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Journée internationale de la femme : Chantal Biya ou l'imposture constitutionnelle ?

Journée internationale de la femme : Chantal Biya ou l'imposture constitutionnelle ?

L’épouse du président de la République a présidé, comme à l’accoutumée, la parade des femmes au boulevard du 20 mai le 8 mars dernier alors aucun texte ne fixe son statut et ne détermine aucune de ses prérogatives officielles de première dame.

Un communiqué quasi laconique du cabinet civil de la présidence de la République du Cameroun a failli passer inaperçu dans le florilège des flonflons organisationnels de la 33eme édition de la Journée internationale de la femme. Sous la plume du tout nouveau ministre directeur du cabinet civil de la présidence le diplomate de carrière, Samuel Mvondo Ayolo, aux lendemains de l’avènement du gouvernement Yang IV, le 2 mars 2018, on a pu lire, entendu sur les antennes de la Crtv, le 7 mars 2018, «la Première dame de la République du Cameroun, madame Chantal Biya, va présider le 8 mars 2018, la journée internationale des droits de la femme, au boulevard du 20 mai». Suffisant pour faire bondir de son fauteuil, un observateur averti de l’architecture institutionnelle camerounaise et son fonctionnement.
Pour ce dernier, le communiqué du cabinet civil consacre l’imposture et un hold up constitutionnels. Et pour cause, nulle

part, dans les 69 articles qui constituent l’ossature de la Loi n°96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la Constitution du 02 juin 1972 et les pertinentes dispositions de la Loi n°2008/001 du 4 avril 2008 modifiant et complétant certaines dispositions de la précédente suscitée, il n’est fait mention d’un statut réservé à l’épouse du chef de l’Etat. D’où vient-il qu’elle soit amenée à «présider une cérémonie officielle», fût-elle la Journée internationale des droits de la femme (Jif) alors que la Loi fondamentale du Cameroun ne lui donne aucune prérogative ? Pour le politologue, Dr Njoya Moussa de l’Université de Douala, que le Grand Reporter du Messager a pu joindre samedi 10 mars 2018, il faudrait tenir compte de certaines nuances.


Attributions propres
«Le ministère de la Promotion de la femme et de la famille décide que la journée internationale des droits de la femme sera placée sous la présidence de l’épouse du chef de l’Etat. Première dame du pays. Le cabinet civil de la présidence de la République dont l’une des missions est de s’occuper des affaires réservées du chef de l’Etat se charge d’établir un programme et d’en informer la nation via un communiqué de presse. Cette cérémonie qui est officielle, n’est en revanche pas une fête légale.
Et donc pas de jour férié à elle consacrée. Si vous remarquez bien, les honneurs militaires et autres déploiements des forces de sécurité laissent apparaître aussi des nuances. La plupart de ces unités sont en général en tenues claires pas en vareuse comme lors des grandes fêtes légales… Le malentendu dans cette affaire viendrait de ce que beaucoup estiment que la femme du chef de l’Etat n’a pas de statut officiel défini dans l’armature institutionnelle. C’est d’ailleurs le cas en France où Mme Macron n’a pas de budget officiel qui découlerait de son statut de la première dame. Il faudrait également savoir que la Première dame est utilisée comme l’antichambre du président de la République du moment où elle joue un rôle officiel et informel à la fois, quand bien même elle ne dispose pas d’attributions propres».


Colloque sulfureux
Argumente le politologue qui ne passe pas par monts et vaux pour soutenir, par ailleurs, qu’il n’y aurait aucun abus de langage, à appeler l’épouse du chef de l’Etat, «Première dame du Cameroun», ce d’autant qu’un décret datant de 1974 portant organisation du protocole d’Etat, lequel est toujours en vigueur pour n’avoir jamais été abrogé fait bel et bien mention de la Première dame. Si tant est qu’un texte organique consacre une place à la première dame dans les rigueurs protocolaires étatiques, pourquoi ne pas songer à inscrire dans la Constitution un statut afférent à la femme du chef de l’Etat, quitte à la modifier ? Comme on ne s’en doute d’ailleurs pas, la préoccupation était au coeur des enjeux de la tenue à l’Université de Yaoundé II, Soa, d’un colloque ayant pour dorsale thématique «droits fondamentaux et politique de solidarité au prisme de l’action sociale de la première dame du Cameroun».
Ce choc des idées fît grands bruits. Des personnalités politiques et des universitaires chevronnés ont trituré leurs méninges au point d’accoucher d’un nouveau concept rébarbatif «le chantalisme biyaiste». Si l’opinion a pu retenir de ce brainstorming qui a rassemblé l’intelligentsia nationale sur le campus de Soa, que l’argent a beaucoup divisé les universitaires et les calculs de positionnement au coeur des enjeux alimentaires, des pourfendeurs de l’initiative n’étaient guère allés de main morte pour interroger le caractère peu éthique d’un colloque destiné à complaire et à tirer des marrons du feu de la part des organisateurs. Ainsi va la République…


ALAIN NJIPOU

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