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Cameroun - Mafia foncière : agressions à la machette au nom de Koung à Béssiké

Cameroun - Mafia foncière : agressions à la machette au nom de Koung à Béssiké

Deux assauts en 5 jours, par des gens se réclamant d’une ministre qui veut s’accaparer un terrain privé dans la cité balnéaire.

On a frôlé le pire, mardi matin au quartier Ebomé à Kribi. Alors que les lueurs du jour commencent à peine à poindre, une quarantaine de personnes, armées de machettes, de lances, de flèches et de gourdins, hurlant à tue-tête, foncent droit dans un chantier d’hôtel en construction en bordure de mer. Proférant des injures et des menaces de mort, elles entreprennent de détruire la barrière en bois de la construction dont elles avaient déjà emporté plusieurs parties le jeudi d’avant. Des témoins de la scène décrivent un assaut d’une violence inouïe, qui n’a pas fait de victimes humaines que parce que n’ayant pas rencontré de résistance.
A quelques pas de là, des éléments de la police, qui ont vécu la scène en direct, n’ont pas daigné lever le petit doigt. Peu de temps après, nos braves «mbérés» étaient tranquillement attablés dans le débit de boisson d’un certain Mouri Ngouo

qui, selon des sources concordantes, est l’instigateur des violences sur le chantier. Le même scénario, à peu de détails près et avec les mêmes acteurs, s’était déjà produit le 15 mars sur le même site.
Dans son constat dressé à cet effet, Me Banack Georgette Sidonie, huissier de justice à la 5ème charge près les tribunaux d’instance de Kribi, décrit des destructions. Le témoignage d’un ouvrier dudit chantier, recueilli par l’auxiliaire de justice et appuyé par des prises de vues, évoque l’arrivée massive d’agresseurs, «laissées» sur les lieux vers 5h30 «par Sieur Mouri Ngouo».
«Face à leur grand nombre, nous n’avons pas pu faire quelque chose parce que, si on essayait, ils nous auraient tués, déclare ainsi Joseph Bonsou. Mais, avant de libérer les lieux, ils ont assommé le chef de chantier Dieda Dieudonné et moi par deux morceaux de lattes issus de la destruction avant de porter les planches pour les jeter dans l’océan. J’ai néanmoins reconnu l’un d’eux, le Sieur Ntonga Ntonga Josué et je les ai même entendus dire que Sieur Mouri Ngouo leur aura versé une somme de 500.000 Fcfa pour commettre ce forfait.»
En attendant les suites judiciaires, déjà annoncées dans le cadre de ces actes de barbarie, il convient de noter que le fameux Mouri Ngouo Thomas, dont se réclament les casseurs d’Ebomé, se targue, dans la cité balnéaire, d’être un «homme de confiance» de la ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières (Mindcaf), Jacqueline Koung à Béssiké. Laquelle est véritablement à l’origine du déclenchement des troubles sociaux et à l’ordre public sur le titre foncier mère n°361/Océan, aujourd’hui objet de toutes les convoitises et de tous les abus.


Protocole avant la lettre
Le chantier du complexe hôtelier de classe internationale, que Kribi doit avoir accueilli depuis au moins un an si les travaux n’étaient pas régulièrement l’objet de tracasseries de toutes sortes, est l’oeuvre d’un jeune Camerounais résidant aux États-Unis, Pierre Orly Tantchou, qui sensible à l’appel du président Biya à la diaspora a décidé de venir investir dans son terroir. Mais ici, l’affaire se passe mal : le site, les pieds dans l’eau, est particulièrement convoité par la Mindcaf et son réseau sur le terrain. Le 14 octobre 2016 en effet, la Mindcaf prend un arrêté constatant la «nullité d’ordre public» du titre foncier n°361/Océan, établi en 1967, précisant que «le terrain objet dudit titre foncier réintègre le domaine national et le domaine public dans sa partie portant sur le domaine public maritime».
Le 31 mars de la même année, c’est-à-dire bien avant l’annulation illégale dudit titre, et comme pour bien démontrer que la mafia sait anticiper, c’est une certaine Collectivité Moudjibouri et Consorts qui signait, déjà, un «protocole d’accord transactionnel», dont votre journal a pu obtenir copie, pour se partager le terrain querellé. Le plan mafieux sera contrarié le 28 mars 2017, à travers une ordonnance du tribunal administratif du Centre à Yaoundé accordant sursis à exécution de l’arrêté d’annulation du titre foncier pris par la Mindcaf. Laquelle n’a pas, dans les délais légaux, interjeté appel, permettant ainsi à Pierre Orly Tantchou de disposer d’un certificat de non pourvoi du sursis à exécution en bonne et due forme.
Entre-temps, dès le lendemain de l’annulation du titre foncier n°361/Océan, Jacqueline Koung à Béssiké introduit aussitôt un dossier de ré-immatriculation du même terrain auprès de ses services du Sud, à Ebolowa, auxquels elle demande d’insérer subrepticement le nouveau dossier dans le Bulletin régional des actes domaniaux. Vieux de 50 ans, le titre foncier n°361/Océan, frappé de la «prescription du trentenaire», ne peut plus être légalement attaqué. Et d’aucuns commencent à se demander la raison de la ré-immatriculation intempestive d’un domaine que la patronne des questions foncières de la République vient à peine de reverser dans le domaine public. Plus grave, il apparaîtra, dans la liste des nouveaux acquéreurs, forte de 48 titres fonciers à immatriculer, un certain… Mouri Ngouo Thomas, celui-là même que les casseurs d’Ebomé présentent comme leur chef de gang.
Aujourd’hui, se rendant manifestement compte que les procédures sont pendantes devant les tribunaux et que la tentative de forcing – et donc d’accaparement – est vouée à l’échec, tout est mis en action pour en découdre avec le «rebelle» Tantchou sur son site légitime. La nouvelle stratégie consiste ainsi à mettre en avant un certain Ntonga Atonga Josué, le fils de celui qui avait cédé la parcelle à Tantchou Pierre, le père de l’autre. Brandissant une machette en tête des vandales, c’est le même qui, voici un an encore, se répandait dans les médias, affirmant que Jacqueline Koung à Béssiké, via des émissaires, tentait de le corrompre pour salir la mémoire de son géniteur. Il a fini par retourner sa veste, et son papa doit se retourner dans sa tombe.


Michel Tafou, InfoMatin

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