel du mouvement, Jama’atu Ahlis Sunna Lidda’Awati Wal-Jihad, signifie «groupe sunnite pour la prédication et le djihad». Boko Haram est donc sa dénomination abrégée en haoussa. Certains érudits la traduisent par «l’éducation occidentale est un péché». Le mot Boko désigne un alphabet latin, créé par les autorités coloniales pour transcrire la langue orale haoussa, et désigne par extension l’école laïque. Le Haram de son côté, signifie « interdit» ou «illicite» dans l’islam. Ce nom aurait été attribué par la population locale et les médias, marqués par le discours de son chef rejetant l’éducation dite occidentale. Une attitude qui s’accompagne d’une lecture littérale du Coran, qui fait par exemple dire à Mohamed Yusuf que la Terre est plate, ou que l’eau de pluie ne résulte pas de l’évaporation, puisqu’elle est une création d’Allah.
De ce fait, il est régulièrement dénoncé pour son idéologie obscurantiste et opportuniste qui a poussé Abubakar Shekau en mars dernier de s’affilier à l’Etat islamique (Ei), avant de changer il y quelques semaines de dénomination pour devenir «la Province ouest africaine de l’Organisation de l’Etat Islamique». Et pourtant, bien que revendiquant à son origine une filiation avec l’islamisme salafiste et les talibans afghans, Boko Haram est fréquemment qualifié de secte. Selon Marc-Antoine Pérouse de Montclos de l’Institut de recherche pour le développement, «le groupe tient à la fois de la secte et du mouvement social. Dès ses débuts, il est sectaire de par son intransigeance religieuse, son culte du chef, ses techniques d’endoctrinement, son intolérance à l’égard des autres musulmans et son fonctionnement en vase clos».

[b]Discours hétérodoxe [/b]
D’après lui, son discours est également très hétérodoxe: «la doctrine de Boko Haram ne correspond pas vraiment au modèle wahhabite: c’est une secte qui endoctrine et a recours à la magie. Certains fidèles de Boko Haram portent des grigris, ce qui ne ressemble pas vraiment à Al-Qaïda» dont s’est réclamé Boko Haram pendant des années. Mathieu Guidère, professeur à l’université Jean Jaurès de Toulouse, Boko Haram fut une secte jusqu’en 2009 avant de devenir un mouvement insurrectionnel islamiste après la mort de son fondateur Mohamed Yusuf. En tout cas, l’affiliation du groupe à Al-Qaïda serait sujette à caution, car les deux groupuscules poursuivent des objectifs différents. Bien que tous deux opposés à la modernité et aux valeurs occidentales, Boko Haram se distingue par des attaques contre des populations civiles et non seulement contre des intérêts occidentaux.
Cependant, à partir de 2010 et surtout des attentats de l’été 2011, il est possible que Boko Haram ait tissé des liens avec Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), ex-groupe salafiste pour la prédication et le combat algérien. Cependant, pour Bertrand Monnet de l’Edhec, l’agenda de Boko Haram est «exclusivement nigérian» et «ne prône pas le djihad international», contrairement à sa branche dissidente Ansaru. Une assertion qui a vite étalé ses limites. Puis que dans une vidéo diffusée le 13 juillet 2014, Abubakar Shekau apportait son soutien à la fois à Abou Bakr al-Baghdadi, califede l’État islamique, Ayman al-Zaouahiri, émir d’Al-Qaïda et au mollah Omar, chef des Taliban.
Le 05 janvier 2015 Shekau annonce son intention de reconquérir les anciens territoires du califat de Sokoto. Une dizaine de jours plus tard, dans une nouvelle vidéo, Abubakar Shekau expose sa doctrine idéologique et se réfère à Ibn Taymiyya et Mohammed ben Abdelwahhab. Selon Romain Caillet, chercheur à l’Institut français du Proche-Orient, au regard de cet exposé il apparaît que Boko Haram «n’est donc pas un groupe jihadiste foncièrement différent de ceux du Moyen-Orient». Un mouvement qui veut conquérir le monde.

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