Société

Bafoussam : Un séparatiste dénonce un greffier à la commission anti-corruption

Afabuwi Phestor Che, présumé activiste anglophone, incarcéré à la prison centrale de Bafoussam, exige la restitution de 200 milles francs versés par sa famille à Alphonse Mballa, greffier au tribunal militaire de Bafoussam. Une magistrate a entendu les deux parties.

Du fond de sa cellule à la prison centrale de Bafoussam, Afabuwi Phestor Che, présumé militant activiste et séparatiste anglophone ne cesse de ruminer une colère noire contre Alphonse Mballa, greffier en poste au tribunal militaire de Bafoussam. Dans une lettre de dénonciation signée du 03 octobre 2020, transmise à la Commission nationale anti-corruption (Conac) sous le couvert du régisseur de la prison centrale de Bafoussam, le détenu charge le greffier Mballa pour « extorsion de sous » en date du 23 septembre 2020 via « mobile money». Des faits qualifiés « d’escroquerie » et d’ « abus de pouvoir ». D’où la possibilité pour le détenu de se plaindre directement chez le procureur de la République près des tribunaux de Bafoussam. Contacté par nos soins, le 06 janvier dernier, le greffier, Me Alphonse Mballa, a nié les faits en bloc. Il souligne que les gens sont libres d’écrire contre lui et refuse « de paniquer devant des plaintes qui ne correspondent pas aux faits ».

Chantage auprès des familles

Selon un parajuriste proche du dossier, et également incarcéré, l’histoire se déroule ainsi : « Le greffier Mballa Alphonse, courant 2020, rallume le téléphone de Afabuwi Phestor Che, présumé activiste anglophone. Le portable est retenu par la Brigade de gendarmerie de Mbouda comme élément de preuve. Le greffier en extrait le contact de la sœur de Afabuwi et lui téléphone pour lui dire que le juge d’instruction demande 200000 Fcfa pour ne pas renvoyer son frère en prison. La famille s’est battue pour faire parvenir au greffier 190000Fcfa. Mais Afabuwi se trouve mis sous mandat de détention provisoire, le même jour. Après étude, il s’agit d’une arnaque consistant à se servir du nom du juge. En effet, compte tenu des pièces dans le dossier, le greffier était convaincu que Afabuwi ne serait pas mis en détention. Mais le juge en a décidé autrement. Je connais des détenus dont les téléphones ont été pris à la légion de gendarmerie. Nous avons saisi la Semil (Sécurité militaire Ndlr) pour que lesdits objets leur soient remis. Le greffier Mballa ouvre les téléphones des justiciables pour prendre les contacts de leurs parents afin de les appeler et de les arnaquer. La Commission nationale anti-corruption (Conac) a été saisie. Plusieurs détenus soupçonnés d’être de présumés séparatistes se trouvent dans la même situation ».

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Violation des règles de détention

Pour de nombreux juristes, ces faits constituent des violations de l’ensemble de règles minima pour le traitement des détenus, adopté par le premier Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime et le traitement des délinquants, tenu à Genève en 1955 et approuvé par le Conseil économique et social dans ses résolutions 663 C (XXIV) du 31 juillet 1957 et 2076(LXII) du 13 mai 1977. A la lecture de cet instrument juridique, en ce qui concerne le dépôt des objets appartenant aux détenus, on souligne que: «Lorsque le règlement n’autorise pas le détenu à conserver en sa possession l’argent, les objets de valeur, vêtements et autres effets qui lui appartiennent, ceux-ci doivent être placés en lieu sûr, lors de son admission à l’établissement. Un inventaire de ces objets doit être dressé et il doit être signé par le détenu. Des mesures doivent être prises pour conserver ces objets en bon état. Ces objets et l’argent doivent lui être rendus à sa libération, à l’exception de l’argent qu’il a été autorisé à dépenser.»

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Guy Modeste DZUDIE

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