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Cameroun : le marché de l'édition en surchauffe pour la réforme du livre scolaire

Cameroun : le marché de l'édition en surchauffe pour la réforme du livre scolaire

Au Cameroun, un sentiment de soulagement anime les populations après la réintroduction du livre unique dans les programmes scolaires, censée mettre fin à la cacophonie dans le marché des manuels scolaires transformé en près d'une décennie de libéralisation en business extrêmement attractif pour de nombreux d'acteurs.

L'utilisation du livre scolaire unique est une vieille tradition remise au goût du jour après plusieurs années d'abandon dans le pays. Elle sera de nouveau effective à l'occasion de la prochaine rentrée en septembre, en exécution des conclusions des travaux du Conseil national d'agrément des manuels scolaires et des matériels didactiques.
''Je pense que le plus grand bénéfice, ce sera que les parents pourront envoyer leurs enfants à l'école à moindres frais (...) si l'on prend l'exemple de la maternelle où il y avait onze livres, (ce chiffre a été) ramené à trois'', a indiqué à Xinhua Marcelin Vounda Etoa, le secrétaire permanent de cet organe créé en 2017 par le Premier ministre, Philemon Yang.
''Le coût global des onze livres était d'environ 14.000 francs CFA. Désormais, avec 4.000 francs, on peut envoyer ses enfants à l'école en leur procurant les trois manuels'', a ajouté l'enseignant d'université.
C'est le résultat

d'une réforme du livre scolaire prescrite par la Banque mondiale, la même qui avec le Fonds monétaire international (FMI) avait poussé le Cameroun à libéraliser il y a quelques années, parmi de nombreuses entreprises publiques, le Centre d'édition et de production pour l'enseignement et la recherche (CEPER), fondé en 1974 pour produire à moindre coût les manuels scolaires.
Avec la réforme, c'est aussi ''l'uniformisation de l'outil de formation de la jeunesse'' qui est assurée, selon le professeur Vounda Etoa. ''Avant, les établissements choisissaient chacun leur manuel et les manuels n'ayant pas exactement la même déclinaison et les mêmes représentations, les enfants n'avaient pas tout à fait les mêmes outils de travail.''
En 2017, plus de 120 éditeurs étaient recensés comme concernés par les livres inscrits sur les listes officielles. Une sélection rigoureuse du Conseil national d'agrément des manuels scolaires et des matériels didactiques a ramené ce nombre à moins de 50.
Auparavant, les prix des livres étaient fixés par les éditeurs seuls et homologués par la suite par le ministère du Commerce. ''Ce que nous avons fait cette année, c'est que nous avons organisé une commission spécialisée des experts en édition et l'une des choses dont ils ont la maîtrise, c'est la fixation du prix du livre'', informe-t-il.
Business florissant, le secteur occupe une place très importante dans le marché de l'édition. Frénétique à l'occasion des rentrées scolaires, il attire une myriade d'acteurs, allant des éditeurs aux libraires en passant par les distributeurs et les bourses du livre. Son chiffre d'affaires s'élèverait à plusieurs dizaines voire centaines de milliards de francs CFA, selon des estimations.
Par peur de perdre leurs énormes avantages financiers, quelques-uns de ces acteurs ont tenté de repousser l'aboutissement de la réforme. ''Les membres de la commission ont reçu des coups de fil, des messages intéressés, de la part de certains éditeurs qui leur faisaient des clins d'œil de la part de certains auteurs. On a également reçu des propositions d'argent'', révèle Marcelin Vounda Etoa.
''Evidemment, nous avons dit à toutes ces personnes-là qu'on n'a rien contre l'argent, mais on ne peut pas sacrifier la qualité de l'éducation sur l'autel de l'argent'', poursuit-il.
Faute d'avoir leurs livres dans le programme scolaire, il n'est pas exclu que ces acteurs soient également tentés de recourir à d'autres manœuvres répréhensibles comme la contrefaçon, qui ''risque d'être plus galopante, parce que beaucoup d'éditeurs - et c'est la plus grande majorité, n'ont pas leurs livres sur les programmes''.
Une grande vigilance est donc attendue de la part des pouvoirs publics pour prévenir ce risque. ''Si cette année les éditeurs ne jouent pas le jeu, nous serons obligés, comme dans beaucoup d'autres pays, d'emprunter d'autres moyens pour faire parvenir le livre à l'école par des moyens plus sécurisés'', avertit l'enseignant de littérature de l'Université de Yaoundé I.

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